PAR INES DALI
L’Office algérien interprofessionnels des céréales (OAIC) a lancé un nouvel appel d’offres international pour l’achat de blé tendre afin de renforcer les stocks de l’Algérie en la matière, dans un contexte mondial précaire ayant conduit à des hausses successives des prix sur les marchés mondiaux, dont ceux du blé qui a culminé à son plus haut niveau depuis fin mars.
L’appel d’offres international pour l’achat de blé lancé par l’OAIC porte sur une quantité de 50.000 tonnes de blé tendre, selon les négociants. Le blé doit être expédié en plusieurs étapes à partir des principales régions d’approvisionnement qui incluent l’Europe, soit entre le 1er et le 10 mai, le 11 et le 20 mai, le 21 et le 31 mai, le 1er et le 10 juin, le 11 et le 20 juin, et enfin, le 21 mai et le 30 juin. Si l’origine est l’Amérique du Sud ou l’Australie, le blé devra être expédié un mois plus tôt. Précisant que la date limite de dépôt des offres était fixée pour mardi 12 avril, la même source a indiqué que les cargaisons de blé devront être expédiées aux ports de Mostaganem et de Ténès, tous deux dans la wilaya de Chlef. A noter que lors du Conseil des ministres dimanche dernier, instruction a été donnée pour accorder l’exclusivité à l’OAIC en matière d’importation des céréales.
Les prix à leur plus haut niveau depuis la fin mars
Hier, pour la troisième journée consécutive, les cours du blé ont continué d’être portés vers le haut dans un contexte mondial qui ne trouve pas de répit sur plusieurs plans, accentué par le conflit ukrainien qui a influé sur les cours mondiaux. Les prix ont ainsi augmenté dans un contexte d’inquiétudes concernant «les pénuries d’approvisionnement à court terme et l’impact négatif du mauvais temps sur les cultures dans un certain nombre de pays exportateurs de céréales qui représentent le panier alimentaire mondial». Selon les indicateurs de Bloomberg, les prix du blé ont augmenté de 1,8 %, ou 20 cents, à 11,09 dollars le boisseau (équivalent à 27 kilogrammes), tandis que le maïs a augmenté de 0,96 %, ou 8,2 cents, à 7,67 dollars le boisseau. L’Association céréalière ukrainienne, producteur et exportateur de blé important, s’attend à ce que sa récolte diminue à 18,2 millions de tonnes, soit près de la moitié de la production de l’an dernier.
Intervenant à propos de la diminution de l’offre mondiale en raison de la crise russo-ukrainienne et se voulant rassurant sur les approvisionnements de l’Algérie, le chargé de la direction de régulation et du développement des productions agricoles au ministère de l’Agriculture, Zoubar Ali, a souligné que l’Algérie «a des réserves suffisantes en blé, et ce, grâce au travail qu’effectue l’Office algérien Interprofessionnel des céréales qui a ses fournisseurs et sa part dans le marché mondial». Il a ajouté que les amendements apportés dans le cahier des charges de l’OAIC par le ministère de l’Agriculture «ont permis de trouver facilement le produit à l’international et au moment voulu, en augmentant la liste des fournisseurs sans trop d’exigences comme c’était le cas avant».
Quant au prix élevé du blé, il n’a pas manqué de relever que «le contexte actuel fait en sorte qu’il y ait une hausse vertigineuse des prix de tous les produits, mais également une hausse des coûts du fret». Il a expliqué que cette situation est due à la conjugaison de plusieurs facteurs et cité, dans ce sens, «la crise ukrainienne, la pandémie de Covid-19 que les gens ont tendance à oublier, ainsi que les changements climatiques qu’il ne faut pas non plus oublier». Selon M. Zoubar qui intervenait, hier, sur la Radio nationale, le ministère de l’Agriculture a déjà pris toutes les dispositions nécessaires pour s’acclimater avec ce nouveau contexte mondial. «Notre département ministériel suit d’une façon permanente l’évolution du marché, notamment celui des céréales et du lait», a-t-il assuré, en précisant, à l’occasion, qu’«une note de conjoncture est élaborée pratiquement chaque semaine».

L’Algérie prévoit de 2,2 millions de tonne de blé à la prochaine récolte
Outre les importations de blé, il s’agit aussi de veiller à ce que la récolte soit meilleure et s’exprimant à ce sujet, il a affirmé que la campagne de moisson-battage, qui a commencé au Sud et qui s’étalera jusqu’au mois de juin au Nord, sera différente par rapports aux années précédentes, puisque des mesures visant essentiellement à collecter toute la récolte ont été prises. «Il y a tout un travail d’accompagnement qui est en train de se faire, notamment avec nos collègues du ministère de l’intérieur. Ce qui va, d’ailleurs, nous permettre de collecter presque la totalité de la production, contrairement aux années précédentes. C’est un peu la particularité de cette campagne», a-t-il estimé. Selon les prévisions annoncées par M. Zoubar, le ministère de l’Agriculture, avec cette stratégie, escompte obtenir une récolte de 2,2 millions de tonnes de blé (blé dur et blé tendre) pour cette année. L’invité estime que l’Algérie aura une bonne récolte notamment en blé dur qui est, d’ailleurs, le plus cher à l’international. «Ainsi, cela nous permettra de diminuer les importations», a-t-il prédit.
Les agriculteurs devront bénéficier de plus d’attention afin de les encourager à améliorer leur production, selon les instructions du Conseil des ministres de dimanche 10 avril, qui évoquent la mise à dispositions de moyens permettant d’œuvrer à porter le taux de rendement par 1 hectare de blé à pas moins de 40 quintaux à travers l’intensification des recherches scientifiques et agronomiques. Des instructions ont également été données au gouvernement de recourir aux dernières technologies d’irrigation agricole, notamment en ce qui concerne les superficies de culture céréalière.
Dans son dernier bulletin sur l’offre et la demande de céréales, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que la production mondiale de blé en 2022 devrait atteindre 784 millions de tonnes, soit une hausse de 1,1 % par rapport à 2021. De quoi rassurer sur la disponibilité de cette céréale. n