Par Bouzid Chalabi
L’ultimatum lancé tout dernièrement par le ministre du Commerce et des Exportations Kamel Rezig, à l’adresse des agriculteurs pour déclarer leurs stocks avant le 30 novembre, n’a guère été apprécié par ces derniers, considérant que c’est ni plus ni moins que du «harcèlement» sous couverture d’une lutte contre la spéculation.
En signe de protestation contre cette vague de contrôle, qu’ils considèrent sans fondement, les agriculteurs concernés ont fait part de leur colère auprès de la Chambre nationale d’agriculture (CNA) et de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA). Face à cette situation, la CNA et l’UNPA réagissent, dans un communiqué commun, en indiquant que les agriculteurs font l’objet de pressions venant des brigades de contrôle relevant du ministère du Commerce. «Lesquelles pressions se font ressentir lors de l’activité des agriculteurs dans leurs exploitations ou au moment de l’entreposage de leurs récoltes dans les structures de stockage agréées ou conventionnées avec les organismes, parties prenantes dans le système de régulation et de contrôle des productions agricoles de large consommation, en place depuis plus d’une décennie», est-il mentionné dans le communiqué. Un système que l’UNPA n’hésite pas à critiquer. «Il a montré ses limites dès lors où il est devenu incapable de stabiliser les prix des produits végétales frais, alors que c’est sa principale mission», est-il souligné.
L’Union déplore ce «harcèlement» qui constitue une menace pour les vrais producteurs garants de plus de 70% de la production agricole nationale». Les auteurs du communiqué commun rappellent «le contexte difficile dans lequel les agriculteurs mènent leurs activités», citant, entre autres, que «les producteurs se retrouvent de plus en plus devant des entraves qui les freinent pour mener à terme leurs campagnes agricoles».
Sur ce dernier point, il est révélé que les agriculteurs «se retrouvent très souvent victimes des spéculateurs à différents niveaux, à commencer par l’approvisionnement en engrais, graines et autres pesticides, jusqu’à l’écoulement des récoltes sur les marchés de gros de fruits et légumes» sur les étals de nos produits sur les marchés», attestent-ils.
Toujours selon cette même source, «les fellahs s’inquiètent de leur avenir du fait de la terrible hausse des prix des intrants et des facteurs de production, tels que les engrais, les pesticides et les fourrages. Néanmoins, ils se disent conscient des défis actuels entre autres de mettre fin au diktat de la spéculation. Cependant, ils refusent d’être considérés comme acteurs dans la spéculation. Des accusations infondées mais qui salissent l’image de leur profession aux yeux de l’opinion publique», est-il rapporté. Dans ce sillage, on apprend que les agriculteurs insistent sur la nécessité de distinguer entre stockages organisés et tout à fait nécessaire, voire incontournable, qui plus est, agréés, et les pratiques spéculatives. Ainsi et pour faire la part des choses, «les agriculteurs demandent aux autorités, qu’au lieu de les incriminer, de faire en sorte qu’ils soient impliqués dans la bataille contre la spéculation, ne serait-ce qu’en prenant en compte leurs propositions réalistes à même d’annihiler tout tentative de spéculation envisagée par des personnes sans scrupule», est-il mentionné.
Enfin, les rédacteurs du communiqué estiment qu’il est nécessaire d’accompagner l’agriculteur sur le terrain, afin qu’il puisse surmonter les difficultés et résoudre les problèmes susmentionnés et fortifier la profession agricole. «De sorte à débusquer les intrus et les pseudos agriculteurs», comme souligné par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, il y a quelques jours, lors d’une sortie médiatique.
En somme, cette déclaration peut être interprétée comme une mise au point visant le ministre du Commerce. En effet, ce dernier avait indiqué, dans un entretien à l’APS, que tout agriculteur disposant d’une chambre froide ou d’un entrepôt et tout producteur ou commerçant de gros, voire importateur ou exportateur, n’ayant pas déclaré ses entrepôts auprès des services du commerce, avant le 30 novembre, sera passible de sanctions». Il n’en fallait pas tant pour que cet ultimatum provoque la colère des agriculteurs. <