Rien ne permet pour l’instant d’affirmer que ces soldats détenus depuis juillet dernier au Mali sous l’accusation de mercenariat seront bientôt relâchés. Cependant, les tractations et les négociations n’ont pas cessé pour que ces militaires regagnent leur pays. Des indicateurs récents plaideraient pour une sortie de crise progressive.

Par Kahina Terki
L’affaire des militaires ivoiriens détenus au Mali connaîtra-t-elle bientôt un dénouement ? Des signaux laissent penser que Bamako semble adopter une position plus souple qu’au moment de l’arrestation de ces soldats accusés d’être des «mercenaires» et que l’hypothèse de leur prochaine libération n’est pas à exclure.
Parmi ces signaux, l’implication forte de nombreux Etats africains à dénouer cette affaire qui envenime les relations déjà compliquées entre le Mali et la Côte-d’Ivoire. Il y a l’apparition, également, au sein des autorités maliennes, d’un discours d’apaisement davantage destiné à l’ONU, à qui il est demandé d’être plus communicative sur les activités de sa mission, qu’aux autorités ivoiriennes qui ne manquent pas, elles aussi, de solliciter la médiation de notabilités politiques et religieuses maliennes.
Lundi 3 octobre, le président de l’organe législatif de transition, le CNT, a qualifié le dossier des soldats ivoiriens arrêtés à Bamako «d’obscure affaire» et exige de la mission des Nations unies au Mali plus de «clarté». Lors de la cérémonie de la rentrée parlementaire, Malick Diaw a déclaré que «cette obscure affaire qui continue de susciter beaucoup d’interrogations exige désormais de la Minusma une plus grande clarté et une plus grande coordination avec les autorités maliennes dans la conduite de ses opérations, particulièrement les conditions de déploiement et de rotation des troupes onusiennes sur le territoire malien ainsi que la gestion des Eléments nationaux de soutien».
Derrière ce rappel à l’ordre diplomatique , il y aurait, selon certains observateurs, une intention malienne à ne pas trop focaliser sur la responsabilité ivoirienne et à répondre favorablement mais progressivement aux efforts de médiation déployés par la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Le 29 septembre dernier, une mission de haut niveau de la Cedeao a été dépêchée à Bamako. Constituée des présidents ghanéen et gambien Nana Akufo-Addo et Adama Barrow et du ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, elle a rencontré le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. A ce moment-là, on a parlé de «progrès» accomplis vers une libération des 46 soldats ivoiriens retenus au Mali depuis le 10 juillet – ils étaient 49 au départ, mais 3 soldates ont été relâchées au début de septembre.
Sous couvert de l’anonymat, un haut responsable malien avait déclaré que «les choses vont s’arranger par la volonté de Dieu». Il a invoqué les efforts de différents intervenants et ajouté : «Nous n’allons pas les décevoir». «Attaché à sa souveraineté, le Mali reste ouvert au dialogue», avait, par ailleurs, déclaré le président Goïta sur les réseaux sociaux.
La mission avait été mandatée par les dirigeants des Etats membres de la Cedeao réunis en sommet le 22 septembre 2022 pour essayer de trouver une issue à la querelle diplomatique qui oppose Bamako et Abidjan.
Les autorités maliennes avaient prévenu avant de recevoir la mission ouest-africaine qu’elle ne se laisserait pas imposer une solution. «Nous allons les écouter (…) Mais si c’est pour imposer des décisions au Mali, cela ne passera pas», avait déclaré le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop. A suivre… n