D’abord écartée par les autorités sanitaires et vivement recommandée par des professionnels de la santé, le recours à l’obligation vaccinale revient au-devant de la scène. Serait-ce une option que l’Algérie pourrait mettre en œuvre face à la baisse du rythme vaccinal en raison de la réticence observée après l’accalmie de la pandémie de Covid-19 dans le pays ?

PAR INES DALI
Le Pr Fawzi Derrar, directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) répond par l’affirmative. «Bien sûr, c’est une option. Tous les moyens sont bons pour éviter que des gens meurent de cette maladie et, surtout, pour éviter qu’on vive le même scénario que celui de juillet dernier», a-t-il déclaré, argumentant qu’il est impensable qu’on laisse quelqu’un choisir entre revenir à une situation tellement compliquée, avec un grand besoin d’oxygène, de concentrateurs, etc., et avoir une immunité. Il s’agira, selon lui, «chacun à son niveau, de faire la meilleure stratégie pour que le maximum de gens soient vaccinés». Le recours à l’obligation n’est donc pas écarté, et c’est «un processus commun qui nécessite l’adhésion de plusieurs secteurs et une prise de décision multidirectionnelle», a-t-il affirmé sur les ondes de la Radio nationale.
Cette option a été évoquée à mainte reprise par d’autres spécialistes qui, tout en indiquant qu’il ne s’agit pas d’aller vers une obligation des personnes, mais en instaurant des «barrières pour l’accès à certains lieux publics, comme les lieux de loisirs» semble finalement envisageable.
Tout en confirmant le chiffre de 10 millions de vaccinés mais sans donner de détails quant au nombre de primo et totaux-vaccinés, il estime qu’on pourrait vacciner le reste de la population éligible à la vaccination d’ici la fin de l’année pour atteindre l’objectif fixé, comptant sur une réédition de «l’afflux massif» quand il y a eu la recrudescence des contaminations à la vague de juillet. «On a vu toute la bousculade pour se faire administrer l’anti-Covid-19. Maintenant qu’on enregistre une décrue des contaminations, il y a recul de la vaccination. Toute la complexité est de faire comprendre à la population qu’il ne faut pas attendre qu’une vague apparaisse pour se faire vacciner, car lorsqu’on a reçu l’antidote, il faut attendre au moins un mois et demi pour être protégé contre la Covid-19», a déploré le Pr Derrar. Il a expliqué que les citoyens doivent comprendre que «le fait d’être vacciné pendant une vague est considéré comme un retard dans la vaccination, ce que beaucoup de gens ignorent», avant de signaler que «le meilleur moment de se faire vacciner, c’est à l’heure actuelle», c’est-à-dire «au moment où on a une décrue manifeste et où on peut allègrement se faire vacciner et avoir une immunité qui nous permet d’affronter une éventuelle prochaine vague si elle arrive». D’où, il n’écarte pas la survenue d’une éventuelle quatrième vague, avant d’alerter que le risque d’être atteint par le Covid-19 et d’en décéder restera présent même après l’extinction de la pandémie pour les non-vaccinés. L’option de l’obligation vaccinale est donc envisageable maintenant que l’Algérie est à «la croisée des chemins» face à la pandémie de Covid-19.
«Les non-vaccinés, un danger pour eux-mêmes et pour la société»
Pour pouvoir atteindre le taux de vaccination fixé, à savoir 70%, il faudra «accélérer les campagnes de sensibilisation en étant agressif sur le plan de la communication», a préconisé l’invité de la Radio nationale, tout en relevant que certaines failles ont été constatées sur ce plan, lorsque certains débats ont été lancés, comme ceux portant sur la vaccination ou non des femmes enceintes et des enfants, alors que ce sont des débats qui étaient, normalement, de l’apanage des scientifiques. «C’est un débat purement scientifique qu’il faut laisser pour les scientifiques. Pour le commun d’entre nous, l’essentiel est que les gens qui ne sont pas vaccinés représentent un danger pour eux-mêmes et pour la société. C’est pour cela qu’il faudra axer sur ceux-là car même si l’immunité collective sera là, elle n’est pas infranchissable. Les gens à risque actuellement et qui peuvent mourir de Covid, et qui pensent qu’ils pourront passer à travers les mailles du filet (de la maladie), ils doivent savoir qu’ils seront exposés au risque et au décès par Covid même à la fin de la pandémie», a-t-il averti. «Ceux qui n’ont pas été vaccinés, même si la pandémie de Covid-19 disparaît, ils seront toujours exposés à attraper le virus», a insisté le Pr Derrar.
S’exprimant sur la possibilité d’administrer une 3e dose d’anti-Covid-19, le premier responsable de l’IPA a d’abord indiqué que selon les recommandations internes des pays qui ont commencé la vaccination avant, les connaissances montrent que la protection vaccinale pour ces pays – qui ont maintenant huit ou neuf mois de vaccination – diminue au fil du temps. «Maintenant, nous savons qu’en termes d’infection, il y a une diminution de la protection immunitaire par le vaccin. Mais heureusement, et c’est la bonne nouvelle, c’est que la protection par rapport aux formes graves de la maladie et aux décès, reste toujours la même avec un niveau très élevé. Par contre, la protection contre les infections courantes a diminué et c’est pour cela que pour les sujets âgés de 80-90 ans, certains pays essayent de donner une 3e dose pour compenser la perte d’immunité post-induite par la vaccination».
3e dose ? Il faut d’abord administrer les deux autres !
En Algérie, «il faut déjà qu’on aille vers les deux doses pour pouvoir parler de la 3e», a-t-il dit, reconnaissant, ainsi, qu’il reste encore beaucoup à faire pour convaincre une bonne partie des citoyens, étant donné que «beaucoup de gens ne sont pas vaccinés». Actuellement, nous sommes sur un schéma vaccinal de deux doses, mais d’autres pays en sont à trois pour avoir une bonne immunité. Il se pourrait, donc, que le bon régime vaccinal soit trois doses. Mais on n’en est pas encore là», -t-il souligné, notant qu’en Algérie «on est à la recherche du régime optimal pour avoir une totale protection immunitaire».
Le directeur général de l’IPA a noté qu’il y a actuellement une réticence par rapport au vaccin, alors que durant la 3e vague, les citoyens se sont rués vers les centres vaccinaux «par peur» d’attraper le Covid. «On peut dire que la peur qu’ont eu les gens de tomber malades en juillet a vaincu la peur du vaccin. Il y avait un afflux massif. Mais dès qu’il y a eu décrue des contaminations, la réticence est réapparue. Il y a un phénomène d’hésitation. On ne se bouscule pas pour les vaccins malgré les données montrant que la vaccination est le moyen le plus sûr et l’unique pour sortir de la pandémie, mais aussi d’apporter une protection individuelle, surtout pour les sujets à risque», a-t-il encore regretté.