Les Nations unies et les pays du voisinage tentent toujours d’amener les parties libyennes rivales à s’entendre sur un minimum qui les conduise à organiser, pour la normalisation politique et institutionnelle de leur pays, des élections, mais ce processus est loin d’être atteint alors que la menace d’une confrontation armée entre groupes armés à Tripoli s’est à nouveau manifestée.

Par Anis Remane
Hier, samedi, les habitants de Tripoli étaient encore sous le choc après de violents affrontements la veille entre groupes armés rivaux. Les combats d’une grande intensité ont opposé au milieu des civils deux influentes milices de l’Ouest libyen, faisant un mort parmi les combattants et d’importants dégâts matériels, selon une source du ministère de l’Intérieur. Des échanges de tirs nourris, notamment à la mitrailleuse lourde, et des déflagrations ont retenti près du quartier de Souk el-Tlath, qui abrite l’un des plus grands jardins publics de la capitale. Des témoins ont affirmé ne pas avoir vu de telles violences depuis 2011 et l’insurrection contre le régime de Kadhafi. Des images diffusées par la presse locale montrent des civils en panique, en train de fuir les jardins, dont des enfants en bas âge et des mères de famille qui couraient avec leurs poussettes. Un petit groupe s’est réfugié dans un café et on entend des hurlements de femmes sur des vidéos diffusées par les médias.
Selon les informations des agences de presse, les combats ont opposé la brigade d’Al Nawasi à une autre appelée «Autorité de soutien à la stabilité (ASS)», a précisé à l’AFP un responsable au ministère de l’Intérieur sous le sceau de l’anonymat. Ils «ont éclaté après la mise en détention» de combattants du camp adverse par chacune des deux brigades. Selon la même source, il a fallu une médiation d’une autre brigade appelée «444» pour mettre fin aux combats. Celle-ci a «mobilisé ses véhicules armés dans la zone (…), les routes ont été rouvertes et la circulation a repris normalement», a affirmé la source ministérielle. Une vidéo diffusée dans la nuit montre le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah ordonner par téléphone au chef de ce groupe de sécuriser la zone et protéger les civils. La brigade ASS est considérée comme pro-Dbeibah alors que celle d’Al Nawasi est proche du Premier ministre rival, Fathi Bachagha.
Si rien n’indique que les combats soient directement liés à cette rivalité, celle-ci a néanmoins créé une ligne de fracture entre groupes armés de la Tripolitaine, fidèles à l’un ou à l’autre des deux camps, indiquent des observateurs qui s’inquiètent de l’avenir du processus politique en cours en Libye et devant conduire le pays à des élections pour mettre fin à la parenthèse politico-institutionnelle dans laquelle il se trouve anarchiquement.
«Ce qui s’est passé hier est choquant et honteux. Des armes ont été utilisées dans un parc où des enfants couraient et jouaient», a fustigé sur Twitter l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) en Libye, Jose Sabadell. Face à cette situation, les pays du voisinage tentent avec le gouvernement libyen à Tripoli de limiter les dégâts et insistent sur la stabilité de la Libye. Hier, samedi, lors d’une réunion tripartite dans la capitale tunisienne, le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Othman Jerandi, et la ministre libyenne des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Najla Al-Mangoush ont appelé à garantir la sécurité et la stabilité en Libye et dans la région en général. Ils ont insisté sur a nécessité de «parachever le processus politique dans l’entente et l’unité» à travers un dialogue entre les libyens.
Dans leur communiqué final, ces ministres ont souligné l’importance des échéances électorales pour construire l’avenir de la Libye dans la sécurité, la stabilité et l’unité nationale, de manière à lui permettre de se consacrer à sa reconstruction et de reprendre sa place dans la région en tant que pôle économique et financier à même de contribuer à l’intégration économique de l’ensemble des pays de la région, au renforcement de la stabilité économique des pays voisins, à l’appui des partenariats stratégiques économiques sur la base des intérêts communs, des avantages économiques réciproques et du développement durable et global. Ils ont mis en avant, dans ce contexte, l’importance de fédérer les efforts nationaux libyens pour réaliser la réconciliation nationale et unifier les rangs et les vues suivant une approche du processus politique dirigé par la Libye dans le cadre de la collaboration active avec la communauté internationale.
Pour quel écho ? Difficile de répondre sauf à considérer l’optimisme qu’ils expriment de la reprise, prochaine, des travaux de la commission constitutionnelle mixte au Caire, et l’encouragement qu’ils adressent aux membres des parties rivales – Tripoli et Tobrouk – à travers les représentant la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’Etat qui se réuniront en Egypte et à lesquels il est demandé de saisir cette opportunité pour aboutir aux «consensus nécessaires» en vue de finaliser la formulation de la base constitutionnelle permettant au peuple libyen d’exercer son droit souverain de choisir ses dirigeants et ses représentants dans les plus brefs délais.
Pour rappel, le chef de la diplomatie, M. Lamamra, a reçu jeudi dernier à Alger la Conseillère spéciale du Secrétaire Général de l’ONU pour la Libye, Stéphanie Williams. Au cours de cette rencontre, selon un communiqué du MAE, «les deux parties ont évoqué les développements politiques et sécuritaires en Libye, ainsi que les efforts déployés sous l’égide des Nations-Unies visant à surmonter les divisions actuelles au sein des parties libyennes et aboutir à un consensus sur les conditions politiques, sécuritaires et juridiques pour la tenue d’élections transparentes». M. Lamamra a renouvelé, à cette occasion, «le soutien de l’Algérie aux efforts des Nations Unies dans ce domaine, rappelant sa position de principe sur la nécessité de redoubler d’efforts pour permettre au peuple libyen d’exercer son droit souverain d’élire ses représentants. Le ministre algérien a également réitéré la nécessité d’éviter la multiplicité des processus et des initiatives au détriment des intérêts supérieurs du peuple libyen, des processus n’ayant abouti à aucun résultat si ce n’est que de perturber la médiation onusienne».
Les deux parties ont convenu de renforcer les consultations et la coordination, d’autant que le processus onusien connaîtra dans les prochains jours une étape critique qui requiert l’implication et l’engagement de toutes les parties libyennes pour privilégier l’intérêt suprême du pays à toute autre considération, n