Le conflit entre la Direction du port de Béjaïa et ses travailleurs, en grève depuis le 20 juillet, a pris une autre tournure augurant une aggravation de la crise. Et si le patron de l’entreprise, Halim Kasmi, a eu recours à la menace de licenciement des grévistes, la section syndicale des travailleurs n’a pas tardé à solliciter l’arbitrage et l’intervention du wali.
Une délégation de cette section a été reçue dimanche, selon la cellule de communication de la wilaya. Le wali, et après avoir écouté les représentants syndicaux, a exprimé sa «préoccupation quant au devenir du port et des 1 400 travailleurs si cette crise venait à perdurer en faisant perdre au port des parts de marchés importantes», a souligné la même source.
Il a manifesté, ajoute-t-on, «sa disponibilité» à examiner les propositions de sortie de crise privilégiant «toutes les voies de la sagesse, du dialogue, de l’écoute, de la concertation et surtout du respect de l’autre».
Pour sa part, la délégation de la section syndicale reçue par le wali a fait part aux travailleurs du contenu de la réunion mettant en exergue la proposition du wali de «reprendre momentanément le travail dans l’intérêt de l’entreprise et de se garder prêts à reprendre le débrayage si les revendications portées ne seront pas réglées».
La même source a indiqué que le wali a expliqué à ses destinataires que la décision de mettre fin aux fonctions du PDG de l’EPB n’était pas de son ressort, promettant dès lors de transmettre leur revendication au ministre des Transports.
Signe d’un malaise profond, les travailleurs ne voient qu’une solution à la sortie de crise, à savoir le départ du PDG, d’où manifestement la décision des travailleurs de maintenir le mot d’ordre de grève.
Il faut noter que la grève au niveau du port de Béjaïa a été initiée par le syndicat de l’entreprise, dont l’action a été soutenue par la section locale de l’UGTA. Les grévistes réclament le départ du PDG de l’EPB, Halim Kasmi.
L’impact du débrayage n’est pas des moindres sur l’activité portuaire puisqu’il y a eu, depuis, la paralysie de toutes les activités de marchandises et seule l’activité du port pétrolier est assurée par le traitement des bateaux transportant le gaz et le pétrole.
Le PDG de l’EPB a indiqué, à ce propos, que l’entreprise a enregistré durant ces 12 jours de grève plus de 400 millions de dinars de pertes.
A cause de ce débrayage, le port de Béjaïa a été «consigné jusqu’à nouvel ordre», a indiqué, la semaine passée, l’EPB qui a invité les usagers de cette infrastructure portuaire à dérouter leurs navires vers d’autres ports algériens.
L’entreprise a ajouté qu’elle continuera à assurer ses services pour les navires transportant des produits stratégiques (hydrocarbures, gaz, animaux vivants…).
La persistance de ce mouvement de grève semble ainsi pousser le patron de l’EPB à passer à la menace de licenciement «sans indemnité ni préavis». C’est ce qu’il a notifié dimanche dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, en indiquant que «toute personne n’ayant pas rejoint son poste de travail demain (hier, lundi, NDLR) fera l’objet d’une procédure disciplinaire sanctionnée par le licenciement sans préavis ni indemnité et toute personne qui tentera d’empêcher la reprise du travail fera l’objet de poursuites pénales».
M. Kasmi s’est «engagé à rester à l’écoute des travailleurs et à assurer leur sécurité ainsi qu’à surseoir à toutes les sanctions financières et disciplinaires découlant de cet arrêt de travail illégal».
Accusant ce qu’il désigne d’une «minorité de personnes qui veut du mal à l’EP Béjaïa», le premier responsable du port a soutenu que cette «situation ne peut plus durer au risque de voir péricliter le gagne-pain de milliers de personnes» qui y exercent. <