Rien ne va plus au sein de l’opposition. Si, jusque-là, ses acteurs marquaient des divergences d’idées et une confrontation de leadership, désormais, ils sont arrivés à un point de non-retour et d’impossibilité de s’associer dans l’avenir.

La virulente sortie d’Abderrezak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), distinguant entre «ceux qui font de la politique avec leur tête» et les autres qui «la pratiquent avec leurs caprices et leurs pieds», aura scellé le divorce. Le chef du parti islamiste s’en prenait surtout à deux de ses partenaires d’il n’y a pas longtemps, en l’occurrence Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, et Mohcine Belabbas, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Sa diatribe est venue après un communiqué des plus incendiaires de Mouwatana, signé par Soufiane Djilali. Lequel a soutenu que «proposer une prolongation à vie au régime moribond au motif que celui-ci est dans l’embarras, c’est tout simplement trahir l’espoir d’un changement que les Algériens appellent de tous leurs vœux». «Malheureusement, non seulement les habituels profiteurs du régime se sont mis, avec zèle, à soutenir l’insoutenable, voilà que les faux opposants enlèvent le masque et proposent toute honte bue de faire l’apologie de la transgression de la Constitution, de marcher sur le peu de légitimité légale qui reste et de pousser le pays vers un inconnu aventureux», écrit Mouwatana, tout en s’interrogeant sur ce qu’«ils ont pu obtenir en échange ?» Le mouvement annonce la préparation d’une contre-conférence pour, dit-il, «l’application stricto sensu de la Constitution».

La réplique de Makri fut cinglante. «Ceux qui s’accrochent à la démocratie, tout en connaissant le danger de la fraude électorale et l’inutilité de la course au pouvoir, alors que l’équilibre des pouvoirs est en faveur de la fraude, comprennent que le pouvoir a besoin de l’opposition durant cette période pour reporter les élections en échange de réformes politiques et de garanties pour limiter la fraude et, peut-être, obtenir un consensus national qui sauvera le pays», explique-t-il, mettant en garde que «si des partis de l’opposition ne comprennent pas ça, ils seront également responsables de la destruction du pays». Sa cible ne se limitait pas à la seule personne de Djilali Soufiane. Mohcine Belabbas, président du RCD est, semble-t-il, aussi visé.
Et pour cause, ce dernier s’est dit contre la proposition de reporter la présidentielle, estimant qu’elle ne repose sur «aucune base légale». Un report est synonyme de «donner, encore une fois, la possibilité aux dirigeants actuels de gérer le pays de manière illégale et pour une durée sur laquelle on n’a pas d’emprise», a-t-il critiqué, sans nommer Makri. A ce stade d’échanges d’amabilités, il ne faut surtout pas espérer voir ces acteurs politiques se rapprocher de nouveau. Pire, il ne semble y avoir aucun élément qui plaide pour une éventuelle collaboration à l’avenir.
Ainsi, alors que le pouvoir se montre incapable de tracer une voie claire vers le rendez-vous, constitutionnellement fixé au printemps, l’opposition laisse échapper une occasion pour produire une alternative claire sur laquelle les Algériennes et les Algériens pourront se mobiliser pour la faire aboutir.
Pourtant, il y a quelques années, l’ensemble de ces partis étaient rassemblés autour du projet de transition démocratique, d’abord dans le cadre de la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (Cltd), puis au sein de l’instance de concertation et de suivi (Icso). A moins que leur seul et unique objectif n’était autre que destituer le président de la République, Abdelaziz Bouteflika ! En tout cas, leurs divergences actuelles prouvent que l’union dans le passé n’était qu’une alliance de circonstances et d’intérêts communs. l’union n’ayant pas abouti, la bataille reprend de plus belle. Cette incapacité à produire l’alternative démontre on ne peut plus clairement qu’il y a des objectifs personnels, voire des ambitions dissimulées, chez chacun, qui empêchent l’aboutissement de tout accord. n