Jeudi dernier, le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’union nationale (GNA) libyen, Faiz Esserraj, a effectué une visite-éclair à Alger pour un échange de vue avec les responsables algériens. M. Esseraj qui était accompagné de son ministre des Affaires étrangères Mohamed Taher Siala et d’un groupe de conseillers politiques et militaires a rencontré le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, le Premier ministre Noureddine Bedoui et le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum. La rencontre entre ces parties libyenne et algérienne s’inscrit dans le cadre de la tournée internationale qu’effectue le président du GNA depuis l’offensive pour l’instant sans succès des forces du maréchal Haftar et son désir de s’emparer du pouvoir à Tripoli. Elle a été effectuée auprès d’un pays voisin – l’Algérie – qui ne fait aucun secret de son soutien au GNA en tant que gouvernement reconnu par les Nations unies et à la solution politique.

Pour le porte-parole des Affaires étrangères, l’ambassadeur Abdelaziz Benali Cherif, « l’Algérie ne voit pas d’alternatives à la solution politique pour la crise en Libye.» « L’Algérie ne peut, en aucun cas, accepter que la Libye continue de vivre dans l’instabilité qui a des retombées très dangereuses non seulement sur la sécurité et la paix de la Libye, mais sur l’ensemble des pays voisins », a ajouté le Porte-parole.
Il a affirmé que l’Algérie « est présente sur la scène libyenne et poursuivra les efforts en vue de parvenir à une solution, à même de garantir l’unité et la souveraineté du peuple libyen et assurer la sécurité et la stabilité dans ce pays et dans toute la région ». Ce discours de la diplomatie algérienne correspond à l’action qu’elle déploie sur le terrain régional et international pour que la Libye retrouve la stabilité qu’elle a perdue après sa révolution et la chute du dictateur Kadhafi. Il est cependant moins sûr qu’il ne soit pas nourri d’un optimisme exagéré. Si elle fait partie des pays voisins directement impactés par le problème libyen et ses débordements sécuritaires notamment, l’Algérie n’est pas le seul pays à tenter de lui trouver une solution politique. De ce point de vue, le dossier libyen est devenu en quelques années un véritable champ de bataille politique et diplomatique, impliquant des puissances régionales et internationales soutenant publiquement ou secrètement les acteurs libyens qui semblent correspondre à leurs agendas et intérêts.
« Six à dix pays interfèrent » en Libye, a déploré mercredi dernier à New York l’émissaire de l’ONU, Ghassan Salamé. Ce soutien peut consister en « livraison d’armes » et peut aller « jusqu’à intervenir directement », a-t-il ajouté, faisant rappeler que, outre des puissances occidentales et la Turquie, des pays du Golfe sont engagés dans le conflit libyen. Doha et Ankara par exemple soutiennent le Gouvernement d’union nationale libyen (GNA). Ryad et Abou Dhabi sont proches du maréchal Khalifa Haftar, qui cherche depuis le début du mois d’avril à s’imposer par la force à Tripoli. Le maréchal Haftar est accusé par ses détracteurs de recevoir un soutien militaire des Emirats et de l’Egypte. Il accuse en retour la Turquie et le Qatar de fournir des armes à ses rivaux.
Comme le Soudan, « la Libye est devenu un champ d’affrontements entre puissances rivales du Golfe », dit à propos de la complexité du dossier libyen Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Celles-ci « se livrent un bras de fer militaire en Libye », et
«économique et financier au Soudan», selon ce chercheur.
Comment donc l’Algérie pourra-t-elle faire valoir la solution politique dans un terrain de guerre interne entre les Libyens eux-mêmes et de guerres par procuration arabe et étrangère ? A cette question, les Nations unies sur lesquelles la diplomatie algérienne continue de miser ne sont pas en mesure de répondre.
Selon un bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les combats entre les forces pro-GNA et pro-Haftar sont ont fait au moins 510 morts.
Un inventaire macabre qui rappelle combien la Libye s’est installée dans une routine de guerre dangereuse pour elle et ses voisins.<