Par Lyes Sakhi
C’est à prendre ou à laisser, pour le pouvoir militaire de transition au Mali, le délai qu’il lui faut pour organiser des élections est de 24 mois. Jeudi, 22 avril, le Premier ministre Choguel Kokala Maïga l’a répété et officialisé à Bamako devant les membres du Conseil national de transition (CNT). «Nous avons déjà perdu trois mois. Maintenant, nous n’allons plus attendre. Le gouvernement va se mettre au travail pour un délai de 24 mois à l’issue duquel, des réformes adéquates et des réglages appropriés sur le plan sécurité et matériel afin d’aboutir à des élections transparentes, apaisées et crédibles», a précisé le Premier ministre malien. «La preuve est faite par A+B qu’on ne peut pas aller en-deçà de 24 mois», et «on ne peut pas accepter de précipiter les élections, de les bâcler pour avoir la conscience tranquille», a déclaré Choguel Maïga. «A partir de cet instant, nous engageons le processus de mise en œuvre de tout le plan de la transition pour les deux ans qui ont été retenus par le président de la transition», le colonel Assimi Goïta, à la tête du pays depuis mai 2001, a-t-il ajouté
Dans les 12 premiers mois, le gouvernement de transition entend faire les réglages sécuritaires nécessaires, poursuivre la sécurisation des zones affectées par les groupes armés, procéder à la mise en œuvre totale du programme Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR) et l’accord d’Alger issu du processus d’Alger, et d’œuvrer à la réorganisation territoriale et administrative et au retour des réfugiés. Durant les 12 mois restants, il s’attellera aux préparatifs des conditions politiques, juridiques, matérielles et l’organisation des élections (territoriales, législatives et présidentielle), a expliqué le Premier ministre devant le Conseil national de transition (CNT) qui a jugé son bilan insuffisant. «Si c’est ma personne qui fait obstacle pour certains politiques, c’est leur droit mais ce n’est pas ce que pensent les Maliens», a-t-il répondu. Pour les relations de Bamako avec la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui demande à Bamako d’organiser des élections dans un délai de 12 à 16 mois, le Premier ministre a assuré que «les discussions ne sont pas rompues». Il a mentionné la venue de «missions» à Bamako «dans les jours prochains pour aboutir, nous l’espérons, à un accord». L’organisation régionale a suspendu le Mali de ses instances et lui impose de lourdes sanctions économiques, un «embargo» qui viole «ses propres textes», selon M. Maïga, qui a dénoncé «le fait du prince».
Sur les relations avec les Nations unies, «ce n’est pas l’intérêt du Mali aujourd’hui de dire que nous rompons avec la Minusma. Le mandat sera renouvelé», a déclaré Choguel Maïga aux membres du CNT. «Mais il faut qu’on se mette dans la tête que notre souveraineté, notre indépendance, notre défense, notre sécurité, c’est notre armée seule, appuyée par moments par nos partenaires, qui peut l’assurer», a-t-il ajouté, jugeant que celle-ci s’acquitte «de façon extraordinaire de sa mission». <