Face à la forte hausse des cas de contaminations à la Covid-19 et l’insouciance des citoyens dans l’application des mesures barrières de prévention, Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), préconise de durcir les sanctions des contrevenants avec une application stricte des lois promulguées dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus.
S’exprimant, hier, sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale, le président du SNPSP souligne à ce propos que «ce que nous voyons dans la rue est frustrant et révoltant. De nombreux citoyens sous-estiment la gravité du virus et ne respectent pas les mesures préventives pourtant basiques qui sont le respect de la distance sociale, le port du masque de protection et le lavage fréquents des mains».
Face au comportement inconscient d’une grande partie de la population, frôlant «l’absurde», tel que le partage du masque par plusieurs personnes ou l’organisation de fêtes de mariages, Lyes Merabet exprime son exaspération en soulignant que cela a eu comme conséquence les chiffres effarants de ces derniers jours et dont le personnel médical paye un lourd tribut tant en nombre de morts que de contamination en accomplissant son devoir.
Afin de sensibiliser les citoyens, il égrène le nom de près d’une dizaine de personnes dont des chefs de service, de spécialistes, d’infirmiers et même du personnel administratif de la santé qui sont morts à cause d’une contamination du virus en exerçant leur métier. Dans ce sillage, il rappelle les revendications du syndicat de la santé pour inscrire la contamination à la Covid-19 et le burn-out en tant que maladies professionnelles. Concernant le plan de lutte face à la pandémie, il réitère le fait que la seule manière de lutter contre la maladie est basée sur deux axes. Le premier est de poursuivre les campagnes de sensibilisation pour le respect des gestes barrières quitte à continuer à les répéter tous les jours, comme cela se fait depuis le mois de mars dernier.
Le second axe est de durcir la répression des contrevenants, notamment en appliquant les amendes pour non-port du masque dans les lieux public ou la fermeture des magasins qui n’appliquent pas les règles de prévention.
Par ailleurs, il a expliqué que le confinement total au niveau national n’est pas à l’ordre du jour, vu l’évolution de la situation sanitaire du pays, où le virus reste très actif dans une vingtaine de wilayas. Toutefois Lyes Merabet préconise un confinement total des quartiers ou des communes qui enregistrent un foyer de contagion, à l’instar de ce qui se passe actuellement dans la wilaya de Sétif. Il estime qu’un confinement partiel préconisé de 13 heures à 5 heures du matin serait inefficace dans le contexte actuel. Un confinement total de ces quartiers reste la meilleure solution pour juguler la propagation du virus.
L’intervenant a également confié sur les ondes de la Chaîne I que le nombre des cas annoncés officiellement chaque jour ne reflète pas la réalité du terrain en Algérie à cause du manque de dépistage des cas probables, fautes de moyens dont les kits de prélèvement.
II reconnaît, toutefois, que des efforts titanesques ont été déployés par les autorités depuis le mois de mars dernier, où l’on est passé d’un seul laboratoire de dépistage à l’Institut Pasteur, pour tout le territoire national, à une trentaine de laboratoires dont des laboratoires privés repartis au niveau d’une vingtaine de wilayas. Annonçant que l’Algérie est passée de 100 dépistages par jour à plus de 2 000.
Le président du syndicat de la santé est également revenu sur les conditions pénibles dans lesquelles travaille le personnel de la santé qui est au bord de l’épuisement, avec un risque de saturation des hôpitaux et surtout du nombre de lits dans les unités de réanimation, dont le nombre de malades est également en perpétuelle augmentation ces derniers jours. En outre, en tant que médecin, Lyes Merabet a aussi préconisé d’éviter d’affluer vers les hôpitaux dès l’apparition de symptômes bénins, en privilégiant le confinement et le traitement à domicile. Ceci afin d’éviter l’engorgement des hôpitaux et laisser la place au cas les plus graves. Concernant l’utilisation des climatiseurs en cette période de grandes chaleurs. Il a conseillé d’éviter la climatisation dans les lieux publics et les administrations car de récentes études ont prouvé que cela favorise la propagation de la Covid-19.
Au final, il estime que dans le contexte actuel, ce n’est pas le moment de «tirer sur l’ambulance», face à la situation critique dans lequel se trouve le secteur de la santé, mais la priorité, aujourd’hui, est de juguler la propagation du virus avec une réelle prise de conscience citoyenne et un accompagnement efficace du personnel médical.