La transition dirigée par le colonel Assimi Goïta souhaite que cette période intermédiaire soit prolongée de cinq ans pour remettre le Mali sur pied. En face, l’opposition refuse ce calendrier qu’elle juge «non inclusif» et appelle à l’organisation des élections dans les plus brefs délais afin de mettre fin à la parenthèse actuelle. Entre les deux, les dirigeants de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), eux, appellent à un retour rapide à l’ordre constitutionnel dans le pays. Ils auront leur mot à dire le 9 janvier prochain à Accra

Par Anis Remane
Les militaires au pouvoir au Mali auront sans doute des difficultés à convaincre les partenaires de la Cedeao qui tiennent un sommet extraordinaire sur l’avenir de la transition dans ce pays, le 9 janvier prochain à Accra, de la pertinence politique à prolonger de cinq ans la période intermédiaire non constitutionnelle actuelle. La raison est qu’en perspective de ce rendez-vous sous-régional important pour le Mali, une dizaine d’organisations politiques ont rejeté cette proposition.
Dans un communiqué publié dimanche 2 janvier, ces formations engagées dans le «Cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie» ont déclaré que cette échéance, outre le fait qu’elle «viole la Charte de la transition, n’a pas fait l’objet de discussions au Mali et ne saurait être en aucun cas une aspiration profonde du peuple malien». «Par conséquent, le cadre rejette ce chronogramme unilatéral et déraisonnable», ajoutent-ils dans leur communiqué. «On veut que le délai de la transition ne soit pas lié aux Assises. On veut les dissocier pour aller à l’organisation rapide des élections», a ajouté, pour sa part à l’AFP, le chargé de communication du «Cadre d’échange» Sékou Niamé Bathily.
Pour rappel, le «Cadre d’échange», qui regroupe une coalition de partis politiques dont le Rassemblement pour le Mali de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé le 18 août 2020, et le Yelema de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, avait déjà annoncé son refus de prendre part aux Assises nationales de la refondation. Il avait exprimé ce refus le 19 novembre au colonel Assimi Goïta, au pouvoir depuis le putsch du 18 août 2020. Une position partagée également par les groupes politico-armés signataires de l’accord de paix de 2015, réunis au sein du «Cadre stratégique permanent» (CSP). Son porte-parole, Moussa Ag Acharatoumane, qui s’est dit non convaincu par les annonces des Assises, a déclaré à des médias internationaux que c’étaient «des assises pratiquement pour dire la même chose qui s’est déjà dit au dialogue national inclusif et dans les autres grandes réunions qui se sont passées dans notre pays.»
L’attitude de l’ensemble des courants politiques d’opposition au chronogramme avancé par le pouvoir militaire pèsera certainement sur les travaux du sommet extraordinaire qui se tiendra dans cinq jours dans la capitale ghanéenne. Elle conforte l’hypothèse que cette rencontre exceptionnelle, organisée par les dirigeants des pays de la Cedeao, sera celle d’une négociation ardue sur le temps à accorder aux maîtres de la transition malienne pour qu’ils organisent des élections pour fermer la parenthèse non constitutionnelle actuelle. Les Assises nationales de refondation, organisées du 11 au 30 décembre dernier, ont recommandé une transition d’une durée de 6 mois à cinq ans, sans trancher. Samedi, 1er janvier, le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a, lui, déclaré à la télévision publique qu’il avait présenté au président du Ghana Nana Akufo Addo, président en exercice de la Cédéao, une prolongation de cinq ans de la transition, au plus, à compter du 1er janvier.
Vers un sommet de négociations
Une manière pour espérer des partenaires de la Cedeao des délais plus importants – au-delà de l’année 2022 et peut-être 2023- que ceux qu’ils souhaitent avec le soutien désormais affiché d’une partie importante de la classe politique malienne.
Le 12 décembre 2021, les dirigeants ouest-africains de la Cedeao avaient exigé des élections en février au Mali et menacé d’imposer des sanctions supplémentaires dès janvier sans engagement des autorités maliennes à organiser des élections le 27 février 2022. Mais les autorités maliennes ont notifié à la Cédéao qu’elles seraient dans l’incapacité d’organiser des élections présidentielle et législatives en février 2022, comme le pouvoir militaire de transition s’y était préalablement engagé. Le gouvernement malien invoque à juste titre l’insécurité persistante dans ce pays pauvre et enclavé, livré depuis 2012 aux agissements de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique, et aux violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d’autodéfense et des bandits. Les forces régulières sont elles-mêmes accusées d’exactions. Les deux-tiers du pays échappent au contrôle des autorités. Le «Cadre d’échange» réunit plusieurs partis et regroupements de partis. n