Mardi 16 août, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a appelé les pays de l’Union européenne à soutenir l’adhésion à part entière de la Palestine aux Nations unies. L’appel a été fait lors d’une conférence de presse avec le chancelier allemand Olaf Scholz, tenue à Berlin où il était arrivé durant la journée du lundi 15 août.

Par Lyes Sakhi
Mahmoud Abbas, qui est suivi médicalement en Allemagne, a mis en garde contre la perte «de l’opportunité de concrétiser la solution à deux Etats (palestinien et israélien)», appelant à protéger l’idée. Il a déclaré que «les pays de l’Union européenne peuvent y contribuer d’ici (en protégeant l’idée d’une solution à deux Etats), si leurs pays qui n’ont pas encore reconnu l’Etat de Palestine le fassent». «Nous nous demandons pourquoi les pays de l’Union européenne, qui ont beaucoup investi dans l’établissement des institutions de l’Etat de Palestine, ne franchissent-ils pas cette étape ? Pourquoi le Conseil de sécurité n’adopte-t-il pas le statut de membre à part entière de l’Etat de Palestine à l’ONU, qui a prouvé, depuis sa reconnaissance en tant que membre observateur en 2012, qu’il est un pays responsable», s’est-il interrogé. Selon Mahmoud Abbas, tout ce à quoi le peuple palestinien aspire, c’est «la liberté et l’indépendance dans un Etat souverain et démocratique, dans lequel tous ses citoyens jouissent de la justice, de l’équité et de l’égalité des chances, et l’Etat de Palestine sera un membre à part entière des Nations unies». Le Président palestinien a déclaré que la protection de la solution à deux Etats nécessite «une cessation des actions unilatérales qui violent le droit international et les accords signés, et une cessation de la colonisation israélienne, des violences des colons et des meurtres». Cela exige également, selon Abbas, «la cessation des attaques contre la population de Jérusalem-Est et les lieux saints chrétiens et islamiques».
M. Abbas a souligné l’adhésion au principe de «résistance populaire pacifique et de rejet de la violence et du terrorisme partout dans le monde». Il a salué les positions de l’Allemagne qui, selon lui, soutiennent une paix juste et durable au Moyen-Orient, conformément à l’idée d’une solution à deux Etats, basée sur des résolutions de légitimité internationale.
«Nous voulons la paix, nous voulons la sécurité»
Il n’est pourtant pas sûr qu’il était bien entendu, lui, dont une réponse à une question qu’on lui a posé sur l’attentat perpétré par un commando palestinien lors des jeux Olympiques à Munich en 1972, a déclenché une polémique amplifiée par les associations juives et les courants politiques pro-israéliens en Allemagne. «De 1947 à aujourd’hui, Israël a commis 50 massacres dans 50 villes palestiniennes (…) 50 massacres, 50 holocaustes et encore, aujourd’hui, il y a chaque jour des morts dus à l’armée israélienne», a déclaré mardi M. Abbas, en utilisant le mot «holocauste» en arabe, «mahraqa», lors de la conférence de presse conjointe avec M. Scholz. «Notre demande est la suivante : nous voulons la paix, nous voulons la sécurité, nous voulons la stabilité (…) il faut développer une confiance entre nous», a ajouté le responsable palestinien. En comparant la politique israélienne envers les Palestiniens au génocide juif, le chef de l’Autorité palestinienne s’est retrouvé confronté à une guerre des mots pourtant prévisible et a été obligé de publier une mise au point, hier mercredi, via l’agence palestinienne Wafa. Dans la foulée, il a obligé le chancelier allemand, Olaf Scholz, qui a semblé avoir réagi sous la pression, à déclarer le même jour et avant la publication de la mise au point qu’il était «dégoûté» par les propos du chef de l’Autorité palestinienne. «Pour nous Allemands en particulier, toute relativisation de l’Holocauste est intolérable et inacceptable», a tweeté le chancelier critiqué, essentiellement par l’opposition conservatrice et certains médias, pour ne pas avoir réagi immédiatement aux déclarations de M. Abbas lors de la conférence de presse.
«Abbas relativise l’Holocauste… et Scholz se tait», titrait notamment le quotidien populaire Bild sur son site internet. «Il est surprenant et déconcertant que le côté allemand n’était pas préparé aux provocations de M. Abbas, dont les déclarations sont restées sans contradiction», a commenté Christoph Heubner, vice-président du comité international d’Auschwitz.
Auparavant, lors de la conférence de presse, M. Scholz avait réfuté le terme d’«apartheid», utilisé par M. Abbas pour qualifier la politique d’Israël dans les territoires occupés. «Je ne pense pas que ce mot soit une description correcte de la situation», avait noté le chancelier.
Le Conseil central des Juifs d’Allemagne s’est dit «horrifié» par les propos du président palestinien. «Je trouve scandaleux qu’une telle relativisation de l’Holocauste, surtout en Allemagne, reste sans contradiction lors d’une conférence de presse à la chancellerie», a commenté son président, Josef Schuster.
Charlotte Knobloch, représentante de la communauté juive de Munich et responsable au sein du World Jewish Congress, a de son côté demandé à l’Allemagne que ces déclarations aient des «conséquences» pour l’Autorité palestinienne, au-delà de la condamnation verbale d’Olaf Scholz. La guerre des mots contre le président Abbas s’est poursuivie en Israël : «Mahmoud Abbas qui accuse Israël d’avoir commis ‘50 holocaustes’ alors qu’il est sur le sol allemand n’est pas seulement une disgrâce morale mais un mensonge monstrueux (…) L’Histoire ne lui pardonnera jamais», a réagi le Premier ministre israélien Yaïr Lapid. «Ceux qui cherchent la paix (…) ne doivent pas distordre la réalité et récrire l’histoire», a abondé son ministre de la Défense Benny Gantz, en accusant M. Abbas, avec qui il s’était entretenu il y a quelques mois, de «déni de l’Holocauste» avec cette «comparaison répréhensible et infondée». Dani Dayan, le président de Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, a condamné des «déclarations ignobles» et un «comportement inexcusable» auquel «le gouvernement allemand doit répondre de manière appropriée».
Dans sa mise au point, hier mercredi, le président palestinien est revenu sur ses propos. «L’Holocauste est le crime le plus odieux de l’histoire humaine moderne», a-t-il affirmé selon l’agence de presse officielle WAFA. Selon un communiqué de son bureau, il a par ailleurs été précisé que ses remarques «ne visaient pas à nier la singularité de la Shoah qui s’est produite au siècle dernier». Le président évoquait «les crimes et les massacres commis contre le peuple palestinien depuis la Nakba aux mains des forces israéliennes. Ces crimes n’ont pas cessé à ce jour». Qui l’entendra ? n