Le secteur des forêts s’achemine vers «l’achat ou la location» d’avions bombardiers d’eau pour la lutte contre les feux de forêts et la protection d’un patrimoine végétal plus que jamais menacé. Le DGF, Ali Mahmoudi, annonce des sanctions plus sévères contre les incendiaires criminels.

Par Nadir Kadi
Le Directeur général des Forêts (DGF), Ali Mahmoudi, a fait en effet savoir hier que le nouveau «plan d’action» pour la lutte contre les incendies sera axé cette année sur une série de «nouveautés», dont l’utilisation de moyens aériens.
Le responsable, qui souhaite éviter les «catastrophes» de la saison 2020 ou près de «44 000 hectares (…) dont 16 500 de forêt» ont été perdus pour un coût financier estimé à 43 millions de dinars, a en ce sens évoqué «l’achat ou la location de petits avions bombardier d’eau». Le même responsable, qui intervenait sur les ondes de la Radio nationale, a également annoncé une modification de la législation contre les pyromanes avant la fin de l’année.
Le directeur de la DGF, qui a rappelé hier que l’Algérie ne comptait aujourd’hui qu’une faible surface forestière de seulement «2% du territoire, soit 4,1 millions d’hectares», estime que la protection de ces espaces est une responsabilité collective : «La seule solution est la participation de tous, tant les habitants des régions forestières que les visiteurs (…) tout le monde doit participer aux préventions contre ces catastrophes.»
Un appel à la prévention et la vigilance que la DGF accompagne également d’un «plan de lutte» sur plusieurs échelons. Un plan qui mobilisera entre autres «940 personnes au niveau de 404 tours de contrôle», en plus de «478 équipes mobiles qui réuniront au total 2 657 éléments» ou encore l’organisation de «2 892 points d’eau en cas de départ d’incendie»… Quant aux «nouvelles acquisitions», le responsable de la DGF a évoqué hier «un contrat en cours pour l’acquisition de 80 camions citerne auprès de l’usine de Tiaret dépendant du ministère de la Défense nationale».
Et dans cette même logique, Ali Mahmoudi, à la tête de la DGF depuis 2018, a annoncé la réactivation du projet d’acquisition d’avions bombardier d’eau : «Nous étions dernièrement en visioconférence avec un constructeur américain établi en Espagne (…) Selon sa simulation, les modèles qu’il propose sont adaptés aux types de plans d’eau dont dispose l’Algérie. Le responsable qui n’a pas donné le nom du constructeur a toutefois écarté l’hypothèse de se tourner vers le canadien Bombardier et son célèbre avion Canadair : «Souvent on parle d’avions de type Canadair, or, à part le barrage de Beni Haroun, nous n’avons pas de plan d’eau suffisamment grand.» En ce sens, il a rappelé hier que ce «projet est en sommeil» depuis «les années 2000» après que les gestionnaires aient fait le choix de se tourner vers des moyens terrestres. Une option qui ne satisfait pas le responsable actuel de la DGF : «Les véhicules ou les avions ont chacun leurs spécialités, les bombardiers d’eau sont plus rapides à intervenir.» Et j’ajoute qu’«il y a des zones inaccessibles aux véhicules même si nous travaillons à l’entretien des pistes.»
Quant à l’utilisation des hélicoptères de la Protection civile, le responsable a fait savoir que cette option sera également utilisée, en rappelant que la législation permettait de puiser l’eau des réserves situées aux alentours des incendies : «On peut les utiliser en puisant de l’eau de toutes les sources, les barrages, les bassins des agriculteurs… L’utilisation de cette eau n’est jamais un gaspillage (…) La protection des forêts est aussi un moyen de préserver le climat.» En ce sens le responsable de la DGF a également appelé hier les propriétaires terriens à «signer des contrats d’assurance» pour leurs parcelles, un «réflexe» qui serait encore «trop rare», selon Ali Mahmoudi, ce qui a conduit l’année dernière à des indemnisations payées par l’Etat à hauteur de «près de 700 millions de dinars». Quant à la question des départs volontaires d’incendie et de lutte contre les pyromanes, il est révélé que la saison 2020 a été particulièrement difficile : «68 personnes ont été arrêtées (…) dont 32 emprisonnées, et les autres sont soit libérées ou soit placées sous contrôle judiciaire.» Le directeur de la DGF a fait savoir que la législation actuelle «n’est pas suffisamment dissuasive (…) Nous travaillons à son actualisation en intégrant le volet économique des forêts, la question des changements climatiques… (…) Pour nous, brûler une forêt est un crime, et encore plus quand cela entraîne des victimes». Le nouveau texte de loi serait ainsi «au niveau du ministère» de tutelle pour lecture et expertise, «il sera par la suite présenté en Conseil du gouvernement» avant la fin de l’année, ajoute le responsable.