Publié il y a près d’un mois aux éditions Barkat, le dernier roman du journaliste et avocat Abdelkader Hammouche conduit cette fois le lecteur dans un voyage dans le sud de la France. Un voyage, débuté comme un séjour «touristique», mais qui se transformera rapidement en une véritable descente aux enfers.

Par Nadir Kadi
Le personnage principal, un jeune Algérien de 21 ans, Hakim Bendris, passionné de cinéma, découvre au fil du texte les villes de Marseille et Cannes, avant d’être la victime d’un drame, une agression gratuite dans un train. Le roman intitulé «Mais moi, je ne vous ai rien fait», relativement court, qui se lit comme une nouvelle, serait par ailleurs basé sur des faits réels, bien que les noms des protagonistes semblent modifiés. Abdelkader Hammouche précise ainsi dans le prologue qu’il avait rencontré H. Bendris, à la demande de ce dernier. Le caractère «émouvant» et «révoltant» de son histoire sont ainsi à l’origine de cette parution : «Bien sûr, j’ai romancé, mais les faits n’ont pas été altérés.»
Texte écrit sous une forme chronologique, le récit est partagé en une douzaine de chapitres, mais reste presque impossible à situer dans le temps, bien que certaines descriptions pourraient placer l’histoire vers la fin de la décennie 1990, au moment où les Algériens ont pu voyager plus «facilement», mais avant l’usage de l’euro. En effet, le lecteur suit le «rêve» du personnage principal, un infirmier d’Alger, passionné par l’histoire du cinéma, qui économise pour découvrir la ville de Cannes. Visa et «maigres» économies en poche, le séjour commence presque «normalement», avant que H. Bendris ne croise la route de deux personnes, présentées comme d’anciennes «victimes» du comportement d’Algériens. S’ensuit une agression durant laquelle le personnage principal est jeté d’un train en marche… Ainsi sans dévoiler l’ensemble du récit, Hakim Bendris se retrouve handicapé à vie après un séjour dans un l’hôpital. Sans aucune ressource financière et abandonné par le consulat, son seul objectif est de pouvoir rentrer dans son pays natal, aidé en cela par une poignée d’âmes charitables, notamment un sans-papier algérien de Marseille.
Quant au style d’écriture choisi par l’auteur, il reste clair et très simple, avec un enchaînement de dialogues et de descriptions des faits et impressions des personnes principales à tel point que l’on pourrait reprocher à l’auteur d’avoir presque mis au second plan les lieux, les traditions et la culture du sud de la France où se déroule l’action. Et en ce qui concerne l’écrivain, Abdelkader Hammouche, journaliste et avocat, est déjà connu pour une série d’ouvrages, notamment le roman les Intérêts supérieurs, en 2019, ou l’on suit le récit de Nesrine, confrontée à la «raison d’Etat». Ou encore, la même année, l’essai intitulé le Glaive et la Balance, où l’auteur s’interroge sur les rouages de la justice. Ce dernier roman intitulé «Mais moi, je ne vous ai rien fait», reste sur le fond très proche des thématiques déjà développées par l’auteur ; l’orientation donnée à l’histoire apparaît comme une sorte de dénonciation du «tribalisme», c’est-à-dire la criminalisation de l’ensemble d’une nationalité pour les crimes et actes de la part de ses membres. Le texte, qui s’achève également sur plusieurs questions, notamment sur les suites judiciaires de l’agression dont a été victime H. Bendris, partage par ailleurs un «message» visant à relativiser «l’eldorado» que serait l’Europe dans la vision de certains Algériens. Une mise en garde de l’auteur par la voix du personnage H. Bendris des risques d’une vie passée dans la clandestinité.