Cette mesure s’inscrit en droite ligne de la lutte contre l’argent sale, menée ces deux dernières années, et qui a abouti à l’incarcération de premiers ministres, de ministres, de walis et de Directeurs généraux d’institutions publiques.

Par Khaled Remouche
Le chef de l’Etat vient de donner instruction au gouvernement, à l’issue du Conseil des ministres tenu dimanche dernier, de créer une nouvelle structure de lutte contre la corruption. Cette instance est chargée d’enquêter «sur l’enrichissement des fonctionnaires publics sans exception à travers des procédures légales et rigoureuses pour la lutte contre la corruption et l’identification de l’origine de leurs biens», lit-on dans le communiqué officiel rendu public hier. Ce qui veut dire que les enquêtes pourront toucher les hauts fonctionnaires, en clair, les premiers ministres, les ministres, les walis, les directeurs généraux d’institutions de l’Etat.
Cette mesure s’inscrit donc en droite ligne de la lutte contre l’argent sale menée ces dernières années qui a abouti à l’incarcération des oligarques et une myriade de hauts fonctionnaires, Premiers ministres, ministres, Directeur général de la DGSN et de hauts officiers de l’armée. Contacté à ce sujet, une source sûre proche du ministère de la Justice observe que cette nouvelle structure accentue le problème de la superposition des instances chargées de la lutte contre la corruption. La même source rappelle que la loi sur la corruption de 2006 a prévu la création de l’office central de prévention et de lutte contre la corruption, qui est devenu opérationnel en 2008. Cette structure est considérée, ajoute-t-il, comme un appareil parallèle à la justice. Il est actif sur le terrain. Il a toutes les attributions et peut mener des enquêtes sur les hauts fonctionnaires et déposer plainte devant la justice. Ses enquêteurs font fonction de police judiciaire. Cette structure rattachée au ministère de la Justice avait été gelée pendant plusieurs années puis réactivée récemment.
Au début de la seconde décennie 2000, un décret présidentiel crée l’organe national de prévention et de lutte contre la corruption. Rattaché à la Présidence, il est chargé d’études sur le sujet et de soumettre des recommandations en matière de lutte contre la corruption. Tout comme la première, ses activités ont été gelées. En somme, la création des deux structures n’a pas empêché que pendant près de deux décennies, la corruption et celle des hauts fonctionnaires sont devenues un sport national. La même source ajoute que la seconde structure fait double emploi avec la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption. Le chef de l’Etat, au cours du Conseil des ministres, a appelé aussi à déterminer l’organisation, la composante et les prérogatives de cette Haute autorité créée par la nouvelle Constitution. Le premier magistrat du pays a, en outre, sommé le gouvernement d’intensifier les actions préventives, à commencer par la définition de nouvelles conditions précises pour l’annonce des marchés et des appels d’offres dans les journaux. Ainsi, à l’existence des deux premières structures opérationnelles aujourd’hui se superposent la Haute autorité et la nouvelle instance précitée pour traquer l’enrichissement illicite des hauts fonctionnaires. La question est de savoir si en cette période de crise, l’Etat peut se permettre le luxe de financer quatre structures ? Ce qui est étranger à la rationalité des dépenses, nous semble-t-il. Il convient, plutôt, de renforcer les deux premières structures, de les conduire par un contrôle, un suivi et un appui politique à plus d’efficacité au lieu de créer de nouvelles structures qui vont ajouter de nouvelles dépenses à l’ardoise de l’Etat, laisse entendre la même source.