La baisse actuelle des contaminations au Covid-19 est-elle synonyme de perspective d’accalmie ? Rien n’est moins sûr sans une vigilance accrue, répondent les spécialistes
selon lesquels ce n’est pas l’heure de baisser la garde, la tendance baissière ne pouvant être confirmée qu’après une période de dix à quinze jours de recul du nombre de cas confirmés.

PAR INES DALI
«Il y a certes une baisse, mais on ne peut pas rassurer totalement» sur la situation épidémique, estime le Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. «Restons vigilants, organisés et sérieux dans l’application des mesures barrières, tout en espérant que la campagne vaccinale soit relancée de façon rapide», ajoute-t-il, en guise de recommandation, cela d’autant que les chiffres annoncés dans le bilan quotidien ne reflètent pas la réalité des infections quotidiennes, puisque les tests antigéniques sur lesquels il y a une véritable ruée ne sont pas comptabilisés, de même que les tests PCR effectués au niveau des laboratoires privés.
Ce n’est pas donc l’heure de crier victoire, ne sachant pas encore si le pic de la présente vague d’Omicron a été atteint. «On ne peut pas donner de réponse précise au cinquième ou sixième jour de baisse. Il faut attendre une semaine à quinze jours pour pouvoir l’affirmer. C’est toujours le principe de la courbe en cloche, ça monte jusqu’à un certain point et ça commence à diminuer, auquel il faut rester attentif. Si cette diminution se poursuit, cela voudra dire que nous avons dépassé le pic», a précisé le Pr Mehyaoui. Mais la baisse est réelle. Son constat est que la tension a diminué au niveau des structures hospitalières, y compris dans l’hôpital où il exerce en tant que chef de service réanimation. Il affirme, à ce propos, avoir ressenti une baisse de pression même chez le personnel qui revient en masse après la contamination. «Aujourd’hui, je reprends avec toute mon équipe dont certains étaient infectés la semaine passée, on était un peu déprimé. On reprend maintenant une activité tout à fait normale et on compte les jours, l’un après l’autre, pour voir si cette baisse va se poursuivre.»
Même constat au niveau de l’hôpital Brahim-Tirichine (Ex Faubourg) de Blida, où le Pr Yacine Kheloui, pneumologue, confirme la baisse des cas et des hospitalisations. Cette baisse des infections s’explique, selon lui, par la mesure de la suspension de la scolarité qui a permis de «casser l’élan effréné de la montée des cas. C’est cet arrêt immédiat de la scolarité qui a fait que le résultat est là : une baisse significative». Il poursuit qu’il y a «réellement un apaisement» par rapport à la situation de vive tension la semaine dernière. Mais lui aussi appelle à ne pas baisser la garde. «Il y a, certes, moins de pression, néanmoins, il reste des cas qui sont un peu sévères, assez critiques, notamment parmi les non-vaccinés, les sujets âgés et ceux qui ont des comorbidités», a-t-il alerté.
Il argumente en soulignant que le variant «Omicron fait toujours mal, il ne faut pas négliger sa comorbidité. Il faut rester dans la vigilance la plus absolue», cela d’autant qu’il y a son sous-variant BA.2, qui représente 57% dans les infections à l’Omicron et qui se propage encore plus rapidement. A titre indicatif, il indique que si Omicron infecte 300.000 personnes et qu’il cause le décès de 1% seulement, cela donne un nombre élevé de décès, d’où la plus grande vigilance est à observer.
La baisse des contaminations s’explique par le fait que «cette vague d’Omicron entraine des symptomatologies légères, les malades guérissent rapidement», de l’avis du Pr Mehyaoui, qui a noté, dans ce sens, qu’il y a «plus de 1000 guéris par jour même parmi les hospitalisés», relevant que la baisse est «donc en rapport avec les contaminations rapides et massives et l’immunité actuelle». Il estime également que la fermeture des écoles suivie de celle des crèches a été «salutaire», puisque les enfants sont des vecteurs de transmission. Pour lui, il faut mettre à profit cette suspension des cours pour «consolider cette décision de vouloir freiner, du moins atténuer, les contaminations dans le milieu scolaire et dans les crèches», et pour «remettre à niveau la prévention dans les écoles, avec le nettoyage, l’aération des cours, les moyens de protection et surtout la vaccination dans le secteur de l’éducation nationale».
Relancer la vaccination est un avis que partage pleinement le Pr Kheloui qui plaide également dans ce sens, car l’hypothèse selon laquelle le Omicron touchera toute la population et provoquera une immunité collective n’est pas tout à fait vérifiée pour le moment. Ni il confirme entièrement cette hypothèse ni il l’infirme. «Ce que tout le monde souhaite, c’est qu’il y ait cette immunité collective. Est-ce que l’Omicron va induire une immunité collective efficace, on ne peut le savoir maintenant. On pourra peut-être le savoir si on fait des enquêtes de séroprévalence au niveau national. Mais actuellement, on ne peut pas savoir quel est le degré de l’immunité induite par Omicron. Ceci va nous amener directement à ne pas abandonner la vaccination classique. Il ne faut pas transmettre le message disant qu’il faut arrêter de vacciner. Il faut continuer à vacciner car on a eu plusieurs surprises avec ce virus», a-t-il tenu à souligner.

La hausse des décès inquiète l’OMS
D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde, hier, qu’il est prématuré pour tout pays de déclarer victoire et d’abandonner leurs tentatives d’enrayer la transmission du virus. «Plus de transmission signifie plus de décès. Depuis que le variant Omicron a été identifié pour la première fois il y a tout juste 10 semaines, près de 90 millions de cas ont été signalés à l’OMS. Nous sommes préoccupés par le fait qu’un récit s’est installé dans certains pays selon lequel, en raison des vaccins et de la transmissibilité élevée d’Omicron, et de sa moindre gravité, prévenir la transmission ne serait plus possible. Rien de tout cela ne pourrait être plus éloigné de la vérité», a affirmé le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse, inquiet face à une progression des décès dans la plupart des régions du monde.
Par ailleurs, le sous-variant d’Omicron BA.2 est plus contagieux que l’original BA.1, d’après une étude danoise. «Si une personne de votre foyer est infectée par le BA.2, il y a un risque global de 39% qu’un autre membre du foyer soit infecté au cours de la première semaine. En revanche, si la personne est infectée par le BA.1, le risque est de 29%», a indiqué l’Autorité danoise de contrôle des maladies infectieuses (SSI) dans un communiqué.
Cette étude vient confirmer que ce n’est pas encore le bout du tunnel, le sous-variant BA.2 étant en train de se propager en Algérie. La situation épidémiologique actuelle que le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a qualifiée, avant-hier, lors de sa réunion périodique avec les directeurs de santé et de la population des wilayas, de «stable» et «maitrisée» suite à la baisse des cas, pourrait changer à tout moment. C’est la raison pour laquelle il est revenu, encore une fois, sur la vaccination qui reste la seule garantie, pour l’heure, d’atteindre l’immunité collective.