Le sommet extraordinaire organisé par les pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) sur le Mali, dimanche 9 janvier à Accra, s’est terminé par la déclaration d’un bras de fer avec les autorités militaires de transition au pouvoir à Bamako. Le pays est désormais dans de nouveaux scénarios et risques politiques et sécuritaires

Par Anis Remane
En effet, les Etats membres de cette organisation régionale ont décidé de prendre des mesures de sanction extrêmement lourdes contre les colonels qui dirigent actuellement le Mali, les mettant dans une situation riche en scénarios mais également de déstabilisation d’un pays déjà grandement fragilisé par une vulnérabilité économique profonde et une situation sécuritaire des plus précaires en raison de la persistance des attaques djihadistes et des conflits interethniques. Alors que l’accord de paix, signé en 2015 à Alger, peine encore à trouver sa pleine traduction sur le terrain, c’est-à-dire dans le Nord Mali, fief des groupes politico-militaires touaregs.
De quelles mesures de sanction s’agit-il ? A l’issue du sommet extraordinaire d’Accra, dimanche 9 janvier, les Etats de la Cédéao et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont décidé d’interrompre tous les échanges avec Bamako sauf ceux qui concernent les produits de première nécessité. Ils ont décidé de suspendre toutes les aides financières et de geler les avoirs du Mali à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Les Etats membres ont également décidé de rappeler leurs ambassadeurs respectifs accrédités au Mali et de fermer leurs frontières avec le pays désormais placé sous embargo.
Pourquoi ces mesures ? Leur caractère extrême peut surprendre, les raisons, elles, sont connues. A Accra, les Etats de la Cédéao et le Mali devaient discuter sur la durée de la transition et l’organisation d’élections devant mettre fin à la parenthèse constitutionnelle dans laquelle se trouve le pays depuis août 2020 et les deux coups d’Etat militaires qui ont ébranlé le pays, le second ayant lieu en mai 2021. Après avoir annoncé à l’issue des assises nationales de la refondation, organisées fin décembre à Bamako avec une partie importante de la classe politique malienne qui prévoit un prolongement de la transition à cinq ans, le pouvoir de transition a proposé au sommet d’Accra un nouveau délai de quatre ans. Soit moins d’une année que la proposition précédente mais qui, dans la réalité, correspond à un véritable mandat et non à une période transitoire. Réaction de la Cédéao, elle a fustigé « le manque évident et flagrant de volonté politique des autorités de transition ». « La contre-proposition malienne est une transition de quatre ans. C’est de la rigolade », a ajouté à l’AFP un haut responsable ghanéen ayant requis l’anonymat, dont le pays assure actuellement la présidence de l’organisation. Après huit rencontres en présentiel ou en visioconférence, pour parler spécifiquement du Mali (avec la Guinée après un autre putsch en septembre 2021) depuis août 2020, sans compter les sommets ordinaires, la Cédéao avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision et imposé un gel de leurs avoirs financiers et une interdiction de voyager à 150 personnalités, coupables, selon elle, de faire obstruction aux élections. Ces sanctions restent en vigueur. Elles sont désormais aggravées et ne seront levées progressivement que lorsque les autorités maliennes présenteront un calendrier « acceptable » et que des progrès satisfaisants seront observés dans sa mise en œuvre, affirme la présidence nigériane de l’organisation régionale. La proposition d’organiser la présidentielle en décembre 2026 est « totalement inacceptable », estime la Cédéao. Elle « signifie simplement qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ».
Le sommet extraordinaire d’Accra qui, s’il n’est pas celui de la rupture définitive en raison de la nécessité pour les deux parties de négocier, augure d’une phase critique entre les Etats membres et le pouvoir de transition militaire. Ce dernier a riposté en condamnant «énergiquement ces sanctions illégales et illégitimes » et rappelle ses ambassadeurs dans les pays de la Cédéao.
Dans un communiqué lu à la Télévision nationale par le porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga a ajouté que « le gouvernement du Mali regrette que des organisations sous-régionales ouest-africaines se fassent instrumentaliser par des puissances extra-régionales aux desseins inavoués ». Le pouvoir militaire de transition a annoncé fermer aussi ses frontières terrestres et aériennes avec les pays de la Cédéao. A suivre.