La stratégie vaccinale anti-Covid-19 telle que menée actuellement en laissant le choix de se faire vacciner ou non a montré ses limites, alors que l’inéluctable quatrième vague arrive à grands pas, de l’avis de l’ensemble des professionnels de la santé.

PAR INES DALI
Ces derniers estiment qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure et que cela est devenu même «indispensable de changer de stratégie» au vu de la situation épidémiologique qui démontre une reprise des cas, des décès et des malades en soins intensifs.
Faut-il attendre l’inévitable pour que la vaccination atteigne le rythme souhaité ? C’est là une question que se posent les différents intervenants dans le secteur sanitaire qui ne cessent de sensibiliser que la vaccination est la seule solution qui permet d’éviter une vague violente. Pour eux, il n’est plus question de perdre plus de temps, cela d’autant que la hausse des cas signalés manque de précisions, dans le sens où de nombreuses donnes restent inconnues. Jusqu’à présent, «on ne sait pas si l’évolution de l’épidémie se présentera sous forme de petites vagues ou si elle sera sous forme d’une vague un peu intense», a estimé le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, soulignant le rôle de la vaccination qui permet d’arriver à l’immunité collective.
En outre, hormis la déclaration du nombre de cas qui augmente, ce qui devrait suivre en communiquant leur localisation n’est pas divulgué avec exactitude. Le Pr Djamel Eddine Nibouche, chef de service cardiologie à l’hôpital Nafissa-Hamoud (ex-Parnet) à Alger, l’a clairement signifié : «Tant que le virus continue de circuler et que la vaccination n’a pas avancé, on restera toujours en danger. Et nous, en tant que professionnels de la santé, en tant que scientifiques, nous sommes avides d’informations scientifiques. On nous dit qu’il y a une centaine de cas par jour. D’accord. Mais où se trouvent les clusters ? Il n’y a pas de cartographie». Ainsi, pour les spécialistes, il n’est pas aisé de travailler dans l’approximation. Des clarifications doivent être données pour qu’ils puissent travailler en toute sérénité. «Je voudrai bien qu’il y ait cette cartographie en nous disant voilà les régions d’Algérie où se situent le nombre le plus élevé de cas et qu’on puisse voir l’évolution de ces cas», a-t-il ajouté en se demandant «où se trouvent les clusters pour pouvoir enrayer la pandémie». La seule indication qui existe est que ce sont «les grandes villes, comme Constantine, Alger et Oran qui connaissent une hausse des cas» de Covid-19, avait indiqué le directeur général de l’Institut Pasteur Algérie en début de semaine. Ce qui reste insuffisant et de plus amples informations doivent être fournies pour que la situation puisse être maitrisée.

Localiser les clusters
«Quand on parle d’évolution d’une épidémie par vagues, les solutions existent. Pour éviter une épidémie meurtrière, la première solution, c’est de bien maitriser les clusters, où sont-ils… Il faut bien les maitriser sur le plan épidémiologique», a affirmé le Pr Nibouche, qui a saisi cette occasion pour se demander «où est passée la commission en charge de cela» et «qu’a-t-elle fait», réitérant que de telles informations devraient leur parvenir en tant que professionnel de la santé. «Quand on doit lutter contre ces clusters, on doit savoir où ils sont pour qu’ils ne puissent pas s’éparpiller vers l’ensemble du territoire national et pour qu’il n’y ait pas un virus mutant en Algérie», a-t-il tenu à noter.
Comme tous ses autres confrères, il a abordé la vaccination qu’il estime être «le deuxième point important» dans la situation actuelle. «Il faut absolument changer de stratégie en matière de vaccination. Il faut être plus agressif», a-t-il fortement suggéré. Pour lui, vu que le pays est «dans une épidémie aussi grave que celle du Covid-19» et il n’est donc pas recommandé d’«hésiter» et de «laisser le choix au citoyen qui dit je ne me vaccine pas je suis en bonne santé ! Il faut absolument que la vaccination soit obligatoire. Nous devons absolument obliger les Algériens à se faire vacciner et nous avons dit qu’il fallait commencer par le corps paramédical et médical, les universitaires, les étudiants, les enseignants de l’éducation nationale pour, évidemment, diminuer de la mortalité de cette maladie». La réticence dans le milieu sanitaire est encore une fois citée, ce qui est inquiétant car il y a un grand risque que les malades ou les simples consultants n’ayant pas le Covid puissent l’attraper dans les hôpitaux ou chez dans les cabinets de leur médecin traitant lorsque ces derniers ne sont vaccinés. L’obligation vaccinale de cette catégorie de profession n’est plus à démontrer. L’Organisation mondiale de la santé y a fait référence et la mesure est appliquée partout dans le monde. Hier encore, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a renouvelé son appel aux professionnels du secteur sanitaire à se vacciner contre le Covid-19. L’appréhension du Pr Nibouche vient du fait que «lorsqu’il y a recrudescence de cette maladie, on ne sait pas s’il va y avoir un variant mortel en Algérie, et c’est cela qu’il faut éviter», a-t-il prévenu. Il a salué le fait d’avoir «commencé par imposer le pass sanitaire» mais relevé que «c’est trop timide et trop lent», alors qu’il faut «avancer rapidement». Il appui ses dire en rappelant que «la situation est dramatique dans le monde». «C’est une épidémie qui traine encore. Nous allons entamer la troisième année. Où allons-nous comme ça ? C’est une épidémie qui va s’éterniser», a-t-il souligné. Pour sa part, le ministre de la Santé a réaffirmé, hier, l’éventualité de la quatrième vague en Algérie, soutenant que «toutes les mesures et précautions nécessaires ont été prises pour faire face à une telle situation». Il a, également, appelé les citoyens à profiter de «la relative stabilité enregistrée en matière de nombre de contaminations pour recevoir le vaccin qui est disponible en quantités suffisantes», tout en insistant que la vaccination «reste le seul moyen pour faire face» au Covid-19, et les exhortant à surmonter leurs peurs et leurs doutes quant à l’efficacité du vaccin. <