Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), a réagi aux mesures des protocoles sanitaires imposées aux voyageurs suite à l’ouverture des frontières aériennes.
Il estime sans détour qu’elles sont «dissuasives». Il souligne en tant que médecin que le confinement
de 5 jours imposé pour les cas des diagnostics négatifs est «injustifié».

Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : Tout d’abord, quelle est votre réaction par rapport aux conditions imposées aux voyageurs à l’occasion de l’ouverture des frontières, d’autant plus qu’en tant que syndicat, vous avez appelé à maintes reprises à cette ouverture ?
Lyes Merabet : Pour le moment, on ne peut pas parler d’une réelle ouverture des frontières, elles sont juste entrouvertes et je tiens à m’associer aux réclamations de la diaspora algérienne qui juge ces mesures dissuasives. Autant les mesures annoncées dans un premier temps étaient acceptables, autant devant celles annoncées dans la journée de lundi dernier, on a été désagréablement surpris. Pour cela, j’associe ma voix à mes concitoyens installés à l’étranger qui sont des Algériens comme nous avec les mêmes droits et devoirs et, je pense, que l’un des droits élémentaires, la liberté de se déplacer dans son pays, est essentiel.
De ce fait, on est satisfait que nos appels aient trouvé écho auprès des autorités, car depuis plusieurs mois on disait que cette situation ne pouvait pas durer et n’avait pas de sens pour nos compatriotes.
D’autant plus que, selon les statistiques données par certains médias, pratiquement plus de 100 000 voyageurs ont transité au niveau des frontières ces derniers mois, dont notamment de nombreux étrangers qui travaillent en Algérie.
Aujourd’hui, on se pose la question pourquoi au moment où on ouvre les frontières à nos concitoyens, il y a autant de contraintes dissuasives qui pourraient les empêcher de rentrer chez eux ? Dans la majorité des pays dans des situations épidémiologiques plus complexes, on n’a jamais empêché leurs concitoyens à rentrer chez eux. Certes, ils ont mis en place un protocole sanitaire mais il est beaucoup plus souple que celui exigé en Algérie.

Selon vous, quelles sont les mesures les plus adaptées à l’Algérie ?
Je pense qu’il y a des mesures qui sont mises en place ailleurs et qui sont valables chez nous. Je pense que ce qui doit être exigé, c’est une PCR, ce qui a été fait même si ailleurs elle est de l’ordre de 72 heures, chez nous elle est 36 heures, mais on peut comprendre cette forme de rigueur. Il y aussi la sérologie, soit les tests antigéniques. Un test qui peut se faire sur place avec prise de sang et qui prend maximum 20 minutes pour avoir le résultat. Si c’est positif on peut mettre la personne en isolation pour une semaine, et si c’est négatif, on peut demander à la personne de s’isoler à la maison pour éviter tout risque de contagion. Malheureusement, ce que l’on a compris c’est que tout le monde va passer par une mise en quarantaine de 5 jours aux frais de la personne alors que beaucoup de nos concitoyens rentrent en famille. En plus des prix de la billetterie qui ont flambé, on ajoute donc les frais de quarantaine, une mesure financière qui va compliquer la vie de la majorité de nos concitoyens qui attendaient cette décision avec impatience depuis des mois.

Concernant les personnes vaccinées, pourquoi sont-elles aussi soumises à ces mesures draconiennes ?
Pour la simple raison que même si on est vacciné, on peut être porteur du virus de la Covid-19 et donc être contagieux. Il faut savoir que la vaccination contre le coronavirus protège contre les formes graves de la maladie, mais on peut être porteur du virus et développer des formes mineures de la maladie avec des symptômes légers et, de ce fait, cela n’élimine pas la contamination. On aurait certes pu exiger la vaccination mais c’est plus pour la protection de ces personnes. Mais le plus important, c’est la PCR et la sérologie et cela a été fait.

Si c’est deux tests de diagnostic se révèlent négatifs, il n’y a aucune justification de mettre la personne en confinement obligatoire durant 5 jours. En tant que médecin, cela n’a aucun sens.

Sur un autre sujet, à propos de vos activités syndicales, vous avez entamé plusieurs réunions, les 23 et 24 mai courant, notamment celle avec la Confédération des syndicats algériens, une autre avec l’Intersyndicale de la santé et celle du bureau national du SNPSP, quels ont été les principaux points abordés ?
A l’ordre du jour, il y avait plusieurs points, dont l’état des lieux de notre plateforme de revendications. On est revenu sur notre audience avec le ministre de la Santé et les instructions qui ont été données et ce qui a changé dans la démarche, suite au Conseil des ministres et les assurances et les instructions données par le Président de la République. Nous avons fait état de notre satisfaction qu’un Conseil des ministres ait enregistré à l’ordre du jour le secteur de la santé et la situation des professionnels de ce secteur. Le fait aussi que tout le monde est convaincu qu’il faut revaloriser les salaires et améliorer les conditions de travail et encourager les professionnels de la santé à travers la révision des statuts particuliers des régimes indemnitaires et la prise en charge des différentes doléances légitimes posées depuis un certain temps. Il s’agit aussi d’avoir mis en exergue la nécessité d’aller vers une refonte profonde du système de santé avec, cette fois, une volonté politique affichée et réitérée à chaque fois. C’est important aussi de souligner que les principaux axes de la réforme hospitalière comme projet ont été présentés lors du Conseil des ministres et, qu’officiellement, un plan d’actions claires avec des échéances et une feuille de route a été demandé. Je tiens à souligner que ce qu’il y a de nouveau dans la démarche, c’est que nous avons été conviés à participer en tant que partenaire actif et engagé et c’est la différence de ce qui se faisait les années précédentes. Je rappelle qu’auparavant, les syndicats étaient mis devant le fait accompli et où le travail avait été finalisé sans prendre en considération nos propositions. Aujourd’hui, les choses se sont améliorées car on nous sollicite pour être partie prenante de ce projet de réforme et tant mieux. Sur le principe, on prend acte en attendant que sur le terrain se concrétisent tous ces engagements.