Le sommet mondial sur le climat, qui s’est ouvert dimanche dernier à Charm-el-Cheikh en Egypte, s’est caractérisée hier par un classique : la promesse des grands pays industrialisés incarnés par les Etats-Unis de mettre la main à la poche pour lutter contre le réchauffement climatique et le rappel de pays émergents- figuré par l’Afrique du sud- que les aides financières, quand elles existent, sont souvent des prêts très chers à rembourser…

Synthèse Kahina Terki
Le président américain Joe Biden restera «déterminé» dans la lutte contre le changement climatique quel que soit le résultat des élections aux Etats-Unis, a promis son émissaire mardi à la COP27, où les pays du Sud réclament des financements pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
«La crise climatique ne menace pas seulement nos infrastructures, nos économies ou notre sécurité – elle menace chaque aspect de notre vie au quotidien», a mis en garde l’émissaire américain pour le climat John Kerry, au troisième jour de la grande conférence de l’ONU sur le climat, qui se tient à Charm el-Cheikh en Egypte. «Le président Biden est plus déterminé que jamais à continuer ce que nous faisons», quel que soit le résultat des élections, et reconnaît la «responsabilité particulière» de son pays envers les nations en développement, a-t-il assuré.
Lundi 7 novembre, le secrétaire général de l’ONU avait lundi exhorté les dirigeants à renforcer la lutte avant qu’il ne soit trop tard. «L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un Pacte de solidarité climatique soit un Pacte de suicide collectif», a tonné Antonio Guterres. Cette solidarité doit se traduire en engagements financiers, notamment à destination des pays pauvres, et la question de l’argent est la plus âprement discutée à l’occasion de la COP27.
Les pays du Sud auront besoin de plus de 2.000 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour financer leur action climatique, dont près de la moitié venant d’investisseurs extérieurs, selon un rapport commandé par la présidence de la COP publié hier mardi.
«Les pays riches devraient reconnaître que c’est dans leur propre intérêt vital, ainsi qu’une question de justice, compte-tenu des graves effets causés par leurs émissions élevées hier et aujourd’hui, d’investir dans l’action climatique» dans ces pays, a souligné Nicholas Stern, économiste de renom qui a cosigné le rapport.
Face à ces immenses besoins, des voix de plus en plus nombreuses appellent à une réforme du système financier international conçu à la fin de la Seconde guerre mondiale, afin qu’il puisse répondre au défi climatique. Il est important de revoir la façon dont le système financier international fonctionne», a plaidé Antonio Guterres, lançant un appel aux institutions financières internationales et au G20, qui se réunit dans quelques jours à Bali, en Indonésie.
Une réforme selon lui nécessaire pour mieux aider des pays comme le Pakistan, où des inondations ont submergé un tiers du territoire et affecté quelque 33 millions de personnes, causant plus de 30 milliards de dollars de dégâts et pertes économiques. Ce pays à revenus «intermédiaires» n’est pas assez pauvre pour bénéficier de certaines facilités dans le système actuel.

Des aides «hors de portée»
Dans son intervention, hier, le président de l’Afrique du Sud, pays parmi les plus pollueurs de la planète qui peine avec sa transition énergétique, a critiqué mardi à la COP27 en Egypte des aides financières multilatérales «hors de portée» notamment en raison d’une politique de prêts.
«À l’heure actuelle, l’aide multilatérale est hors de portée de la majorité de la population mondiale en raison de politiques de prêts peu enclines à prendre des risques, assorties de coûts et de conditions onéreux», a reproché Cyril Ramaphosa au sommet de Charm el-Cheikh.
«Les banques multilatérales de développement doivent être réformées pour répondre aux besoins des économies en développement en matière de développement durable et de résilience climatique», a-t-il poursuivi, prônant une «équité internationale» et une transition «juste et inclusive».
Un plan d’investissement de 98 milliards de dollars a été approuvé lundi pour la transition énergétique en Afrique du Sud, après un accord de principe conclu l’an dernier lors de la COP26 à Glasgow. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Union européenne s’étaient engagés sur une première enveloppe de 8,5 milliards et l’Afrique du Sud devait devenir un exemple de coopération à suivre dans la lutte contre les émissions dans les pays en voie de développement.
Mais les négociations ont été difficiles, le chef d’Etat sud-africain martelant que des milliards de dollars supplémentaire seront nécessaires et que les aides sous forme de prêts risquent d’alourdir la dette des pays pauvres. L’Afrique du Sud tire 80% de son électricité du charbon, pilier de l’économie employant près de 100.000 personnes. Plusieurs centrales doivent être mises à l’arrêt d’ici fin 2030. La compagnie publique Eskom, endettée, est incapable de produire suffisamment d’électricité avec des installations vieillissantes et le pays est en proie à des coupures continues. Selon la Banque mondiale, l’Afrique du Sud aura besoin d’au moins 500 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. n