La situation sécuritaire au Mali connait depuis quelques jours une nouvelle dégradation avec la multiplication des attaques attribuées aux groupes djihadistes. Le prix le plus lourd de ce regain de violence est payé par les civils comme cela s’est passé le vendredi 3 décembre après l’attaque qui a fait à Songho près de Bandiagara dans la région de Mopti trente-trois morts et 17 blessés, parmi eux des femmes et des enfants.

Par Kahina Terki
Les victimes qui se trouvaient à bord d’un véhicule de transport ont été mitraillées par un groupe d’assaillants dont certains étaient à moto, selon des sources maliennes. Dimanche 5 décembre, le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, a décrété un deuil national de trois jours. Les drapeaux ont été mis en berne sur tous les bâtiments et édifices publics. Hier, lundi 6 décembre, les populations locales, élus, leaders communautaires et société civile, ont entamé un mouvement de protestation pour « demander la sécurisation des personnes et de leurs biens ». Dans un communiqué, où elles se sont interrogées sur l’inefficacité des forces maliennes et internationales à riposter aux attaques des groupes armés, elles se sont dites « au regret d’annoncer qu’à partir du lundi 06 décembre 2021 et jusqu’à nouvel ordre » le début de « a désobéissance civile conformément à l’article 121 de la constitution du 25 février 1992».
Avant le carnage de Songho, une précédente attaque terroriste avait fait 4 morts dans la ville de Bandiagara où des dizaines de personnes avaient été par ailleurs enlevées ou portées disparues. Dimanche 5 décembre, c’est un camp de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma) à Gao, dans le nord du pays, qui a été ciblé par des tirs de mortier. Il y a eu également « des tirs de mortier » sur les camps de la Minusma samedi à Kidal et à Ansongo, dans le nord du pays, a dit à l’AFP Myriam Dessables, directrice de la communication de la Minusma. Un climat de terreur qui a fait réagir l’Association pour le développement de Bandiagara (ADB) qui demande aux autorités maliennes de prendre toutes les dispositions nécessaires pour protéger les populations et leurs biens. Un contexte politique qui, sur fond de redéploiement de la force française Barkhane, de rumeurs sur l’arrivée du groupe russe militaire privé Wagner, de tractations diplomatiques internationales, incite aussi à se poser de sérieuses questions sur la capacité du pouvoir de transition à Bamako à stabiliser une situation sécuritaire alarmante ; et à tenir ses engagements à fermer la parenthèse de l’exception constitutionnelle dans laquelle se trouve le pays depuis le coup d’Etat de 2020. Le représentant du chef de l’ONU en Afrique de l’Ouest et au Sahel et l’ancien patron de la Minusma, le tchadien Mahamat Saleh Anadif, qui s’est exprimé récemment sur le sujet a déclaré sur le plateau de la chaine de télévision Africanews que « les élections présidentielles ne peuvent pas se tenir en février 2022, mais les autorités de la transition doivent dévoiler un nouveau chronogramme». Il a ajouté que les pressions exercées sur Bamako par les pays de la Cédéao qui réclament un calendrier électoral précis peuvent constituer une incitation du pouvoir militaire à le faire dans les premières semaines de 2022. M. Anadif trouve que « c’est clair » que les élections ne peuvent pas se faire en février, mais « il est extrêmement important que les autorités maliennes puissent avoir la sagesse et l’intelligence de proposer quelque chose pour que les chefs d’État de la CEDEAO puissent s’y pencher», a-t-il estimé.
Le 12 décembre prochain, les Etats membres de la Cédéao vont à nouveau se réunir pour un sommet ordinaire au Ghana. Ce sera un indicateur sur l’évolution relation entre cette organisation régionale et le pouvoir militaire de transition au Mali. A part le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, et le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, tous les autres leaders de la transition sont interdits de voyager. Il s’agira de voir si la Cédéao assouplira ou durcira ses sanctions. Les violences au Mali se sont étendues à la « zone des trois frontières », aux confins du Niger et du Burkina Faso, deux pays sahéliens de plus en plus ciblés eux aussi par les attaques des groupes armés. n