Par Fazil Asmar
Le programme d’action du gouvernement dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion, d’après l’expert en économie et ancien Directeur général des études économiques à la Cour des comptes, Abderrahmane Mebtoul, doit délimiter clairement les prérogatives des institutions de contrôle par des mécanismes de régulation transparents.
Le programme du gouvernement, rapporte-t-il, consacre des sections sur la gestion efficace et transparente des finances publiques, ainsi que la prévention et la lutte contre la corruption, en préconisant l’adoption d’un mode de règlement à l’amiable garantissant la récupération des biens détournés. «Ce mode pourrait être mal interprété et entraîner une névrose collective au niveau de la population. De plus, selon la majorité des experts juristes, il est pratiquement impossible de récupérer des capitaux placés dans des paradis fiscaux, en actions ou obligations anonymes ou mis sous le nom de tierces personnes», prévient-il.
Par ailleurs, pour lui, il ne faut pas confondre acte de gestion, dont la dépénalisation est nécessaire, et corruption. «Le contrôle, sur le plan politique, passe par la démocratisation de la société et, sur le plan technique, par la Cour des comptes. Les intentions de moralisation de la gestion de la cité sont louables à condition d’avoir un front national interne solide face tant aux tensions budgétaires que sociales et géostratégiques», estime-t-il.
Il fera remarquer que ce ne sont pas seulement les entreprises publiques qui gèrent mal, s’accaparant d’une partie importante du financement public, mais également l’administration et les services collectifs. «S’est-on interrogé une seule fois sur le prix de revient des services de la présidence, du chef du Gouvernement, des différents ministères, des wilayas et des APC, de nos ambassades ? Du coût des différents séminaires, réceptions et commissions par rapport aux services rendus à la population algérienne ?», souligne-t-il. A ce titre, il convient, selon lui, de se poser la question sur l’efficacité des transferts sociaux, souvent mal gérés et mal ciblés, ne s’adressant pas toujours aux plus démunis.
«Il semble qu’à travers toutes les lois de finances, l’on ne cerne pas clairement les liens entre les perspectives futures de l’économie algérienne et les mécanismes de redistribution devant assurer la cohésion sociale, donnant l’impression d’une redistribution passive de la rente des hydrocarbures sans vision stratégique», note-t-il. En raison de la faiblesse de notre vision stratégique globale, constate-t-il, le système algérien tant salarial que celui de la protection sociale est diffus.
Le contrôle le plus efficace, d’après lui, passe par une plus grande démocratisation, l’APN et le Conseil de la nation devant en principe jouer un rôle de contrepoids par des critiques et des propositions productives. «L’efficacité du contrôle passe nécessairement par une lutte contre le terrorisme bureaucratique qui enfante la corruption et contre l’informel qui affaiblie la politique financière de l’Etat. Un contrôle efficient exige un système d’information transparent et fiable», dit-il. Pour conclure, il assurera que la lutte contre la corruption passe par une coordination sans faille des institutions de contrôle, relevant de plusieurs centres de décisions et devant être reliés aux réseaux internationaux, tout en évitant les télescopages qui neutralisent les actions. <