Dans son dernier rapport, l’Organisation mondiale de la santé tire de nouveau la sonnette d’alarme face au fléau du tabagisme, qui cause des millions de morts chaque année et provoque une saignée financière aussi bien pour les Etat que pour les consommateurs de cigarettes.

En Algérie, cette réalité est vérifiée. Elle a été soulevée récemment par le professeur Mustapha Zitouni, chargé du plan anti-cancer. « Nous remboursons au centuple la fiscalité hors hydrocarbures générée par les industries du tabac. Les malades que nous traitons à cause de la cigarette nous reviennent 100 fois plus cher que les recettes que l’Etat engrange grâce à l’industrie du tabac », a-t-il indiqué pour expliquer les pertes financières et humaines induites par ce fléau traité dans le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé. Néanmoins, l’organisation onusienne ambitionne la hausse des taxes et des prix du tabac comme moyen de lutte contre l’achat de ce produit qui provoque une mort lente des dépendants. Pour ce faire, l’OMS veut convaincre les Etats à vendre le tabac plus cher et en le surtaxant. Cette organisation mondiale a battu en brèche les idées longtemps défendues par les industriels du tabac qui affirment que la hausse du prix du tabac ne peut en aucun cas dissuader les fumeurs d’arrêter les cigarettes. A cet égard, le Dr Douglas Bettcher, directeur de l’OMS pour la prévention des maladies non transmissibles, est convaincu que « le nouveau rapport onusien donne aux gouvernements un outil puissant pour combattre les allégations de l’industrie du tabac selon lesquelles les contrôles sur les produits du tabac ont un impact négatif sur les économies des pays ». Dans sa plaidoirie contre le tabagisme, l’organisation onusienne mets en exergue des calculs précis sur l’impact financier et économique qu’auront à réaliser les pays en mettant fin à ce fléau qui provoque principalement les cancers et les maladies cardiaques. L’OMS écrit qu’environ six millions de personnes meurent chaque année en raison du tabagisme. Ensuite elle comptabilise les pertes. Selon l’Organisation, les conséquences mortelles des cigarettes coûtent aux économies mondiales plus de 1 000 milliards de dollars par an en dépenses de santé et en perte de productivité. Mais quels sont les pays les plus touchés par le tabagisme ? L’OMS a sa réponse. D’après elle, les pays les plus touchés sont ceux en voie de développement. C’est-à-dire les pays qui ont des revenus intermédiaires. Se référant à une étude réalisée en 2016, l’organisation onusienne fait état des recettes annuelles liées à la taxation des cigarettes dans le monde pouvant augmenter de 47%, soit 140 milliards de dollars, si tous les pays augmentaient leurs taxes d’environ 0,8 dollar par paquet. D’ailleurs, le sous-directeur général de l’OMS pour les maladies non transmissibles (MNT) et la santé mentale, Oleg Chestnov, partage ce constat.
« L’impact économique du tabac sur les pays et sur le public en général est énorme, comme le montre ce nouveau rapport », a-t-il déclaré. Sur le court terme, cette hausse des taxes augmenterait les prix de vente au détail des cigarettes en moyenne de 42%. D’après l’OMS, cette hausse entraînerait une baisse de 9% du taux de tabagisme et de 66 millions de fumeurs adultes de moins. En Algérie, le tabagisme est inquiétant. Selon les résultats de l’enquête réalisée par la Fondation pour le développement de la recherche médicale (Forem), présidé par le professeur Mustapha Khiati, le taux de fumeurs a atteint 11,22%. Soit 26% chez les hommes et 0,43% chez les femmes. Parmi ces deux catégories, 93,99% d’entre eux sont de grands fumeurs. Chez les lycéens, 3,6% de filles fument contre 34,3% de garçons. Le constat est encore plus affolant dans la tranche d’âge 16-25 ans. On estime dans cette catégorie contient 20% de fumeur, selon l’enquête de la Forem.