Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), insiste dans cet entretien sur la pénurie de certains médicaments dans nombre d’hôpitaux, alors que le ministère parle d’une situation stable.

Reporters : Vous avez parlé de plusieurs médicaments et produits pharmaceutiques à utilisation quotidienne en rupture dans les hôpitaux. Avez-vous alerté la tutelle et la Pharmacie centrale des hôpitaux qui sert les établissements hospitaliers quant à cette rupture ?
Lyes Merabet : Effectivement, la tutelle est alertée à travers les structures de santé dans lesquelles on exerce. Nous avons comptabilisé une vingtaine de produits en rupture. Il existe des services au niveau des hôpitaux qui, chaque semaine, signalent au ministère de la Santé une absence ou une tension qu’il peut y avoir sur un produit. On constate que nous sommes dans la chronicité et que ces situations de manque et de rupture reviennent de manière récurrente. Une situation qui complique, en effet, les modes d’exercice et nous entrave à dispenser des soins normalisés aux patients. Un fait qui complique la relation entre nous, professionnels de la santé, et les patients, parce qu’il est difficile d’expliquer à ces derniers qu’on n’a pas de seringue ou de fil pour une intervention médicale. Il est aussi compliqué de leur expliquer qu’on doit évacuer un nourrisson parce qu’on n’a pas de masque à oxygène et autres produits nécessaires pour sa prise en charge

Quelle appréciation et quel constat faites-vous des structures sanitaires du pays ?
La situation est un peu condensée et le problème de prise en charge des citoyens reste largement posé avec une accessibilité aux soins qui n’est pas du tout évidente. Cette situation s’explique par le dysfonctionnement au niveau des structures de santé, que ce soit dans les hôpitaux ou dans les polycliniques. Personnellement, je renvoie ce déséquilibre à la mauvaise répartition de la ressource humaine au niveau du secteur de la santé. Nous avons aussi un problème de formation. Sachez qu’en termes de quantité, nous avons remarqué une insuffisance en matière de couverture médicale et aussi paramédicale. Alors qu’en termes de qualité, on constate un problème de formation sur le niveau qualitatif. Cela dit, il faut revoir la formation initiale et mettre en place un programme de formation continue afin de maintenir un certain niveau de compétence dans l’exercice médical et paramédical. Pis encore, je pense qu’il y a aussi un problème de ressources financières qui, à mon avis, va se compliquer davantage à travers les mesures d’austérité imposées par la crise financière et économique que traverse le pays 

A chaque tribune offerte, vous critiquez l’actuel projet de loi sur la santé, dont l’examen a été ajourné alors que le ministre de la Santé parle d’un projet de loi valable pour tous les temps…
Tout d’abord, sachez que le projet a été retiré et non ajourné. Et chaque loi, qu’elle soit dans la santé ou relevant d’autres départements ministériels, est appelée à être revue et remise à jour. Tout simplement parce que les modalités d’exercice et les statuts d’établissements et défis sanitaires changent et évoluent. Sinon, pourquoi remédier à une loi outre celle de 1985. Il y a aussi la technologie qui a beaucoup évolué dans la pratique, tout comme les conditions d’accessibilité aux soins. Pour ces raisons, je dis qu’il y a urgence à revoir notre loi sur la santé. Nous sommes dans une idéologie tout à fait différente de celle des années 1980. Actuellement, nous sommes dans une économie de marché ouverte avec toutes les répercussions qu’elle peut avoir sur tous les plans. Nos habitudes alimentaires ont changé, la démographie a évolué en nombre et la répartition dans la pyramide de l’âge a également changé. Nous avons même un environnement plus pollué qu’hier. Tous ces ingrédients font que nous devons évoluer avec les lois qui régissent l’activité médicale.