En cette période de crise sanitaire, l’approvisionnement des populations en denrées alimentaires de base et aussi en produits frais demeure une priorité. Chose qui s’est confirmée sur le terrain, du fait que tous les marchés de la consommation ont été alimentés convenablement. Mais en sera-t-il de même dans les prochains mois ? Pour Ali Daoudi, expert en agroéconomie, cela dépendra de plusieurs facteurs.


Intervenant hier sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, il a rappelé dans ce sens que si, jusqu’ici, les marchés ont été approvisionnés en quantité suffisantes, à l’exception de la semoule, «c’est grâce aux capacités d’importation et de production du pays et surtout à la mobilisation des agriculteurs qui, malgré toutes les contraintes générées par la pandémie du coronavirus, ont continué à travailler pour assurer l’approvisionnement des marchés de gros de fruits et légumes». Mais il avertit qu’«à partir du moment où les conséquences de la pandémie vont continuer de se manifester, il faut dès à présent mettre en place des mesures d’urgence afin d’assurer le bon déroulement des prochaines campagnes agricoles». En somme, pour cet expert, «il y a urgence de réunir dans un premier temps les bonnes conditions pour mener à terme la campagne des cultures maraîchères et ensuite celle de la céréaliculture». Dans cette perspective, l’expert a précisé : «Il faudra surtout disposer en quantités suffisantes d’intrants agricoles, notamment les semences indispensables pour mener ces deux cultures.» Sur ce dernier point, Ali Daoudi s’est montré plutôt sceptique. Il en a donné les raisons. «En matière de semences et de produits phytosanitaires, notamment pour ce qui concerne les cultures maraîchères et céréalières que nous importons à hauteur de 80%, voire même 90%, dans certaines spéculations, le risque de ne pouvoir s’approvisionner demeure réel tant les grands producteurs mondiaux affectés par le Covid- 19 vont réduire leur offre à l’international dans les prochains mois. Devant un tel scénario, il serait tout à fait indiqué de nous approvisionner dès maintenant en quantités suffisantes, quitte à constituer des stocks afin de non seulement ne pas compromettre les prochaines campagnes agricoles, mais aussi garantir les toutes prochaines», a-t-il mis en garde. A la question de savoir comment sortir de cette grande dépendance en semences et produits phytosanitaires, l’invité de la radio a répondu tout de go : «C’est le rôle de la recherche agronomique.» Et d’enchaîner dans ce sens : «La recherche implique la contribution de tous les instituts relevant du secteur pour pouvoir se mettre d’accord sur une stratégie claire, réorienter la recherche agronomique en commençant d’abord à la remettre sur rail.» Abondant dans ce sens : «La crise nous a montré que nos productions stratégiques ne doivent pas être laissées tributaires des fluctuations du marché mondial, car il y va de la sécurité alimentaire du pays.» Mais comment faire pour réduire nos importations en produits alimentaires de base ? A cette question, l’enseigneur-chercheur a fait remarquer que «sur certains produits, ce n’est pas possible. En effet, les cultures de la canne à sucre et des oléagineux exigent des quantités importantes d’eau. Ce dont le pays ne dispose pas. Par contre, pour le lait, les céréales, les légumineuses et les fourrages, il existe une marge de production importante et qu’il va falloir mettre à exécution». Toujours dans ce même registre, il a toutefois souligné qu’il existe un autre moyen de diminuer notre facture d’importation en besoins alimentaires. «C’est de freiner le gaspillage qui dans certaines denrées dépasse tout entendement à l’image du pain. Pour ce faire, il y aura lieu d’adopter une politique rationnelle de consommation dans les produits qui font l’objet d’un fort taux de gaspillage», préconise-t-il. Ali Daoudi a, par ailleurs, insisté sur l’intérêt de mettre en place une nouvelle politique agricole ambitieuse clairvoyante avec des objectifs à moyen et long termes. «Et surtout d’accorder une grande importance à la recherche agronomique ainsi que de faciliter l’acte d’investir dans le secteur», conclut-il.<