Le Maroc poursuit son forcing pour adhérer à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), et ce, malgré la réticence des Etats membres de ce groupement économique régional, à l’image du patronat sénégalais qui y voit une menace directe sur des économies particulièrement fragiles.

Sous la thématique «Adhésion du Maroc à la Cedeao : Fondements, enjeux et perspectives communes», une conférence a eu lieu jeudi à Dakar, à l’initiative de l’Institut Amadeus, un think tank marocain basé à Rabat, dans l’objectif vraisemblablement est de tenter d’atténuer les réticences du patronat sénégalais.
Il s’agit donc pour la partie marocaine de clairement mettre de la pression et d’expliquer «les fondements de sa vocation ouest-africaine et de connaître, d’autre part, les différentes positions des parties prenantes sénégalaises sur cette adhésion». Rabat semble se résoudre à complètement tourner le dos à l’UMA, zone aux potentialités économiques énormes mais restée moribonde, pour se retourner vers d’autres groupements du continent.
La Cedeao, lancée en 1975 et qui devait, selon les termes officiels de l’organisation, «favoriser la croissance économique et le développement en Afrique de l’Ouest», semble constituer pour le Maroc une opportunité pour peser dans un organisme économique régional qui se caractérise par une certaine stabilité. La «particularité» des relations entre le Maroc et le Sénégal est promptement mise en relief et convoquée pour appuyer la démarche de Rabat qui, depuis son retour à l’Union Africaine, se caractérise par un activisme remarqué. «Le processus d’adhésion du Maroc à ce groupement régional ne doit pas occulter des siècles et des siècles d’amitié commune, l’adhésion du Maroc à la Cedeao s’effectuera avec le Sénégal ou n’aura pas lieu», dira Fassi Fihri, le président de l’Institut Amadeus.

«Conséquences négatives»
Le Maroc insiste dans sa démarche et dit ne point chercher à perturber la «marche intégrationniste réussie» ouest-africaine, «ni à la dénaturer et, encore moins, à la déséquilibrer». L’entrée du Maroc à cet organisme a été, pour rappel, différée en décembre dernier.
Durant le sommet d’Abuja, tenu le 16 décembre dernier, il a été décidé la mise en place d’un comité des chefs d’Etat qui devait étudier les conséquences d’une éventuelle adhésion du Maroc. Mais aussi de la Mauritanie et de la Tunisie, qui ont également émis le souhait d’intégrer la communauté. L’adhésion du Maroc suscite toutefois des réserves. Selon le journal sénégalais Le Quotidien, le président Macky Sall a été l’un de ceux qui ont demandé que l’on passe par une phase d’études et qu’on soumette des conclusions permettant de se prononcer sur les candidatures de nouveaux pays.
Des pressions du Conseil national du patronat (CNP) auprès du chef de l’Etat sénégalais seraient derrière ces hésitations. Selon la presse sénégalaise, Macky Sall reste convaincu que l’arrivée du Maroc au sein de la Cedeao serait nuisible pour les économies de l’Afrique de l’Ouest. Le 27 octobre dernier, le nouveau comité d’initiative pour le suivi de l’intégration (CISI), qui regroupe des organisations patronales et professionnelles, avait organisé une conférence pour avertir justement des «conséquences négatives» d’une adhésion du Maroc à la Cedeao. Laquelle adhésion pourrait générer des «relations déséquilibrées». Craignant une possibilité de voir le Maroc «étouffer» les économies des pays de la zone en «détruisant des pans entiers» du secteur productif. Le directeur exécutif de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal estime, lui, que «le Maroc, avec la compétitivité de ses marchandises, qui n’est pas comparable à celle des pays de la Cedeao, viendra inonder le marché sénégalais avec ses produits, et aucun secteur ne sera épargné». «L’agriculture au sens large, l’industrie, l’artisanat, le commerce, les services ainsi que les bâtiments et travaux publics» pourraient être les secteurs les plus touchés, prévient le CISI. D’où cette circonspection en Afrique de l’Ouest envers un nouvel arrivant, l’échec de l’UMA n’étant pas pour rassurer.