La pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) qui s’est installée en Algérie depuis fin février 2020 ne semble pas près de s’éteindre, comme dans les autres contrées du monde. A défaut de pouvoir éradiquer le virus, il faut «apprendre à coexister avec lui, comme avec le virus grippal et d’autres».

PAR INES DALI
Telle est la déclaration du Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, qui, pour ce faire, estime qu’il y a lieu de se comporter comme avec les autres virus, en restant vigilant pour ne pas être contaminé et en se vaccinant.
Le pays connaît actuellement «une stabilité» de la situation épidémiique du fait de la baisse des cas confirmés. Pour rester dans cette tendance baissière et cette stabilité, «il faut maintenir les mesures préventives et, surtout, revenir à la vaccination après une réticence qui dure depuis des mois», a préconisé le Pr Mehyaoui, lors de son passage, hier, sur les ondes de la Radio nationale. Il a regretté que la vaccination n’avance pas, ajoutant que le discours qui consiste à «faire comprendre qu’on peut se passer du vaccin car l’Omicron n’est pas dangereux ne devrait pas avoir lieu».
Le nombre de vaccinés qu’il a donnés ne semble pas différent de celui annoncé il y a environ deux semaines. La vaccination fait du surplace, avec à peine 13.000.516 personnes vaccinées, dont 6,27 millions ayant reçu les deux doses représentant 30,14% de totaux vaccinés par rapport à la population cible de plus de 18 ans, a fait savoir l’invité de la Radio. «La dynamique vaccinale n’a pas eu lieu et l’objectif de 70% de taux national est encore loin», a-t-il déploré.
A la question de savoir si l’on peut compter sur l’immunité collective sans vaccination, notamment après la vague d’Omicron qui a touché un grand nombre de citoyens, il a souligné qu’en l’absence de données scientifiques et de chiffres, cette hypothèse ne peut être confirmée. «Nous n’avons pas de statistiques sur le nombre réel de personnes infectées pendant la vague d’Omicron, beaucoup ayant eu recours à l’automédication, d’autres ne s’étant pas fait tester, etc. Nous ne pouvons donc pas être sûrs du nombre ou du taux de cette l’immunité collective», a-t-il répondu, estimant qu’on ne peut parler d’immunité collective dans ce cas, car ce serait faire preuve d’un manque d’objectivité, le discours n’étant pas basé sur des études scientifiques ou des recherches sur le terrain. C’est pourquoi il a appelé à «coexister avec le virus comme avec le reste des virus», tout en continuant à «respecter les mesures préventives», à «observer la plus haute vigilance», mais aussi à aller vers «la vaccination massive car c’est le seul moyen» pour faire face à cette épidémie.
«Ce qui est certain, c’est que l’immunité par la vaccination est plus sûre pour le moment, même si Omicron est moins dangereux que le Delta», a affirmé le Pr Mehyaoui, rappelant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que ce variant a causé le décès de 500.000 personnes dans le monde depuis son apparition en novembre 2021 et qu’elle a, par ailleurs, souligné que la vaccination doit avoir un taux important dans tous les pays appelant à une distribution équitable des vaccins.
Le membre du Comité scientifique s’est montré navré que les 13 millions de doses d’anti-Covid-19 dont dispose l’Algérie peinent à trouver preneurs. Maintenant que c’est l’accalmie, c’est la meilleure période pour se faire vacciner, a-t-il fortement recommandé. «On était très inquiet à cause de la forte contagiosité d’Omicron. On a eu beaucoup d’hospitalisations, beaucoup de gens qui se soignaient en ambulatoire et d’autres qui avaient recours à l’automédication sans consultation préalable d’un médecin. Il y avait une certaine effervescence mais on peut dire que l’Algérien a appris comment s’adapter à cette épidémie en plus des mesures qui ont été prises par le secteur», a-t-il résumé commentant le passage de la 4e vague.

Il est «prématuré» de se prononcer sur la fin de la vague Omicron
La stabilité de la situation, il l’explique par les chiffres. «Nous avons environ 500 cas par jour à travers le pays. La capitale qui enregistrait 500 cas par jour à elle seule est arrivée à environ 105 actuellement, tandis que les autres wilayas sont à 7 ou 8 cas». Même pour les hospitalisations, «on a assisté à une baisse rapide et nous sommes passés très vite de 5000 à 4600 malades hospitalisés», a-t-il ajouté, notant que les décès sont «principalement des personnes non-vaccinées et celles ayant des malades chroniques qui, lorsqu’elles arrivent à l’hôpital, sont déjà dans un état grave».
Dans tous les cas, la 4e vague dominée par le variant Omicron a été de «moindre intensité comparativement à la 3e dominée par le Delta, avec une pression moindre sur les médicaments et notamment sur l’oxygène médical», selon le Pr Mehyaoui. «Nous sommes dans une situation d’accalmie et souhaitons voir le bout du tunnel bientôt. Mais nous devons également être plus disciplinés surtout que l’OMS ne cesse de mettre en garde ces derniers jours en appelant à la prudence face à l’éventuel retour du virus», a-t-il dit. Il est donc prématuré, selon lui, de se prononcer sur l’extinction de la vague d’Omicron si l’on considère que le pays continue d’enregistrer 500 cas quotidiens. «Il faut rester prudent. Le plus important, c’est qu’il n’y ait pas une grande pression sur le système sanitaire. Le personnel soignant dont bon nombre a été touché par l’Omicron a commencé à reprendre le travail… Cela ne veut pas dire que nous devons baisser la garde mais plutôt rester dans une situation de veille car le virus continue de se propager», a-t-il préconisé.
S’exprimant sur le prochain départ de 1200 praticiens spécialistes à l’étranger, il a d’abord souligné que ce phénomène touche également d’autres secteurs. Pour lui, la question de la fuite des médecins doit être «étudiée sous tous ses aspects et ne peut s’expliquer uniquement par la situation du secteur de la santé». «Il existe d’autres raisons comme des choix personnels et professionnels. Chacun a le droit de faire son choix de vie et son choix de carrière», a relevé le Pr Mehyaoui, qui a révélé connaître personnellement environ 80% des 1200 médecins candidats au départ pour les avoir eu comme stagiaires, insistant que «les raisons sont multiples».
A propos du système sanitaire, il a affirmé qu’il y a consensus que celui-ci a besoin d’une réforme. «Personne n’est satisfait du système de santé, ni les médecins, ni les malades ni les autorités sanitaires», a-t-il admis, relevant qu’après les assises, l’administration est en train de travailler sur ce projet que tous souhaitent voir aboutir rapidement pour améliorer la situation du secteur. n