Les partis de l’opposition réunis au sein des Forces de l’Alternative démocratique
sont plus que jamais résolus à poursuivre leur initiative qui consiste à appeler à une période de transition et à un processus constituant.

Ils maintiennent également, coûte que coûte, leur position quant au refus du dialogue auquel les convie l’Instance nationale de médiation et de dialogue coordonnée par l’ancien président de l’APN, Karim Younès, ne voyant dans cette démarche que «la strict application de la feuille de route du pouvoir», dont l’aboutissement est «l’organisation de l’élection présidentielle dans les plus brefs délais», selon ces partis (FFS, RCD, PT, UCP, MDS, PST, PLD et la LADDH représentée par Noureddine Benissad).
C’est donc un niet catégorique qu’essuie Karim Younès qui a déclaré que son instance «n’a pas la prétention de s’approprier le monopole du dialogue» et que «toute initiative qui peut contribuer à la solution de sortie de crise et à l’édification d’un Etat juste et démocratique (…) est la bienvenue». Il a même ajouté, à l’adresse de tous ceux dont les propositions de sortie de crise plaident pour une période de transition, que dans l’espace de dialogue «nous ne sommes pas en concurrence, mais en complémentarité».
Allant jusqu’au bout de sa démarche de médiateur et voulant récolter les propositions de l’ensemble des acteurs politiques et de la société civile, l’Instance de médiation et de dialogue a affirmé avoir envoyé des invitations à tous les partis – à l’exception de ceux de l’ex-Alliance présidentielle – , y compris ceux de l’Alternative démocratique. Des invitations qu’une partie de ces formations politiques affirme, de son côté, ne pas avoir reçu, à l’image du MDS et du PST.
Pour sa part, Ramdane Taâzibt, cadre dirigeant du Parti des travailleurs (PT), joint hier par téléphone, a confirmé à Reporters avoir été destinataire de l’invitation du panel. «Oui, nous avons reçu l’invitation, a-t-il répondu du plein cœur du Hirak où il se trouvait pour le 28e vendredi des manifestations populaires pacifiques appelant au changement total du système. «Au PT, on répond négativement à l’invitation du panel. On ne peut pas répondre autrement à un simulacre de dialogue dont le seul objectif est d’avaliser la feuille de route du pouvoir en place pour l’organisation de l’élection présidentielle. Nous ne pouvons pas parler de dialogue non plus, alors que des manifestants sont maintenus en prison, sans parler des restrictions sur plusieurs plans, dont l’interdiction des réunions… De quel dialogue parle-t-on dans ces conditions ?», s’est interrogé Taâzibt.
La même position est affichée par Mahmoud Rachedi, secrétaire général du Parti socialiste des travailleurs (PST), qui, par la même occasion, se montre catégorique à propos de l’invitation censée être envoyé par le panel. «En ce qui concerne le PST, je peux vous affirmer que nous n’avons pas reçu une invitation de l’Instance de médiation», a-t-il précisé. Idem pour le secrétaire général du Mouvement démocratique et social (MDS), Fethi Gherras, qui soutient que son parti «ne reconnaît même pas le panel» et qu’«il est donc certain que nous n’irons pas dialoguer avec eux», cela d’autant que «le peuple
réclame la rupture et nous ne sommes pas là pour donner à ce système une chance
de se reproduire par différentes manières».
Il enchaîne en expliquant que «le pouvoir qui a échoué à faire passer ou à faire accepter sa feuille de route par le biais de différents canaux, essaye de le faire maintenant à travers ce panel ou à travers des propositions qui apparaissent au début comme des propositions autonomes, mais qui ne sont en réalité que celles du système». Sans vouloir trop polémiquer, Fethi Gherras se fait plus tranchant : «Pas de dialogue avec l’Instance de médiation. Nous n’avons rien à leur dire !»
La même position est affichée par Ali Laskri, membre de l’instance présidentielle du Front des forces socialiste (FFS) et par Atmane Mazouz, secrétaire national chargé de la communication du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Ils versent tous deux dans le même sens que leurs pairs au niveau de l’Alternative démocratique : «Notre position par rapport à ce panel est constante. Nous n’irons pas au dialogue avec une instance que nous ne reconnaissons pas et qui a un seul but : organiser le scrutin présidentiel.»
Les Forces de l’alternative démocratique se sont vu refuser, rappelle-t-on, la délivrance d’une autorisation pour une salle devant abriter leur «Convention pour un pacte politique». Cette rencontre était annoncée, au début, pour aujourd’hui 31 août. Faute d’avoir pu trouver une salle disponible, ses initiateurs l’ont avancée pour le 28 août. Le même problème s’est dressé devant eux : pas de salle. Les autorités leur ont «notifié le 27 août 2019 à 16h le refus non motivé de la salle pour la tenue de leur Convention».
Finalement, ils ont décidé de la tenir, dans le cas où ils ne feront pas face au même obstacle, disent-ils, le 9 septembre prochain. Une date qui semble un peu lointaine dans le temps si on considère toute l’effervescence qui agite la scène politique actuellement. Les partis de l’Alternative démocratique répondent que le choix de cette date est dicté par la disponibilité des salles et des partis et espèrent pourvoir tenir cette rencontre qu’ils préparent depuis juillet dernier.