Le nouveau Premier ministre de transition malien a réuni son gouvernement pour la première fois dimanche en lui assignant une feuille de route très chargée à remplir dans un temps compté avant des élections censées ramener les civils au pouvoir en février 2022.

Choguel Kokalla Maïga, à la tête d’un gouvernement dominé par les colonels auteurs de deux putsch en neuf mois, a reconnu la gravité d’une «période des plus critiques de notre histoire contemporaine». «Nous sommes engagés dans une véritable course contre la montre. Les Maliens nous observent et comptent sur la réussite de cette transition qui, pour beaucoup d’entre eux, semble être celle de la dernière chance pour sauver la Nation», a-t-il dit à l’ouverture de ce conseil des ministres. M. Maïga, nommé à son poste par le colonel Assimi Goïta, homme fort du Mali depuis août 2020 et désormais président de transition, a fixé pour priorités à son gouvernement «l’amélioration de la sécurité, les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation d’élections crédibles» ou encore la prise en compte des demandes sociales. Il prend ses fonctions alors que le pays est aspiré depuis des années dans la tourmente jihadiste et des violences de toutes sortes. La crise sécuritaire va de pair avec de graves crises politique et sociale. M. Maïga a promis de «créer les conditions» d’une réforme de la loi électorale, de poursuivre la révision de la Constitution, de mener une «lutte implacable contre la corruption», d’engager de «véritables poursuites judiciaires» contre les responsables des évènements de juillet 2020 quand plusieurs personnes avaient été tuées dans la contestation qui allait conduire au putsch renversant le président Ibrahim Boubacar Keïta en août. Il a dit vouloir procéder à une «relecture intelligente» de l’accord de paix signé en 2015 par une alliance d’anciens groupes armés indépendantistes touareg et nationalistes arabes qui avaient combattu les forces maliennes dans le Nord à partir de 2012, par le gouvernement malien et par une coalition de groupes armés loyale au pouvoir. Les «principes fondamentaux» de cet accord politiquement important seront respectés, a-t-il dit en forme de gage apparent donné aux signataires, mais aussi aux partenaires étrangers du Mali. Ce conseil des ministres était le premier rendez-vous significatif du Premier ministre depuis l’annonce, jeudi, par le président Emmanuel Macron de la fin future de Barkhane, l’opération française au Sahel, au profit d’une alliance internationale. Le Premier ministre et le président de transition ne se sont toujours pas exprimés publiquement sur cette décision. Après le putsch des colonels d’août 2020, le Mali vient d’être le théâtre d’un nouveau coup d’Etat militaire le 24 mai, avec l’arrestation des président et Premier ministre de la période de transition ouverte après le premier coup d’Etat, sur ordre du colonel Goïta. Ils ont été poussés à la démission. Le colonel Goïta, jusqu’alors vice-président, s’est fait investir président, et a confié à M. Maïga, un vétéran de la politique, la charge de former un nouveau gouvernement. Le gouvernement annoncé vendredi conserve la mainmise des militaires sur les ministères stratégiques. Le colonel Goïta a assuré que l’engagement préalablement pris d’organiser des élections le 27 février 2022 en vue de remettre le pouvoir aux civils serait tenu. Après dix premiers mois qui ont vu peu d’avancées en dehors de la mise en place d’organes de transition, il reste un peu plus de huit mois à l’équipe dirigeante pour mener à bien des tâches considérables, tout en faisant face aux multiples défis, sécuritaire, mais aussi social ou sanitaire, qui demeurent. Pour le moment, le gouvernement malien doit affronter, diminué, la menace jihadiste. La France a décidé de suspendre ses opérations militaires conjointes avec les forces maliennes après le putsch de mai, et le président Macron en a conditionné la reprise non seulement à des engagements clairs quant au calendrier électoral, mais aussi à un refus de dialoguer avec certains chefs jihadistes. Les colonels se sont montrés favorables ces derniers mois à un tel dialogue.
Deux soldats tués, 8 Casques bleus blessés
Deux soldats maliens ont été tués samedi soir dans le nord du pays lors d’une attaque imputée à des jihadistes et huit Casques bleus ont été blessés dimanche dans l’explosion d’une mine dans le centre, a-t-on appris dimanche de sources militaires, sécuritaire et onusienne. «Deux de nos hommes ont été tués par les terroristes samedi soir dans l’attaque d’un de nos check-points à 60 km au sud-ouest de Gao», a déclaré à l’AFP un responsable militaire sous le couvert de l’anonymat. Le terme «terroristes» fait communément référence aux jihadistes. Un autre responsable militaire a fait état de deux soldats morts et un blessé. Les soldats ont été attaqués alors qu’ils déplaçaient leur poste de contrôle d’une centaine de mètres, vers une position près de laquelle les assaillants s’étaient embusqués, a dit un responsable sécuritaire s’exprimant aussi sous le couvert de l’anonymat. Dimanche, huit soldats de la mission de l’ONU au Mali (Minusma) ont été blessés, dont cinq gravement, quand leur véhicule a sauté sur une mine à l’est de Douentza (centre), non loin d’un camp de l’armée malienne, ont indiqué des responsables onusien et militaire malien. Les engins explosifs improvisés (EEI) sont une arme de prédilection des jihadistes contre les forces maliennes, françaises et internationales. Ils tuent aussi de nombreux civils. Depuis 2012 et le déclenchement de rébellions indépendantiste et jihadiste dans le nord, le Mali est plongé dans une tourmente multiforme qui a fait des milliers de morts, civils et combattants, malgré le soutien de la communauté internationale et l’intervention de forces de l’ONU, africaines et françaises. Les indépendantistes ont signé un accord de paix en 2015. Mais le Mali reste en proie aux agissements des groupes liés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique, aux violences intercommunautaires et aux trafics en tous genres. Les violences se sont propagées au Burkina et au Niger voisins.
(AFP)