C’est un constat qui prête à l’optimisme qu’a dressé le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, dans son exposé en Conseil des ministres sur l’évolution de la situation sanitaire nationale liées au coronavirus (Covid-19), ainsi que sur les dispositions prises pour juguler la pandémie.

Le Pr Benbouzid ne s’est, toutefois, pas suffit à présenter que les points positifs et les indicateurs au vert. Il a, également, fait état des «cas isolés», qui nécessitent un suivi rigoureux, étant donné qu’ils présentent un facteur de risque non négligeable quant à la propagation du nouveau coronavirus. Cela d’autant qu’une apparition de nouveaux foyers dans certaines régions du pays est signalée ces derniers jours de même qu’il est fait état de la saturation de certains établissements hospitaliers ou services Covid. Les cas dans certains hôpitaux de Blida (notamment celui de Boufarik), Alger, Oran, Constantine et Sétif en sont la parfaite illustration, pour ne citer que ceux-là, alors que le pays est entré, depuis trois jours, dans la phase 2 du déconfinement progressif qui nécessite une plus grande vigilance pour éviter un retour en arrière de la situation épidémiologique. «Grâce aux dispositions prises dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus, des indicateurs positifs ont pu être enregistrés, comme la baisse du niveau d’occupation des lits réservés aux malades du Covid-19 en réanimation, la baisse sensible et constante du nombre de décès et l’augmentation des cas de rétablissement qui se situent à hauteur de 98,02 %», a déclaré le Pr Benbouzid, lors de la présentation, avant-hier, en Conseil des ministres, d’un exposé sur la situation sanitaire liée à la pandémie du coronavirus. «Toutefois, le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie a recommandé la poursuite de l’application stricte des gestes barrières afin de contenir les cas isolés», a-t-il ajouté, mettant, ainsi, en relief la nécessité de continuer à se protéger mais aussi d’accorder l’attention qu’il faut aux cas confirmés isolés qui continuent d’être enregistrés.

Durcir le contrôle sanitaire et dans les hôpitaux
Dans son intervention, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a enjoint le ministre de la Santé de «durcir le contrôle sanitaire à travers le territoire national et de se déplacer, si nécessaire, en vue de s’enquérir de la situation sur place dans le but de pallier les besoins qui pourraient être provoqués, dans un hôpital donné, par un manque inadmissible d’équipements médicaux disponibles, pourtant, en quantités suffisantes au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), et ce, afin de faire face à toutes les demandes», est-il indiqué dans un communiqué de la présidence de la République.
Le Chef de l’Etat a, également, ordonné «le durcissement du contrôle dans certains hôpitaux qui seraient, selon les médias, en surcharge et où des cas de patients non pris en charge seraient enregistrés». A ce propos, le Président a instruit de «mettre un avion à la disposition du ministère en vue de son déplacement, à tout moment sur les lieux, pour s’assurer des informations relayées ici et là», selon le même communiqué. Après l’épisode de l’hôpital de Constantine, et dans le cas où une situation similaire venait à avoir lieu, ce ne seront donc pas les autorités locales sanitaires ou autres qui prendront en charge la situation, mais plutôt le ministre de la Santé qui aura à se déplacer lui-même sur les lieux.
Ainsi, la rigueur est plus que jamais à l’ordre du jour et aucun relâchement ne peut être toléré dans les structures hospitalières ou dans la prise en charge des malades de Covid-19, dont le nombre reste relativement stable en dépit de toutes les mesures prises pour endiguer la pandémie.

«La phase plateau a trop duré»
«Le virus reste encore actif et la contamination peut être relancée à tout moment. La pandémie n’est pas derrière nous», comme ont averti à maintes reprises les professeurs et médecins épidémiologistes. Un état de fait qui est, par ailleurs, mis en évidence par le Pr Nouredine Zidouni, spécialiste et expert international en maladies respiratoires et tuberculose, qui note «une hausse des cas confirmés au nouveau coronavirus notamment dans les grandes villes» dont il cite Alger, Blida, Sétif, Constantine et Oran.
Ce qui nécessité, selon lui, «le strict respect de toutes les mesures barrière et de prévention». Il laisse entendre qu’il est temps de passer de la stabilité du nombre de cas confirmés à une baisse sensible. «Nous n’avons pas encore atteint la courbe en cloche comme ce qui est convenu dans ce genre de situations. Nous sommes toujours dans la phase plateau», a-t-il indiqué.
«Les premiers temps, on a assisté à une hausse des cas, d’où la courbe était ascendante. Par la suite il y a eu la phase plateau, ce qui est normal. Cette dernière devrait être suivie par une descente de la courbe afin d’avoir la cloche qui signifie que nous sommes en train de voir les contaminations baisser de façon constante, mais cela ne s’est pas encore produit et nous restons dans la phase plateau qui, à mon avis, a trop duré», a expliqué le Pr Zidouni. Il poursuit en affirmant que «la phase plateau est là depuis un mois ou un peu plus», étayant son propos par les cas confirmés qui se maintiennent, d’une façon générale, «au-dessus de 100 cas par jour alors qu’on devrait avoir amorcé la descente, la décrue» annonciatrice d’une période qui devrait mener à «l’extinction de la maladie, où il ne restera que quelques cas isolés pour lesquelles seront prises les mesures qu’il faut, à savoir les identifier, les dépister, les traiter et les isoler».

Grosse pression sur le personnel médical
Le Pr Zidouni attire, également, l’attention sur les personnels médical et paramédical et autres corps du secteur de la santé qui «sont ceux qui sont le plus mis à mal par cette situation d’apparition de nouveaux cas et de saturation dans les services Covid». Ces personnels sont soumis à une véritable pression depuis l’apparition de la pandémie avec tout ce que cela implique comme risques et conséquences, efforts physique et mental, en sus de leur situation psychologique de stress et d’épuisement. Eu égard à toutes ces considérations, l’épidémiologiste lance, à son tour, un appel au «strict respect des recommandations du Comité scientifiques de suivi de l’évolution de la pandémie, à savoir le port du masque, la distanciation physique et le lavage des mains», sans omettre «toutes les autres mesure d’hygiène chez soi et à l’extérieur», insiste-t-il, pour pouvoir retourner à une vie «presque normale».<