Résorber le chômage et améliorer le pouvoir d’achat restent, entre autres, parmi les principaux défis auxquels fait face l’Algérie en ces temps de disette économique mondiale, le Covid – étant passé par là – et autres conflits alimentant les difficultés de parvenir ou de tendre vers un équilibre porteur de stabilité.

PAR INES DALI
Les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) sur l’Algérie sont plus optimistes que les précédentes établies six mois plus tôt, en octobre 2021, en ce sens où cette institution revoit à la baisse le taux de chômage pour l’année en cours et l’année prochaine et à la hausse la croissance économique. Plus de 33.000 postes d’emploi ont été créés rien que dans le sillage de la levée du gel sur certains projets économiques bloqués depuis des années, en plus de la titularisation de milliers de contractuels. Ceux qui sont toujours sans emploi ont pu, récemment, bénéficier d’une allocation chômage de 13.000 DA dont le premier versement a été effectué à partir du 28 mars dernier. Dans ce registre, il a été «ouvert, pour 2022, un crédit de plus de 80,228 milliards de DA, applicable au budget de fonctionnement du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale» selon un décret présidentiel publié au Journal officiel numéro 27. Il est également précisé que le ministère du Travail et le ministère des Finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution de décret. Plus de 900.000 dossiers de primo-demandeurs ont été acceptés au 18 avril dernier sur un total de 1,5 millions d’inscrits sur la plateforme sur un total de 1.501.799 inscrits sur la plateforme numérique dédiée.
La démarche entreprise pour «la levée du gel sur les projets d’investissement qui a permis la création de 33.171 emplois, ainsi que notre détermination à insérer d’importantes catégories parmi les titulaires de contrats de préemploi, sont autant d’indicateurs consacrant le caractère social de l’Etat et de preuves de cette forte volonté à prendre en charge progressivement les aspirations des citoyennes et citoyens pour une vie digne et un cadre de vie convenable», a déclaré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans son message à l’occasion de la fête internationale des travailleurs.
Ainsi, dans ses prévisions, le FMI a revu à la baisse ses projections sur le chômage en Algérie pour les années 2022 et 2023, tablant sur des taux respectifs de de 11,1% et de 9,8%. Pour 2021, le taux de chômage a atteint 13,4% selon le FMI, qui prévoyait dans son rapport d’octobre une hausse à 14,7%.
Des efforts ont donc été consentis et d’autres doivent encore l’être afin de pouvoir atténuer le chômage et, dans le même temps, améliorer le pouvoir d’achat qui s’est érodé de façon drastique ces derniers mois notamment. Les prix de l’ensemble des produits et à leur tête les produits alimentaires, exception faites des produits subventionnés comme le lait en sachet, le sucre, le pain ou encore le carburant, l’eau et l’électricité, ont connu une hausse vertigineuse, rendant les récentes hausse des salaires et des pensions de retraite insuffisantes pour les catégories à bas et moyen revenus.

Des efforts restent à faire
C’est ce que semble reconnaître implicitement le président de la République dans son message du 1er-Mai, lorsqu’il parle de mobilisation de «ressources financières possibles». «Il demeure entendu que la protection du pouvoir d’achat, la préservation des emplois et de la prise en charge sociale demeureront parmi les priorités auxquelles nous accordons un intérêt particulier et pour lesquelles nous œuvrerons à mobiliser les ressources financières possibles, notamment au profit de la classe moyenne, les catégories à revenu limité et les couches démunies».
Les récentes mesures prises pour soutenir le pouvoir d’achat ont fait l’objet de contestation de la part de plusieurs syndicats menés par la Coordination des syndicats autonomes (CSA). Ils ont organisé une grève de deux jours, les 26 et 27 avril, dont le bilan devrait être publié au cours de cette semaine, a affirmé la Coordination dans un communiqué rendu public à la fin du deuxième jour de la grève mercredi dernier. La grève a été «décidée pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur le malaise social qui prévaut chez les travailleurs en raison de la dégradation importante du pouvoir d’achat», ont indiqué les syndicalistes. Ils réclament «l’augmentation de la valeur du point indiciaire à 100 DA» au lieu de 45 DA actuellement, «la création d’un Observatoire national du pouvoir d’achat, la révision du dossier des primes et l’actualisation de la prime de zone sur la base du régime de rémunération de 1989». Ils prévoient des actions «plus radicales» dans le cas de la non-satisfaction de leurs revendications.
Le message a été entendu et la réponse est venue quelques jours plus tard. «L’Etat est attaché au dialogue permanent avec les partenaires sociaux afin de garantir la transparence et le respect total des lois lorsqu’il s’agit d’actions de revendication», a déclaré le Chef de l’Etat dans son message aux travailleurs à l’occasion du 1er-Mai. Dans ce cadre, il a rappelé avoir donné des «orientations pour l’élaboration d’une loi-cadre régissant le travail syndical et l’enrichissement de sa teneur à travers la concertation et le débat avec les professionnels».
Le projet de loi doit prendre en ligne de compte, poursuit le Chef de l’Etat, «les chartes et conventions ratifiées par l’Algérie, permettre une véritable représentation des syndicats et l’engagement à promouvoir le volet socioprofessionnel des travailleurs loin des conflits politiciens qui ont vidé l’action syndicale de sa véritable essence». C’est pourquoi, il appelle «l’ensemble des organisations syndicales à mesurer l’ampleur de leurs responsabilités à l’égard des travailleuses, des travailleurs et des entreprises, et du rôle qui leur incombe pour garantir la stabilité sociale, le développement de la production, l’augmentation du rendement, et une adaptation continue aux mutations socio-économiques, d’autant que les tensions dans le monde nous interpellent à faire preuve de détermination et à remporter l’enjeu des défis du développement durable, de la numérisation et de l’économie de la connaissance, qui sont des piliers pour la réussite et la prospérité des nations». Après avoir rappelé les mesures consistant en la suppression de l’IRG au profit des catégories à revenu limité, la révision du point indiciaire, la création de l’allocation chômage et l’augmentation des pensions de retraite, il a assuré que «la réflexion restera tout le temps tournée vers l’élargissement du champ de la résorption du chômage», tout en renouvelant sa «détermination à poursuivre l’écoute des principales préoccupations du monde du travail (…)» pour préserver «la protection des droits des travailleurs et leurs acquis socioprofessionnels».