Les appels et les recommandations se multiplient et fusent de toute part, ces derniers temps, exhortant l’ensemble des Algériens à porter un masque lorsqu’ils sortent de chez eux. Spécialistes de la santé, pouvoirs publics, société civile, tous parlent d’une seule voix pour éveiller les consciences en ces temps d’«inconscience et d’insouciance» face à une pandémie qui s’installe durablement là où elle passe.

Les chiffres délivrés dans le bilan quotidien de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) par le Comité scientifique ne laissent guère le choix que de celui d’appeler encore plus à la vigilance. Si à un certain moment, le masque était beaucoup plus recommandé pour les gens malades atteints de coronavirus ou suspectés d’être atteints, les nouvelles donnes exigent que tout un chacun soit muni d’un masque ou d’une bavette dans les lieux publics.
C’est que les chiffres des contaminations ont atteint, il y a quelques jours, des proportions jamais égalées depuis l’apparition du coronavirus en Algérie. Ils ont augmenté et se sont stabilisés en hausse, proches des 200 cas confirmés par jour, ce qui a conduit à la reconduction du confinement de quinze jours encore. Parmi les moyens les plus efficaces qui permettent de venir à bout de la propagation de la pandémie, il est établi, de façon indéniable, que le port du masque reste une option privilégiée et constitue la première barrière contre le coronavirus.
Avant-hier encore, le premier ministre, Abdelaziz Djerad, a appelé à la responsabilité individuelle et collective des citoyens en leur recommandant «le port du masque jusqu’à la fin de la crise sanitaire» en même temps que le respect des autres moyens de prévention comme la distanciation physique. Il a même assuré, depuis la wilaya d’Oran où il était en visite, que l’Etat va fournir 7 millions de masques de protection par semaine afin de permettre aux citoyens de se prémunir contre le coronavirus. Les appels du Premier ministre viennent dans le sillage de tous ceux lancés avant et mettant en relief que désormais, il est impératif de voir tous les citoyens porter un masque dans les lieux publics, dans les administrations, etc.
Les masques alternatifs, pourquoi pas
«Le port du masque va devenir comme le port de la ceinture de sécurité», a déclaré, à maintes reprises, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, pour démontrer le caractère obligatoire d’une telle mesure. Le Pr Benbouzid a expliqué qu’il n’est pas forcément utile d’acheter un masque chez le pharmacien mais qu’il est très facile aussi de le confectionner chez soi, une sorte de masque alternatif au masque chirurgical. Une proposition qui a été faite par plusieurs autres médecins, dont Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus en Algérie, le Dr Lyès Merabet président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), qui ont estimé que le port du masque devrait être obligatoire si l’on veut éviter que les contaminations se poursuivent au rythme actuel. Ils partagent, également, largement l’idée de se prémunir d’un masque «alternatif», c’est-à-dire fabriqué de façon artisanale, à la maison, sachant que les masques importés sont beaucoup plus des masques médicaux, donc destinés aux professionnels de la santé dans les hôpitaux notamment.
D’ailleurs, même si on voulait que toute la population soit munie d’un masque parmi ceux importés, cela serait très difficile, aux dires du ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique, Dr Djamel Lotfi Benbahmed. Celui-ci a, en effet, expliqué, il y a quelques jours, que les masques médicaux doivent être renouvelés en moyenne 3 à 4 fois par jour, ce qui nécessité environs 100 millions de masques par jour, «ce qui est impossible à l’heure actuelle», avait-il conclu à propos des masques chirurgicaux importés et que tout le monde veut porter.
D’ailleurs, il est utile de noter, dans ce sens, que l’Algérie a réceptionné, hier, un nouvel arrivage de matériel médical de lutte contre le Covid-19 en provenance de Chine. Ce nouveau lot de matériel est constitué de 3,3 millions de bavettes, de 260.000 masques de type FFP2, de 100.000 kits de dépistage, entre autres, qui viendront, ainsi, renforcer les moyens de protection dont dispose le pays. En plus des masques importés de Chine et ceux dont elle a fait don à l’Algérie, une unité de l’usine textile algéro-turque Tayal de Relizane produit elle aussi des masques de protection. Cela outre le fait que de nombreux centres de formation professionnelle et ateliers de confection se sont tous mis à la confection des masques de protection.

Masques obligatoires dans les commerces
Quoi qu’il en soit, au vu des déclarations des différents responsables et des derniers chiffres communiqués sur le Covid-19 sur une période de plusieurs jours, démontrant «un nombre de contaminations fluctuant plutôt à la hausse» pour paraphraser Dr Bekkat Berkani, il devient clair que l’on s’achemine vers le port du masque obligatoire, cela d’autant que plusieurs wali ont déjà pris cette décision, comme à Blida et Constantine et tout récemment à Alger. En effet, dans la capitale, le wali a instruit, au courant de cette semaine, les commerçants et leurs employés de porter masque ou bavette, l’essentiel étant de se protéger et de protéger autrui. La semaine dernière, le wali de la Ville des Ponts a été très ferme en instruisant les citoyens de porter des bavettes dans les espaces publics et les propriétaires de commerces et centres commerciaux d’imposer le port de masques à leurs employés et aux citoyens qui s’y rendent. Dans le cas contraire, le contrevenant sera sanctionné par une amende allant de 10.000 à 20.000 DA et les propriétaires des commerces et centres commerciaux s’exposeront à des sanctions administratives incluant la fermeture administrative et des poursuites en justice.
Maintenant que la généralisation du masque est devenue une question évidente qui ne tardera certainement pas à entrer en vigueur, l’autre nouveauté en termes de prévention dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 vient du côté du dépistage qui, estime-t-on, devrait être «massif». L’entrée en service de l’usine de Baba-Ali à Alger sera d’une grande aide dans ce chapitre, puisqu’elle commence avec une production de 200.000 kits de tests rapides par semaine. Cette nouvelle entreprise, Vitale Care, renforcera la vingtaine de laboratoires qui effectuent les tests de coronavirus et ouverts récemment en cette période de crise sanitaire.
Les tests nouvellement fabriqués en Algérie par l’entreprise algéro-jordano-canadienne «déterminent le statut sérologique d’un citoyen pour savoir si celui-ci a été en contact avec le virus en détectant les anticorps anti-coronavirus qu’a développé le patient suite à une infection», selon les explication de son directeur qui explique l’importance de ces tests par le fait que plus de 80% de la population contaminée est asymptomatique et que ces tests permettront justement de les déterminer.
Rappelons que le port obligatoire du masque après le déconfinement est une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) émise il y a près d’un mois après que des pays eurent évoqué une levée partielle du confinement.<