A la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, célébrée le 25 novembre de chaque année, Amnesty International a lancé, hier, un appel urgent aux autorités algériennes afin d’«agir de toute urgence pour mettre fin aux féminicides».

Par Sihem Bounabi
Citant les chiffres du site Féminicides Algérie, Amnesty International souligne que depuis le début de l’année 2021, il a été recensé au moins 49 féminicides contre 54 durant l’année 2020. Il est également mis en exergue que ces chiffres sont loin de refléter la réalité car, selon les organisations de défense des droits des femmes, ces chiffres représentent seulement le nombre de cas qui ont pu être recensés.
Face à ces drames et à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, «Amnesty International demande aux autorités algériennes d’adopter une approche globale pour lutter de manière efficace contre toutes les formes de violences à l’encontre des femmes», estimant que «cette approche jusqu’à maintenant est restée fragmentaire et symbolique. Pourtant, c’est une demande de longue date des associations algériennes de défense des droits des femmes, que nous soutenons fortement».
Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie déclare à ce sujet que «malgré l’horreur de ces crimes et la mobilisation d’associations, d’artistes ou de l’opinion publique durant toute l’année, les autorités algériennes n’ont pas condamné publiquement ces féminicides, assassinats de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes. Il est urgent, au vu de la gravité de la situation, que le gouvernement protège les femmes et s’engage à prendre toutes les mesures pour mettre fin à ces féminicides».
Concernant l’approche globale pour juguler cette violence extrême envers les femmes, Amnesty International appelle les autorités algériennes «à s’assurer que les responsables présumés des féminicides et de toutes les autres formes de violences contre les femmes soient traduits en justice».
L’organisation appelle également les autorités à prendre les mesures nécessaires pour permettre aux femmes victimes de violences d’accéder à la justice en toute sécurité, de bénéficier d’hébergements adaptés, d’une aide psychosociale et d’un soutien juridique.
Alors que les autorités algériennes mènent régulièrement des campagnes de sensibilisation sur diverses thématiques (anti Covid19, accidents de la route, tabagisme…), on ne peut que s’interroger sur l’absence de campagnes de sensibilisation contre les violences à l’encontre des femmes. Faut-il rappeler que, chaque année, des vies de femmes sont brisées dans une quasi indifférence, au seul motif qu’elles sont des femmes», a déclaré Hassina Oussedik.
Selon de nombreux témoignages de militantes des droits des femmes, les crimes contre les femmes du fait qu’elles soient des femmes est «devenu plus visible car les journaux en parlent et décrivent les méthodes abjectes et atroces utilisées par les auteurs de ces crimes».
Pourtant la loi existe et elle est claire à ce sujet. La loi de 2015 criminalisant ce genre d’acte prévoit dans son article 226 bis AL 4, «de la réclusion à perpétuité, si les coups portés ou les blessures faites volontairement ont occasionné la mort».
Pour rappel, la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes a pour origine «la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993».
La violence à l’égard des femmes est définie comme «tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée». <