Si le soutien des prix a atténué l’impact de la forte inflation sur le pouvoir d’achat, la persistance des dysfonctionnements dans l’organisation du commerce intérieur, notamment dans le système de régulation, pénalise les ménages.

Par Khaled Remouche
De nombreux députés ont abordé, lors du débat sur la politique générale du gouvernement à l’APN, la question de la hausse importante des prix des produits de large consommation. Tous ont salué le maintien des subventions et l’atténuation de la hausse actuelle de l’inflation ; un effort de 600 milliards de dinars uniquement pour le soutien des prix des produits alimentaires. La plupart ont néanmoins pointé du doigt l’insuffisante régulation du commerce intérieur et ses conséquences, comme cette situation paradoxale où l’on observe une production avicole beaucoup plus importante que les exercices précédents et des prix du poulet au-dessus où autour de la barre des 400 dinars le kilo. Une réalité que la seule hausse des prix des intrants à l’échelle des marchés internationaux n’explique pas véritablement.
Dans les faits, la filière avicole reste désorganisée en dépit des appels des associations de consommateurs et des professionnels à mettre fin à l’anarchie qui la caractérise, de l’éleveur jusqu’au petit distributeur. Ailleurs, dans la filière agricole, qui souffre elle aussi d’un gros déficit d’organisation et de régulation, le système Syrpalac mis en place par l’exécutif n’est pas parvenu à réguler, par exemple, le prix de la pomme de terre, d’où la décision de réviser ce système.
Dès lors, la question se pose quant au succès du gouvernement à poursuivre sa politique à faire face à l’inflation importée par une augmentation de l’offre locale et une restriction des importations des produits disponibles chez l’agriculteur algérien.
Selon le Premier ministre Aimene Benabderrahmane, le nombre d’importateurs est passé de 43 000 à 13 000 importateurs. Mais cette performance au bénéfice des producteurs nationaux est sapée par la désorganisation du marché intérieur, la prédominance de l’informel et le nombre très réduit des points de vente de proximité dignes de ce nom. Pour répondre à la hausse récurrente et importante des prix des produits de large consommation, l’Association de protection et orientation des consommateurs et son environnement (Apoce) a suggéré leur plafonnement par la détermination périodique du prix de revient et de la marge bénéficiaire avec le concours des producteurs pour arriver à stabiliser les prix de produits très prisés comme la pomme de terre et le poulet.
Cette suggestion est toujours en attente d’examen, de même que la demande du respect du circuit régulier agriculteur-marché de gros-commerce de détail pour les produits de la terre. L’absence de cette chaîne, qui concerne aussi le marché des produits alimentaires, ouvre les portes à la multiplication des intermédiaires et à l’augmentation des prix des fruits et légumes sur les étals.
Ainsi, on assiste toujours aux ventes sans factures et à l’impossibilité d’organiser l’activité et à l’intégrer dans un système économique et productif cohérent et lisible.
Tous ces dysfonctionnements du commerce intérieur sont connus depuis des décennies. Mais la situation n’a pas changé d’un iota, pénalisant le simple consommateur obligé de supporter par sa propre paye toutes ces insuffisances.
Loin des produits de très large consommation, la gestion administrée du commerce extérieur a pour effet pervers une augmentation des prix des produits électroménagers ainsi que ceux des matériels informatiques pourtant nécessaires au développement des activités des startups et de la numérisation que le gouvernement dit encourager.
Quid de la logistique ? Pour un spécialiste du domaine, l’insuffisance logistique induit en moyenne un surcoût de 20% pour le prix du produit importé. A observer la congestion des ports comme Alger et Oran – très sollicités- le constat des pertes est vite fait avec le spectacle de dizaines de navires en rade et la rareté de grandes plateformes logistiques modernes destinées notamment à l’exportation. n