A l’arrêt depuis mars 2020, l’incompréhension et la colère gagnent les commerçants spécialisés dans la vente de boissons alcoolisées. Agacés, ils ne comprennent pas les restrictions maintenues contre leur activité après que de larges mesures d’assouplissement du confinement ont permis la réouverture depuis quelques jours de nombreux commerces, tels que les cafés, les hôtels et les restaurants, dont certains proposent d’ailleurs vins et alcools dans leurs services et menus. Pourtant, depuis le mois d’août dernier, les commerçants ont organisé plusieurs protestations pour alerter sur leur situation qui se dégrade jour après jour et sur l’explosion du marché informel et de la vente clandestine de boissons alcoolisées. Une situation qu’ils jugent injuste et ressentent comme une discrimination commerciale, d’autant plus que tel qu’ils l’ont déclaré à maintes reprises, «notre activité est tout ce qu’il y a de plus légal. Nous payons nos impôts, nous déclarons nos employés et réglons nos loyers». Selon l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab), plusieurs courriers officiels ont été adressés à toutes les autorités concernées pour demander des explications sur «cette marginalisation commerciale» qui perdure sans aucune explication «logique». Certains se demandent même si les mesures de la lutte contre la propagation de la pandémie de la Covid-19 n’est pas une excuse pour instaurer une forme de «prohibition non assumée officiellement».
Pourtant, au mois d’octobre passé, un député a interpellé par écrit le Premier ministre par courrier officiel sur l’impact de la poursuite de cette fermeture tant sur le plan économique que sur le plan de la santé publique avec la prolifération des ventes clandestines et du marché noir. Mais pour le moment, aucune explication officielle n’est donnée à ce sujet.
De son côté, Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), nous a déclaré, hier, qu’«au niveau de l’association, on salue le fait que des commerces ont rouvert leurs portes tels les restaurants et les cafés mais on demande que les activités commerciales qui demeurent fermées puissent reprendre également leurs activités, d’autant plus que ce sont des activités légales qui possèdent des registres de commerce et qui payent des impôts». Il ajoute que «ces commerces fermés se retrouvent avec des employés au chômage depuis des mois et des pertes financières énormes qui impactent aussi les revenus fiscaux de l’Etat».
Hadj Tahar Boulenouar souligne à cet effet : «Nous demandons que les salles de fêtes, les organisateurs de foire ou les points de ventes de boissons alcoolisées soient ouverts de nouveau. On ne peut parler de retour à une activité normale s‘il y a encore des catégories commerciales qui n’ont toujours pas le droit de rouvrir avec toutes les conséquences désastreuses que cela engendre au bout de près d’une année de fermeture.» Précisant que «ce soit en termes d’augmentation du nombre de chômeurs, de pertes de revenus fiscaux pour le Trésor public ou de la fragilisation du tissu économique avec de nombreux commerces contraints de déposer le bilan». Notre interlocuteur souligne l’importance pour les autorités concernées de prendre conscience de ces différents commerces qui «emploient des dizaines de milliers de personnes, responsables de dizaines milliers de familles et qui se retrouvent maintenant dans une grande précarité car la situation perdure depuis trop longtemps».
Conscients que le danger de la propagation de la Covid-19 est toujours présent, le président de l’Anca précise qu’«en parallèle à la réclamation pour que les autorités concernées permettent la reprise des activités commerciales qui sont toujours suspendues, notre association mène également plusieurs campagnes de sensibilisation auprès des commerçants. On leur explique l’importance du respect strict de l’application du protocole des mesures sanitaires car on est conscient que le danger sanitaire est toujours présent». Soulignant qu’il s’agit, d’une part, de préserver des vies humaines mais aussi pour éviter «toute sanction qui mènerait à la fermeture des espaces commerciaux qui ont déjà ouvert».
Par ailleurs, il ajoute également que la grande menace qui touche en ce moment est la prolifération des activités clandestines et du marché noir avec la fermeture des salles des fêtes. Des cérémonies de mariage et autres fêtes familiales sont organisées dans des garages sans aucun contrôle sanitaire. Même chose pour les boissons alcoolisées qui ont fait exploser le marché noir et des produits de mauvaise qualité qui se vendent sous le manteau.
Finalement, en attendant une réponse officielle de la part des autorités, des milliers d’employés se retrouvent au chômage, le Trésor public perd des milliards de recettes fiscales, des familles sont plongées dans la précarité et des Algériens meurent après avoir consommé de l’alcool frelaté. En effet, certains trafiquants du marché noir de la vente de boissons alcoolisées n’hésitent pas à vendre de l’alcool frelaté avec les risques que cela peut engendrer. Un drame qui s’est notamment déroulé au mois de novembre passé dans la wilaya de Tiaret où 6 personnes âgées de 29 à 50 ans sont mortes et cinq autres ont été hospitalisées après avoir consommé de l’alcool frelaté.<