Le maintien du rituel entourant la célébration de l’Aïd El Adha a fait réagir les spécialistes de la santé qui expriment leur «inquiétude» et attirent l’attention sur le risque d’«une flambée» des cas après l’Aïd.
Il est vrai que ladite Commission n’a pas omis d’appeler les citoyens «au strict respect des consignes de prévention et des règles d’hygiène à l’occasion de la fête de l’Aïd El Adha afin d’éviter la propagation de la pandémie», mais cela n’a pas pour autant rassuré les professionnels du secteur de la santé. Ils s’accordent à dire qu’il y a «un risque sanitaire» qui plane sur l’après-Aïd concernant les cas de contaminations de Covid-19.
Ils en veulent pour preuve «la situation épidémiologique qui a prévalu après à la fête d’Aïd El Fitr même si pendant les deux jours de fête il y a eu des mesures strictes». Ainsi, pour eux, «avec cette fête qui approche, c’est bien véritable hantise» qu’ils déclarent vivre, surtout que «nous savons que les citoyens célèbrent les fêtes religieuses avec ferveur et qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’on puisse le leur interdire», nous a déclaré un épidémiologiste. La Commission de la fetwa a, dans son communiqué, repris nombre de mesures de prévention à observer avant et après l’Aïd après sa rencontre avec le Comité scientifique de suivi de l’élution de la pandémie de coronavirus. Mais «le véritable problème se situe au niveau de l’application de ces mesures», soulignent les médecins.
«Nous savons comment se passent nos fêtes. Les voisins se rassemblent autour de leurs moutons dans les quartiers, devisent et procèdent ensuite au sacrifice à tour de rôle, en utilisant les mêmes instruments sans les désinfecter. Ces comportements représentent un véritable risque de la propagation de la pandémie et c’est cela qui nous fait peur. C’est une véritable hantise pour nous», ajoute le spécialiste.
Pour lui, «même si les mesures de prévention accompagnent la fetwa des Affaires religieuses, en plus de celles émises tous les jours depuis l’apparition du coronavirus, nous savons comment nombre d’entre eux se comportent en réalité, nous le voyons tous les jours : ils ne respectent pas les gestes barrières, ni masque ni distanciation physique». Même s’il «souhaite que les gens prennent conscience avec le nombre de cas de contaminations en hausse», il a tenu à souligner qu’«en fait, c’est le comportement des gens qui fait que les choses deviennent difficiles. S’ils se souciaient un peu plus et s’ils mettaient au moins les masques et maintenaient la distanciation physique, les choses iraient beaucoup mieux».
Un avis qui rejoint celui du président du Syndicat national des praticiens de la santé publique, qui estime, lui aussi, qu’il y a un «problème de comportement» connaissant «la difficulté de faire respecter les gestes barrières» et la conséquence qui pourrait être une plus grande diffusion de l’infection de Covid-19». «Le problème se situe dans les comportements qui ne seraient pas en adéquation avec la situation sanitaire, notamment lors des déplacements des citoyens dans les marchés à bestiaux où il y a une forte densité et une importante promiscuité. C’est une hantise pour nous», nous a déclaré Dr Lyès Merabet, mettant en exergue que «ces grands déplacements de bétail et des citoyens peuvent être à l’origine d’une flambée des cas de coronavirus s’ils ne sont bien organisés par les autorités concernées». Il a ajouté que «les points de vente et les marchés doivent être organisés par les autorités locales, car c’est à elles qu’incombe la mission de faire respecter les mesures de protection sanitaires lors de ces regroupements de masse».
De son côté, le porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, Dr Djamel Fourar, a souligné, dans une déclaration à la presse, qu’il faut «tirer les leçons de la période post-Aïd El Fitr pour éviter de reproduire la même situation, en sensibilisant et en obligeant le citoyen à porter le masque de protection en tout lieu, à l’instar de la mesure prise imposant le port de la ceinture de sécurité au conducteur». A une question sur la méthode de renforcement des mesures préventives actuelles avant l’Aïd El Adha, il a réitéré son appel pour une application «rigoureuse de toutes les dispositions préventives, notamment le port du masque de protection» pour «ne pas retomber dans la même situation enregistrée après l’Aïd El Fitr, période où il y a eu une recrudescence des cas de contaminations», a-t-il insisté. n