A partir de demain jeudi, la capitale de la Malaisie accueillera plusieurs chefs d’Etat parmi les plus influents du monde musulman pour un sommet présenté par des observateurs comme une tentative de créer un nouveau pôle d’influence dans le monde musulman, ce que les autorités malaises réfutent catégoriquement préférant la lecture que les Etats et gouvernements de pays concernés ont besoin de se concerter sur le développement et la sécurité ainsi que sur des questions d’actualité qui les concerne, le « génocide » des Rohingyas en Birmanie par exemple ou la condition des Ouïghour en Chine. A Kuala Lumpur sont attendus pour trois jours l’émir du Qatar Tamim Hamad Al-thani, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président iranien Hassan Rouhani ainsi que des centaines de délégués pour un sommet encouragé par le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, qui plaide depuis longtemps pour une plus grande solidarité entre les pays musulmans et veut renforcer le rôle de son pays sur la scène internationale. Le sort réservé par la Chine à la minorité musulmane ouïghoure, dont de nombreux membres ont été internés dans des camps de « ré-éducation », devrait être évoqué. Car si les leaders musulmans restent en majorité discrets sur le sujet, dans un communiqué publié avant le sommet, le vétéran malaisien de la politique a dénoncé les souffrances de la communauté musulmane due « à l’incarcération de millions de personnes placées dans des camps d’enfermement, les guerres civiles aboutissant à la destruction totale de villes (…) et la montée de l’islamophobie ». Alors que l’Arabie saoudite n’a envoyé aucun représentant de haut niveau, au contraire du Qatar, pays ennemi subissant un blocus de Ryad, qui sera représenté par son émir, certains analystes voient dans ce sommet un forum destiné à contrer l’influence saoudienne. Les analystes Giorgio Cafiero et Khalid Al-Jaber soulignent que certains pays musulmans s’inquiètent de façon croissante de l’influence de l’Arabie saoudite depuis l’ascension du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’homme fort du royaume.
Alternative à l’OCI ?
Le sommet de Kuala Lumpur pourrait «servir d’alternative à l’Organisation de la coopération islamique (OCI) basée à Jeddah et qui est pilotée de facto par l’Arabie saoudite», ont-ils estimé dans une note publiée par le centre de réflexion Middle East Institute. Mais les autorités malaisiennes ont rejeté cette suggestion. Le sommet n’est pas destiné à créer un nouveau bloc3, ont indiqué les services du Premier ministre. Certains signes semblent indiquer cependant un mécontentement à Ryad. Le Premier ministre pakistanais Imran Khan a annulé sa venue après un déplacement ce week-end en Arabie saoudite, destiné selon les médias à apaiser les inquiétudes de son allié sur sa participation au sommet. Le leader indonésien Joko Widodo, qui préside le pays comptant la plus importante population musulmane au monde, devrait aussi faire l’impasse, envoyant son vice-président. Les leaders ne devraient pas critiquer frontalement le traitement de la minorité ouïghoure pour ne pas mettre en péril les relations économiques avec la Chine, selon les analystes. Et il est plus probable qu’ils se concentrent sur le sort des Palestiniens et condamnent la politique birmane contre les Rohingyas. A l’issue du sommet, le président iranien Hassan Rouhani devrait se rendre au Japon vendredi pour le premier voyage d’un chef d’Etat iranien depuis deux décennies dans l’archipel, selon l’agence iranienne IRNA. Pour Mahathir Mohamad, qui est à 94 ans le leader le plus âgé au monde, le principal objectif est de redorer le blason de la Malaisie dont la réputation a souffert du vaste scandale de corruption qui a fait chuter le précédent gouvernement l’an dernier. Ce sommet «est un moyen pour (Mahathir) et la Malaisie de retrouver une position importante dans le monde islamique», note Shahriman Lockman, analyste du centre de l’Institut pour les études stratégiques et internationales, un centre de réflexion malaisien.