L’Algérie suit avec attention les développements politiques dans le pays voisin comme l’indique le deuxième et dernier déplacement du chef de la diplomatie Sabri Boukadoum à Bamako, dimanche 20 septembre. Elle cherche à appuyer le processus de transition par les meilleurs moyens possibles sans heurter les acteurs internationaux : en faisant confiance au personnel politique malien, dont les colonels au pouvoir et en agissant selon ses convictions propres et sa vision de sortie de crise, a précisé le chef de l’Etat M. Tebboune qui dit souhaiter une transition conduite par un président civil. Ce qui semble être fait avec la désignation de l’ex-ministre de la Défense Ba N’daou.

Les évènements politiques au Mali s’accélèrent. Le pays est depuis hier en situation d’avoir un leader pour conduire la transition de dix-huit mois imposée par les militaires au pouvoir depuis la déposition de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita (IBK), le 18 août dernier.
En effet, le collège installé le 16 septembre dernier par l’autorité militaire au pouvoir pour décider de la désignation du président de la transition et du futur Premier ministre qui l’accompagnera dans ses charges s’est réuni hier pour la première fois à Bamako.
Sa décision a été de désigner comme président de la transition l’ancien ministre de la Défense Ba N’Daou. Peu avant cet évènement, un militaire parmi les officiers au pouvoir avait indiqué aux agences de presse que la réunion du collège «venait juste de commencer» et que la réunion se passait «à huis clos, sans caméra ni journalistes».
«Nous sommes au nombre de dix-neuf personnes pour choisir le président de la transition et son Premier ministre», avait-il dit sans préciser que leur choix allait être rapide, sans doute en raison du fait que le Mali est entré dans la commémoration du 60e anniversaire de son indépendance, un évènement historico-politique de première importance qu’il ne fallait pas gâcher au travers duquel il fallait envoyer un message d’assurance aux Maliens. Mais aussi de couper la poire en deux par rapport aux exigences internationales d’un retour du Mali à un pouvoir civil.
Si Ba N’adaou n’est pas un militaire à proprement parler, il reste sensible aux préoccupations des militaires et proche d’eux. La question maintenant est de savoir quelle réaction la désignation de l’ancien ministre de la Défense va-t-elle susciter auprès des acteurs régionaux concernés par la crise malienne. Ces derniers continuent de se mobiliser chacun selon ses intérêts, chacun selon sa vision des solutions à apporter pour aider le Mali à retrouver sa normalité institutionnelle et tenter de trouver une issue à la crise économique et sécuritaire aiguë qui l’affaiblit progressivement et menace sa souveraineté.
Pour la Communauté des États ouest-africains (Cédéao), il est impératif que les futurs dirigeants de la transition – ont l’identité est désormais connue – doivent être des civils. C’est la condition imposée par ce groupe de pays ouest-africains voisins pour lever les sanctions politiques et surtout économiques qu’il a imposé au Mali.
Pour l’Algérie, autre pays du voisinage malien qui fait preuve d’une activité diplomatique intense en faveur d’une transition sans danger pour le Mali et sans conséquences négatives pour la région, l’attitude retenue n’est pas celle de l’exigence ou de l’ultimatum, mais de l’écoute.
Le voyage express du chef de la diplomatie Sabri Boukadoum à Bamako, dimanche 20 septembre, le deuxième en moins d’un mois après celui effectué fin août dernier en tant que premier grand responsable d’un pays tiers à s’y rendre en dehors des médiateurs de la Cédéao, accrédite la thèse que l’Algérie, pour ne pas envenimer la situation, ne cherche pas la coercition ni la contrainte dans sa relation aux tenants actuels du pouvoir au Mali.
Lors de sa visite de travail, M. Bouakadoum a eu «une série d’entretiens ayant porté essentiellement sur la situation» dans le pays «avec de nombreux acteurs maliens de premier plan», précise un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Parmi ses interlocuteurs, ont figuré notamment le colonel Assimi Goïta, figure de proue des colonels maliens au pouvoir, l’influent imam Mahmoud Dicko, proche du mouvement d’opposition du 5-juin et le président de la Convergence pour le Développement du Mali (Codem), Housseini Amion Guindo.

Le président Tebboune : «90% de la solution malienne est algérienne»
Alger ne parle pas de «junte» et le ministre Boukadoum qui fait preuve d’une diplomatie «soft», mais ferme quant à la nécessité d’une transition apaisée et non imposée insiste en particulier sur «la disponibilité de l’Algérie à poursuivre son accompagnement aux frères maliens, comme elle l’a fait par le passé, dans leurs efforts à conduire une transition calme et apaisée qui soit à la hauteur des attentes du peuple malien et qui permettrait le retour à l’ordre constitutionnel».
Le ministre des Affaires étrangères prend ainsi une précaution manifeste à agir dans le cadre onusien, africain et multilatéral. Avant-hier, il a eu ainsi des entretiens avec des responsables de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Munisma), de l’Union africaine (UA) pour le Mali et le Sahel, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), de l’Union européenne ainsi que des représentants des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Pour autant, l’Algérie croit davantage à ses efforts bilatéraux avec les hommes au pouvoir au Mali qu’à une solution internationale vis-à-vis de laquelle elle partage le choix d’un civil comme président de la transition. Lors de sa rencontre avec la presse, dimanche 20 septembre, le chef de l’Etat, M. Tebboune, a déclaré que «l’Algérie n’a pas eu de discussions ni de concertations avec aucune partie internationale de l’extérieur concernant la question malienne». Il a affirmé que «90% de la solution malienne est algérienne», indiquant le rôle incontournable de l’Algérie dans ce dossier et faisant comprendre à la fois aux colonels et au personnel politique à Bamako que la sortie de leur pays de la crise qui le menace relève de leurs prérogatives.
Pour les 10% restants, c’est la part que la diplomatie algérienne partage avec les autres acteurs onusiens, africains et internationaux sur la préférence à ne pas nommer un militaire pour la conduite de la transition. M. Tebboune a en effet exprimé le souhait de voir «la période de transition réduite au minimum, outre une personnalité civile à la tête de l’Etat pour que nous puissions contribuer au règlement de la crise dans ce pays». La position de l’Algérie est d’éviter des complications à la situation malienne actuelle et de préserver l’accord d’Alger de 2015 dont une grande partie consiste à régler le problème du nord-Mali. A ce sujet, le chef de la diplomatie Sabri Boukadoum s’est aussi entretenu à Bamako avec des représentants de la Coordination des Mouvements de l’Azawad et des Mouvements de la Plateforme, signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu de l’accord en 2015. Selon un communiqué du MAE, «les interlocuteurs maliens ont exprimé leur appréciation pour le rôle de l’Algérie ainsi que la solidarité et la marque d’attention particulière pour le Mali en cette période difficile. Ils ont également renouvelé leur attachement pour la mise en œuvre effective de l’accord d’Alger qui «reste la voie idoine pour un retour durable de la stabilité et un cadre approprié pour faire face aux défis multiples qui se posent au Mali».