L’autorité militaire de transition entend cependant avoir un droit de regard sur la MINUSMA dont elle s’apprête à renouveler vraisemblablement le mandat qui expire à la fin du mois de juin courant.

Par Lyes Sakhi
Lundi 12 juin, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a assuré que son gouvernement reste pleinement engagé dans la mise en œuvre «diligente et intelligente» de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Un accord qui, a-t-il dit, a connu des avancées notoires, notamment sur les plans politique, sécuritaire, du développement, de la justice et de la réconciliation.
Abdoulaye Diop s’est exprimé sur le sujet quelques jours avant le débat à New York sur l’avenir de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et le renouvellement de son mandat, qui arrive à expiration fin juin. Ses déclarations sont en quelque sorte une réponse aux inquiétudes exprimées par les membres du Conseil de sécurité sur la situation au Mali à l’heure où le pouvoir militaire de transition a décidé d’annoncer qu’il n’y aura pas d’élections dans le pays avant vingt-quatre mois, délai qu’il s’est fixé pour préparer le pays à un retour aux urnes et à la normalisation politico-institutionnelle.
Ainsi, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Richard M. Mills a constaté que le Comité de suivi de l’Accord d’Alger ne s’est pas réuni depuis octobre dernier. Il a aussi regretté que les autorités de transition n’aient pas annoncé la date des prochaines élections. Il a pris note en revanche de l’annonce d’une transition de 24 mois, même si les États-Unis ne l’approuvent pas. Le délégué a demandé la mise en œuvre d’un mécanisme de suivi de la transition. Il s’est inquiété de l’augmentation spectaculaire d’exactions contre les civils de la part des groupes terroristes, des forces de sécurité nationales et des forces extérieures connues comme le groupe Wagner. Il a déploré que les autorités refusent depuis des mois l’accès au site des crimes de Moura, alors que la Mission doit y mener des enquêtes sur le massacre qui s’y est déroulé. Les forces du groupe Wagner auraient commis de terribles atteintes aux droits de l’homme partout où elles sont passées, a-t-il confié, affirmant que «le groupe Wagner n’apportera pas la paix au Mali».
M. Mills a rappelé que ceux qui attaquent les civils et les forces de maintien de la paix sont passibles de sanctions du Conseil de sécurité. Il a souligné l’importance de la MINUSMA qui est installée depuis une dizaine d’années dans le pays. Mais à quoi ressemblera le prochain mandat de la Mission si son renouvellement pour une nouvelle année, fin juin, ne semble pas faire de doute – les autorités maliennes de transition y sont favorables-, la forme qu’il aura sur le terrain suscite de nombreuses questions. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a fait une intervention selon laquelle le renouvellement du mandat de la MINUSMA «doit prendre en compte la montée en puissance des Forces Armées Maliennes FAMa». En décrypté, les Nations unies et leur mission au Mali doit tenir compte du fait que les FaMa, accusées récemment d’exactions et d’atteintes aux droits de l’Homme, doivent agir en toute souveraineté et selon les stratégies que Bamako a choisies en matière de défense et de sécurité.
Abdoulaye Diop, qui a fait valoir la «montée en puissance des Forces armées maliennes» et ses résultats sur le terrain, a jugé essentiel que le renouvellement du mandat de la MINUSMA soit centré «sur la protection des populations civiles et l’appui au rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire». Plus clair encore, il a jugé «indispensable de mieux définir la notion de protection des civils dans un contexte de guerre asymétrique».
Le chef de la diplomatie malienne a ensuite exprimé son «opposition ferme» à l’intervention sur son territoire de la force de l’opération française Barkhane, après la décision unilatérale de retrait de ladite force et la dénonciation par le Mali des accords de défense avec la France. «Nous en appelons au respect de la souveraineté du Mali et des décisions prises par les autorités maliennes à cet égard», a-t-il dit. M. Diop a expliqué que le retrait du Mali du G5 Sahel, effectif à partir du 30 juin, est une «décision souveraine, en réponse aux violations des traités fondateurs de l’Organisation, à la politique de deux poids, deux mesures et aux ingérences extérieures hostiles à l’égard d’un État membre fondateur. «J’invite le Conseil de sécurité à prendre acte de cette décision et à en tirer toutes les conséquences dans la mise en œuvre du mandat de la MINUSMA», a-t-il conclu, en ajoutant que le G5 Sahel n’a plus vocation à intervenir sur le territoire malien. Lundi, le représentant spécial du secrétaire généra de l’ONU au Mali, El-Ghassim Wane, a témoigné devant le Conseil de sécurité d’une «détérioration» de la situation sécuritaire «depuis le début de cette année» dans la zone des trois frontières.
Les quelques informations remontant de cette immense zone reculée et difficilement accessible font état de centaines de civils tués et de milliers de déplacés ces derniers mois dans les régions de Ménaka et Gao plus à l’ouest. Des combats y ont mis aux prises ces dernières semaines les jihadistes de l’État islamique au Grand Sahara l’EIGS et une coalition de l’armée malienne et de groupes armés soutenus par Bamako. Plusieurs massacres ont été imputés à ce même groupe jihadiste au cours de l’année écoulée sans que l’organisation ne les revendique toujours. La dernière attaque d’envergure – non revendiquée – est survenue dimanche soir à Seytenga, au Burkina Faso, faisant 79 morts selon un bilan officiel encore provisoire. <