Lors du dernier Conseil des ministres qui s’est tenu le dimanche 12 juillet, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a donné des instructions à l’effet de «poursuivre le processus de mise en place de la finance islamique pour dynamiser la collecte de l’épargne et créer de nouvelles sources de crédits». Le ministre des Finances Ayman Benabderrahmane a esquissé, hier, l’objectif recherché à travers cette volonté de soutenir l’implantation de guichets dédiés à la finance islamique au niveau des banques publiques. Selon lui, la finance islamique devrait permettre de mobiliser une bonne partie de l’argent détenu par le secteur informel. Samedi, lors de la réunion regroupant le gouvernement avec ses partenaires sociaux, le ministre des Finances a fait savoir que deux banques publiques comptent proposer des produits de finance islamique durant le mois d’août prochain. Il a expliqué à la même occasion que la finance islamique était devenue une réalité depuis la promulgation par la Banque d’Algérie (BA) du règlement définissant les opérations y afférant et les règles de son exercice. Selon Ayman Benabderrahmane, la finance islamique devrait attirer la liquidité financière thésaurisée ou celle circulant sur le marché parallèle, en sus de contribuer à l’allégement des incidences économiques causées par la pandémie du nouveau Coronavirus en Algérie. L’Exécutif semble reprendre à son compte un vieux projet des précédents gouvernements qui, après l’échec de l’emprunt obligataire pour la croissance et le programme de conformité fiscale volontaire, lequel était destiné à capter l’argent de l’informel, il était question de réorienter le gouvernail vers le développement de la finance islamique, prétextant des considérations plutôt religieuses empêchant les fonds circulant dans l’informel de se bancariser. Le développement de la finance islamique, tel que préconisé par le gouvernement, repose sur deux piliers fondamentaux, à savoir l’ouverture de guichets dédiés aux produits s’inspirant de la charia au niveau des banques, mais aussi le lancement des sukuk. L’Algérie ne compte actuellement que deux banques (Baraka Bank et Salam Bank) versées dans la finance islamique avec seulement 3% de parts de marché, représentant environ 300 milliards de dinars d’opérations. A l’échelle internationale, il existe plus de 600 institutions financières islamiques en pleine période d’expansion et de croissance. La question qui mérite, néanmoins, d’être posée est de savoir si le développement de la finance islamique en Algérie serait la solution magique au fléau de l’informel. Au plan pratique, la Banque d’Algérie devrait mettre en place des textes d’application car la régulation de la finance islamique ne doit pas se faire selon les mêmes règles prudentielles avec lesquelles est générée la finance conventionnelle. Plus concrètement, le développement de la finance islamique est globalement une bonne chose, mais il faudra que l’Etat mette les moyens car il s’agit d’injecter des fonds dans ces compartiments bancaires dédiés à la finance islamique et de former une ressource humaine destinée à la gestion desdits compartiments. Du reste, la finance islamique pourrait contribuer à bancariser une partie de l’argent de l’informel, mais elle serait loin d’être une solution complète pour l’ensemble du phénomène. Car, faut-il le souligner, la fuite et l’évasion fiscales sont aussi des fléaux qui tirent leur source de cette course vers le gain facile, à l’ombre de la loi et des institutions de l’Etat. n