Une délégation du Conseil de sécurité des Nations unies est en déplacement, depuis samedi, à Bamako. Il s’agit d’une visite officielle de deux jours qui s’inscrit dans le cadre des consultations régulières entre le gouvernement malien et l’ONU depuis la création de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali) en 2013.

Par Anis Remane
Elle est menée par le Kenya, qui préside le Conseil en ce mois d’octobre, le Niger et la France, dont les relations avec le pouvoir militaire de transition au Mali sont au plus bas. La Mission des Nations unies au Mali (Minusma) a précisé, de son côté, que la délégation du Conseil de sécurité rencontrera les plus hautes autorités maliennes ainsi que plusieurs représentants des institutions républicaines. Elle s’entretiendra aussi avec les groupes signataires de l’Accord d’Alger de 2015.
Selon un communiqué des Nations unies, vendredi 22 octobre, la délégation du Conseil de sécurité, qui se rendra également à Niamey au Niger, est présente à Bamako pour faire le point sur la transition. «Les principaux objectifs sont de veiller à ce que la transition au Mali se déroule comme prévu, de poursuivre la conversation sur les effets du terrorisme et du changement climatique au Sahel et de voir comment le Conseil peut au mieux soutenir la région», a indiqué pour sa part le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, lors d’un point de presse jeudi 21 octobre.
Les déclarations de M. Dujarric rappellent que la visite de la délégation du Conseil de sécurité intervient dans le contexte très tendu entre le pouvoir militaire de transition au Mali et ses partenaires internationaux. La tension porte sur l’éventualité d’un contrat avec les mercenaires russes du groupe sécuritaire Wagner, mais surtout sur un éventuel allongement de la période de transition. Les autorités maliennes se sont engagées sur une période de 18 mois, mais envisagent à présent de repousser l’échéance prévue. C’est ce qu’a annoncé le Premier ministre malien de transition Choguel Maïga lors de l’Assemblée générale des Nations unies et c’est ce qu’il a confirmé, jeudi 21 octobre, lors de son passage à l’émission de la Chaîne III de la Radio nationale, «l’histoire en marche». Au micro de la journaliste Meriem Abdou, Choguel Maïga a déclaré que son gouvernement «ne bougera pas d’un iota» devant ce qu’il considère comme une «campagne de diabolisation» de l’équipe qui le constitue par «ceux qui ont soutenu le gouvernement corrompu et laissé faire des détournements massifs au niveau du budget destiné à l’armée et à la sécurité du pays». « Lorsque vous décidez d’une politique, il faut qu’elle colle à la réalité. Mais, le terrorisme a envahi le pays où personne ne peut sortir à plus de 50 km des capitales régionales», d’où l’impossibilité d’organiser aujourd’hui, selon lui, des élections. De plus, «nous avons un système de fraude que le peuple a rejeté et ensuite il faut aller vers des réformes politiques et institutionnelles pour la refondation de l’Etat malien. Nous avons mis en place un organe indépendant pour organiser les élections et nous travaillons à sécuriser le pays». Mais, a-t-il confié, «tout cela ne peut être fait en 18 mois».
Le Premier ministre malien a annoncé, dans ce sens, l’intention de son gouvernement en place d’organiser «des assises nationales de la refondation où toutes les forces vives seront réunies». «La transition, a-t-il poursuivi, va être décalée de quelques semaines ou mois pour éviter d’organiser des élections dans la précipitation et de retomber dans le piège de la contestation», ajoutant que ces assises devront avoir lieu fin décembre prochain et s’achever par des résolutions en ce qui concerne le calendrier électoral à adopter. Ses propos confirment le bras de fer entre Bamako et ses partenaires africains, de la Cédéao notamment, et internationaux. Ces derniers rappellent depuis des mois les autorités maliennes à leur engagement d’organiser ces élections en février prochain. La présidence et le gouvernement maliens de Transition, eux, ne cachent plus leur souhait que la date soit repoussée et fixée lors des prochaines Assises nationales, qui doivent s’achever fin décembre.

«Le terrorisme a envahi le territoire malien»
Evoquant l’intervention française au Mali, Choguel Maïga a indiqué, qu’en 2013, lorsque le gouvernement intérimaire avait sollicité l’aide de la communauté internationale, de la France en particulier, il avait demandé un appui aérien et il n’était pas question de soldats français au sol. Huit ans après, a regretté le Premier ministre malien, «le terrorisme qui était confiné dans l’extrême Nord du Mali, a envahi le territoire malien, et l’intégrité du territoire n’est toujours pas restaurée dans une partie du territoire où nous avons des groupes armés qui défilent chaque année avec des armes lourdes devant des militaires français et de la communauté internationale». Sur les Nations unies, le Premier ministre s’est montré très critique : les résolutions des Nations unies changent chaque année et sont adoptées «souvent sans l’avis des Maliens». «Cette année, nous avons décidé qu’on ne nous fera plus adopter une résolution au nom du Mali sans l’accord et l’avis du gouvernement malien», en référence à l’introduction par la France d’une résolution au Conseil de sécurité pour augmenter le nombre des militaires de la Minsuma de plus de 2 000 hommes.
Le pouvoir de transition malien bénéficie dans ce contexte d’un franc soutien de l’Algérie, dont l’objectif est de faire aboutir l’Accord d’Alger. Vendredi 22 octobre, le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra a reçu le ministre malien de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale, le Colonel-major Ismail Wagué, ainsi que les premiers responsables des mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.
Les consultations entre les deux parties, qui s’inscrivent dans le cadre des efforts de l’Algérie en sa double qualité de chef de file de la médiation internationale et Président du Comité de suivi de l’accord (CSA), visent principalement à permettre aux parties maliennes de donner un nouvel élan au processus de paix et de réconciliation au Mali, dans le prolongement des résultats encourageants de la 45e session du CSA tenue le 6 octobre à Bamako.