Durant les neufs premiers mois de 2016, l’Algérie a importé des bananes et des pommes pour plus de 193 millions de dollars. Comme pour les fruits frais et secs, la filière des fruits exotiques se porte encore à merveille, en dépit de la volonté naissante chez le gouvernement de tordre le cou aux importateurs ne faisant bénéficier l’économie d’aucune valeur ajoutée.

Dit autrement, il était question de remettre de l’ordre dans les activités du commerce extérieur en s’attaquant essentiellement aux importations dites superflues, en assainissant les listings du Registre du commerce et en durcissant l’accès aux lignes de crédit en devises. Malgré une légère baisse par rapport à la même période de 2015, la valeur des importations des fruits exotiques, des fruits frais et secs durant les onze premier mois de 2016 continue de progresser à des niveaux proches de ceux constatés du temps du baril hautement rentable. En témoigne la note statistique diffusée hier par le ministère du Commerce, répercutée par l’agence APS. En ce qui concerne les fruits frais, il a été importé pour près de 142 millions de dollars de bananes durant les 11 premiers mois 2016, contre 162 millions de dollars sur la même période de 2015. Les achats en pommes, bien que le fruit soit produit localement en bonne quantité et qualité, ont totalisé 51,1 millions de dollars, contre 92,6 millions de dollars de janvier à septembre 2015. Bizarrement, pendant que la facture des importations baisse en volume, ce qui explique d’ailleurs son repli global, les achats par tonne progresse sans qu’aucun facteur ne puisse justifier cette tendance. En effet, le ministère du Commerce a indiqué que les pommes ont été importées à 823 dollars la tonne, soit en hausse de +18% par rapport à la même période de 2015, tandis que le prix de la banane par tonne à connu, lui, une baisse de 3,8% à 708 dollars. Malgré leur poids peu pesant dans la facture globale des importations, il n’est pas exclu que certains fruits exotiques, dont les pommes, les kiwis, les avocats et les raisins, soient inscrits sur la liste des produits interdits à l’importation.
Le ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, en fait son cheval de bataille. Il a en effet évoqué la possibilité d’étendre le dispositif des licences sur plusieurs produits ainsi que la liste des produits interdits à l’importation à plusieurs biens et consommables. Le déclin des recettes en devises dans le sillage de la chute des cours pétroliers mondiaux justifie l’essentiel des mesures de maîtrise et de rationalisation des dépenses. Outre les fruits exotiques et frais, la filière des fruits secs ne semble non plus pas connaître la crise.
La facture a été de 34,1 millions de dollars pour les amandes (contre 36,3 millions de dollars), de 17,8 millions de dollars de raisins secs (contre 23,8 millions de dollars) et de 5,3 millions de dollars d’abricots secs (contre 6,1 millions de dollars), alors que les importations des pruneaux secs ont stagné à 10,57 millions de dollars. Autant d’économies que le gouvernement pourrait investir dans le renforcement de la production locale de ces produits, dont l’importation est, ne souffrant d’aucune ambigüité, le principal concurrent. Sur le registre des fruits et légumes produits localement, mais dont le pays continue d’importer, le ministère du Commerce fait constater que la facture de l’ail importé est passée à 21 millions de dollars, contre 12,81 millions de dollars de janvier à septembre 2015.
Plus globalement, le département de Abdelmadjid Tebboune veut pousser le bouchon à l’extrême en interdisant à l’importation l’ensemble des légumes et fruits produits localement en quantités suffisantes.
Excepté la poudre de lait, les céréales, les sucres et huiles végétales, l’agriculture couvre à hauteur de 70% les besoins locaux en produits frais. Le gouvernement serait tenté de ramener la facture des importations, biens alimentaires et équipement compris, à des niveaux budgétairement soutenables, oscillant entre 30 et 35 milliards de dollars annuellement.