Le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a inauguré, hier, en grande pompe l’unité de production du Sinovac algérien.

Constantine : Hamid Bellagha
Aïmene Benabderrahmane était accompagné dans son déplacement à Constantine par les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Abdelbaki Benziane, de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, du Commerce et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, des Transports, Aïssa Bekkai, de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, et de l’Industrie Pharmaceutique, Abderrahmane-Djamel-Lotfi Benbahmed, ainsi que, une première, des journalistes étrangers et une délégation diplomatique composée essentiellement d’ambassadeurs accrédités en Algérie, dont celui de la Chine, «question de faire la promotion du vaccin algérien», dira le Premier ministre dans les laboratoires de Saidal.
L’œil alerte, le Premier ministre entamera sa visite par «un savon» passé aux responsables de l’aéroport Mohamed-Boudiaf estimant «indigne de la ville de Constantine» des entrées indigentes dudit aéroport. Il donne un mois aux responsables pour remettre de l’ordre. On saura sur place que sur l’agenda de Benabderrahmane, et en plus du «jour de l’indépendance pharmaceutique», figurait aussi un tour à Ali-Mendjeli afin d’inaugurer la dernière tranche du tramway de Constantine. Mais c’est à la zone industrielle Palma, de la capitale de l’Est où se situe le siège de Saidal que les visiteurs d’un jour étaient désireux de découvrir, que l’essentiel de la visite ministérielle eut lieu. Sur place, et par vidéoconférence, nous avons eu l’agréable surprise de voir le premier responsable de la firme chinoise Sinovac décréter, et sans équivoque, et pour mettre le holà aux mauvaises supputations des uns et des autres sur l’efficacité du vaccin made in Algérie, : «Si nous n’avions pas confiance, et si nous ne connaissions pas les capacités algériennes dans le domaine pharmaceutique, nous n’aurions pas autorisé sa fabrication par notre partenaire algérien (Saidal : ndlr ).» D’ailleurs, plusieurs cadres de Saidal nous ont déclaré avoir reçu plusieurs «remarques» et attentions de la part de Sinovac avant l’entame de la production.
De son côté, Aïmene Benabderrahmane, avec un sourire grand comme ça, malgré la bavette qui cachait ses traits, déclare : «C’est un jour béni, particulier pour l’Algérie… J’ai l’honneur de vous présenter le premier vaccin algérien, résultat d’une technologie et biotechnologie complexes, mais maîtrisées par des cadres algériens. Nous sommes fiers d’eux et aussi du ministre de l’Industrie pharmaceutique ainsi que de la Directrice générale de Saidal. Nous allons exploiter le vaccin sous le nom de CoronaVac, en accord avec notre partenaire chinois.»

La revanche de Saidal
Aïmene Benabderrahmane ajoutera, plus tard, dans une mini-conférence de presse, que la production du vaccin Sinovac «n’est que le début des germes de l’Algérie nouvelle. Ce vaccin fait suite aux sacrifices des cadres de la santé et de Saidal et aux efforts consentis pour le développement de la production de médicaments en Algérie.»
Il faut souligner que l’Algérie est le seul pays producteur africain à avoir décroché la licence de production du vaccin chinois CoronoVac. Il faut aussi savoir que le partenariat entre Saidal et Sinovac a fait très fort. La production du vaccin CoronoVac au niveau de l’unité de Constantine est forte, elle sera de 320 000 doses par jour sur une journée de travail de 8 heures. Un million de dose sera prêt à être inoculé au mois d’octobre, la production d’un mois, et 5,3 millions au mois dès janvier 2022, en doublant la cadence de la production, pour arriver à 100 millions de doses annuellement, puis 200 millions, synonyme d’exportation vers les pays africains, notamment et une participation active au programmes africain de vaccination.
Les négociations entre les deux partenaires, Sinovac et Saidal, ont commencé au mois de mai 2021. Un contrat a été signé le 25 juillet 2021. Le 27 du même mois, une délégation chinoise s’est déplacée à Constantine pour constater de visu les capacités de Saidal quant à la production du vaccin.
Le 27 août, le premier lot de 1 000 litres de matières premières est arrivé à l’unité Saidal, nécessaires à la production de 1,7 million de doses. Il y a eu ensuite des cycles de formation technique et pratique au niveau de l’institut Pasteur d’Alger, pour entrer dans la phase de production qui a commencé moins d’un mois après.
Donc après le «SinovAlgérie», Saidal pourra passer au «SinovAfrica», permettant à l’Algérie, comme le soulignera le Premier ministre, de «réduire fortement le coût du vaccin, puisque produit localement», et même une rentrée appréciable de devises après l’autosuffisance et le passage à l’exportation.
Cette entrée en production d’un vaccin algérien par Saidal permet à l’entreprise publique de revenir dans la cour des grands après un passage à vide voulu par des décideurs d’un autre temps, qui ont sapé celle qui fut le fleuron de l’industrie pharmaceutique dans les années 1970 et 80, pour permettre à des indus producteurs de produits pharmaceutiques, et surtout des importateurs privés, de régner sur un secteur stratégique de la santé. Hier, Saidal a repris la place qui était la sienne dans un secteur où l’Algérie vise carrément une autosuffisance à brève échéance.