L’experte, qui cumule une longue expérience dans la création de start-ups et qui a contribué au lancement de nombreuses jeunes pousses, présente dans cet entretien la spécificité des start-ups et relève les contraintes au développement des jeunes entreprises.

Reporters : Quelle appréciation faites-vous des mesures annoncées par le gouvernement pour développer les start-ups ?
Hind Benmiloud :
C’est une excellente initiative que de créer un fonds d’investissement pour les start-ups et de booster les jeunes à la création et à l’innovation, cependant il y a lieu de rappeler la définition de la start-up : «C’est une jeune entreprise innovante dans le secteur des technologies de l’information sur Internet. C’est généralement la transformation d’une idée en entreprise dans les services et créer de la valeur. Il ne s’agit pas de copier un service qui existe déjà ailleurs et de le déclarer comme idée innovante, mais de créer réellement une innovation.
Etre une start-up, c’est apporter de la valeur à des clients avec un produit ou un service que personne n’a jamais fait avant. Et l’enjeu d’une start-up est de trouver et construire le Business Model qui va avec. Un Business Model qui n’est pas calqué sur une structure existante et qui n’est pas forcément évident au lancement de la structure.
Une start-up ne doit exister que temporairement pour se transformer en entreprise dès qu’elle trouve son modèle.
On devrait utiliser aussi les fonds du «Faudtic» et les injecter dans ce nouveau fonds, à ma connaissance, l’argent n’a pas été utilisé.
Le cadre réglementaire doit être lui aussi innovant et ne plus ressembler aux modèles anciens constitués de commissions avec des représentants de différents ministères qui créent la lenteur pour attribuer les avantages ou l’accès aux financements des start-ups, de plus les projets de technologies ne peuvent être agréés que par des experts du domaine.

Quelles sont les contraintes actuelles au développement des start-ups ?
Les contraintes ont toujours existé, car l’administration n’a jamais fait la différence entre une entreprise classique et une start-up.
Le monde des technologies de l’information est un monde virtuel, difficilement appréhendable par une administration bureaucratique sur papier.
Même si, aujourd’hui, il est plus facile de créer une entreprise, il demeure que le statut juridique d’une start-up doit être à part.
La création d’une start-up ne demande pas beaucoup de moyens en numéraires dans l’absolu, sauf à créer des prototypes.
Prenant l’exemple du cyberparc de Sidi Abdallah, il peine à se développer en pôle de technologies. Et pour cause. Il faut totalement repenser la gestion du cyberparc dont la capacité peut permettre à des incubateurs et clusters publics et privés de s’y installer. De mon point de vue, la véritable contrainte est la gestion bureaucratique de ce parc, totalement incompatible avec le développement des technologies. Créer un écosystème favorable à ce développement, c’est mettre en place une véritable e-gouvernance et mettre les moyens de viabilisation et la création de tous les services nécessaires à son développement, le potentiel humain de grande qualité existe en Algérie capable de coacher les jeunes entrepreneurs dans la création de leurs start-ups.

Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience algérienne en matière de start-up ?
Malgré les obstacles, beaucoup d’entrepreneurs en Algérie ont créé des start-ups et réussi à transformer leurs idées en créant des entreprises. Comme partout ailleurs beaucoup subissent des échecs et quelques-unes réussissent et remportent le jackpot.
La leçon qu’il faut tirer de cette expérience c’est, maintenant qu’une volonté politique existe réellement et que le Président de la République l’a clairement exprimé, de ne pas perdre de temps et de mettre en place rapidement toutes les procédures d’exécutions.

Que préconisez-vous en matière de stratégie nationale relative à l’économie de la connaissance et, en particulier, en matière de développement rapide des start-ups en Algérie ?
Il ne s’agit pas seulement de développer les start-ups rapidement, encore faut-il qu’il y ait suffisamment de concepteurs d’idées, mais de créer une véritable stratégie numérique dans tous les domaines et transformer la nouvelle Algérie en véritable République Numérique. C’est ce qui nous aidera à rattraper, non seulement, notre retard mais de surmonter la crise économique que nous vivons avec la création de nouvelles richesses selon un véritable modèle économique numérique de transparence, de probité et d’intégrité morale. n