La situation épidémique est en amélioration. C’est un fait que reconnaît le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat des praticiens de la santé publique (SNPSP) qui reste, toutefois, pas très convaincu par les chiffres qui sont annoncés quotidiennement par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Les chiffres font état d’une baisse constante des cas confirmés de la Covid-19, mais le bilan manque de précision de façon générale.

«Ce qui n’est pas donné régulièrement à côté des chiffres annoncés quotidiennement par le Comité scientifique au nom du ministère de la Santé, c’est le nombre de tests effectués chaque jour. C’est un élément important pour pouvoir évaluer objectivement la situation épidémique», a affirmé Dr Lyès Merabet. «C’est l’un des indicateurs importants sur lesquels se basent d’ailleurs tous les pays du monde. Partout, lorsqu’il y a une lecture des chiffres donnés pour une évaluation de la situation épidémique, il y a toujours cet élément qu’est le nombre de dépistages», a-t-il ajouté dans une déclaration à Reporters.
En somme, «c’est le niveau des dépistages qui va refléter exactement, ou de manière au moins qui se rapproche de la réalité, la situation sanitaire». Il regrette que l’Algérie, qui a démarré avec «un niveau de dépistage très faible ne s’est pas beaucoup améliorée, malgré l’augmentation du nombre de laboratoires et centres de dépistage» au nombre de 32 actuellement répartis sur l’ensemble du territoire national, selon le ministère de la Santé.
Notre interlocuteur explique que le problème ne se situe pas au niveau du nombre de ces laboratoires, mais au niveau «des réactifs et des kits PCR qu’ils n’ont pas». Pour lui, tant qu’on est dans cette situation, l’évaluation de la situation épidémique va s’éloigner de l’objectivité.
Et au président du SNPSP de se demander : «Pourquoi le nombre de tests effectués par jour n’est pas officiellement déclaré comme on déclare le nombre de cas et le nombre de décès ? C’est une question qui reste posée». Il étaye ses propos en indiquant que lorsqu’on dit qu’il y a 140 ou 150 cas, on ne dit pas sur combien de cas dépistés. «Si on parle alors de 140 cas sur 140 dépistés, c’est que la situation est grave. Mais si c’est 140 cas sur 2 000 ou 3 000 dépistages, là, on pourra dire que c’est bien. Donc l’objectivité est à ce niveau-là. Cette information fait défaut et c’est ce qui laisse présager que cela ne reflète pas la situation épidémique bien qu’elle s’est améliorée, relativement bien sûr, car ce n’est pas encore réglé. Nous constatons effectivement qu’il y a moins de pression dans les hôpitaux, moins de cas graves, c’est un fait qu’on doit souligner. Mais il y a aussi beaucoup de cas bénins, des personnes qui se présentent au niveau des consultations ou des urgences et lorsqu’elles sont orientées pour bénéficier d’une PCR, elles reviennent pour dire que là où elles sont passées on leur a dit que la PCR n’est pas disponible», relève Dr Merabet, tout en déplorant que lorsqu’elle est disponible chez certains privés, elle est effectuée à des prix exorbitants qui «défient toute logique, entre 10 000 et 20 000 DA». Ce sont des prix qui sont équivalents au SMIG ou à la moitié du SMIG, il faut que les autorités interviennent pour régler cela aussi, recommande-t-il. Pour le Dr Merabet, «il est vrai que la situation s’est améliorée, on ne peut pas dire le contraire, mais on n’est pas encore sortis de l’auberge». «Malheureusement, on manque d’éléments d’évaluation pour être dans une déclaration circonscrite et claire, surtout par rapport au dépistage», a-t-il résumé, non sans regretter que le dépistage n’est même pas assuré pour les professionnels de la santé. «Nous l’avons demandé et crié sur tous les toits. Le ministre de la Santé nous l’avait promis. De même, le Directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie avait déclaré qu’il y aurait une opération pilote dans ce sens pour les personnels de Blida et d’Alger en premier lieu… Jusqu’à présent, nous attendons», a-t-il indiqué. <