L’économiste Malek Serraï a appelé, hier, « au retour à la réalité des prix de l’énergie » afin de lutter contre le gaspillage dans ce domaine, a-t-il déclaré à Reporters. Pour cet expert, il faut que ce retour s’effectue « graduellement » et que le gouvernement « passe enfin » au ciblage des catégories d’Algériens « réellement concernés » par l’aide sociale et la subvention.

« Aujourd’hui, assure M. Serraï, les Algériens consomment l’énergie – l’électricité et le gaz – à des taux qui encouragent le gaspillage et la dilapidation de cette « ressource chèrement acquise ». « Nos consommateurs payent à des prix qui restent très éloignés des coûts de revient mais ils ne le savent pas. Ils continuent d’utiliser la ressource énergétique au-delà de leurs besoins réels, sans presque aucune culture de l’économie ». « Pour ce qui est des prix du gaz et de l’électricité, l’Algérie représente, avec l’Arabie saoudite, le pays le moins cher au monde », ajoute l’expert. Il appelle à des campagnes de sensibilisation efficace avant d’« aller graduellement » vers un relèvement des tarifs » qui permettront à Sonelgaz les moyens de soutenir ces investissements » et à l’Etat de « poursuivre sa politique sociale » en direction des plus démunis. Sans cela, avertit l’économiste, la situation actuelle risque de devenir « plus lourde à gérer » par les pouvoirs publics dans le contexte de crise économique actuelle.
« Certes, les services de Sonelgaz n’ont pas la qualité requise selon les standards internationaux, ils restent peu chers. Les Algériens se sont habitués à ces bas prix et quand on parle de révision de ces prix, ils interprètent cela comme une augmentation. En vérité, il s’agit d’un rééquilibrage». Et de poursuivre : « Si le gouvernement continue de pratiquer ces mêmes tarifs, il sera obligé d’aller vers de fortes subventions de Sonelgaz, autrement il y a risque de fermeture des portes pour cette entreprise. » M’barek Malek Serraï appelle à l’accélération de l’application du nouveau système de subvention annoncé par le gouvernement, notamment à la faveur du débat sur la loi de finances 2018. Il préconise l’application rapide du recensement précis du nombre d’Algériens en situation de besoin d’aide sociale.
Selon lui, quelque 12 millions d’Algériens perçoivent un salaire ne dépassant pas les 18 000 DA, c’est un paramètre qu’on pourrait prendre en compte », a-t-il estimé. Par ailleurs, M. Serraï a mis en garde contre la « spéculation, déjà manifestée durant ces dernières semaines », et qui risque de s’aggraver dans les prochains mois si le gouvernement n’est pas vigilant, a-t-il averti. Avant même l’entrée en vigueur de la loi de finances 2018, des commerçants ont augmenté les prix de plusieurs produits sans explication cohérente et dans l’objectif de renforcer leur marge bénéficiaire. Aux yeux de cet économiste, la hausse des prix des carburants impactera pratiquement les prix de la plupart des services et des produits. Contrairement à ce qu’a affirmé, mercredi dernier, le directeur général des impôts, Mustapha Zikara, qui a parlé de « mécanisme » d’aide aux professions concernées par l’usage industriel de l’essence et du mazout. M. Serraï estime que le relèvement du prix du mazout, par exemple, aura une « incidence » sur les prix de consommation de nombreux produits, « agricoles notamment ».
« On l’oublie, mais l’agriculture est un secteur qui s’est beaucoup mécanisé dans notre pays et est devenu grand consommateur de carburant. Si les agriculteurs payent le mazout plus cher, ils chercheront à récupérer leurs frais en vendant leurs produits plus chers ».