La «relative stabilité» de la situation épidémiologique, soit une stabilité pouvant changer à tout moment, commence à être un peu plus visible avec des contaminations en hausse ces derniers jours, alors que la vaccination se poursuit à un rythme toujours aussi lent.

PAR INES DALI
Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, a estimé à ce propos que la vaccination contre le coronavirus n’a pas vraiment évolué depuis la mi-mars. Durant cette période, le Dr Yousfi, avait évalué le taux de vaccination à 0,17%. La petite évolution qu’il a connue depuis reste dérisoire.
«Nous sommes toujours à l’état embryonnaire en termes de vaccination. Il n’y a pas une grande différence entre la mi-mars et maintenant en termes d’avancement dans la vaccination anti-Covid-19. Avec les un peu plus de 360.000 nouvelles doses importées au début du mois, on est à peine à 1% de taux de vaccination ou un peu plus», a-t-il estimé dans une déclaration à Reporters. Et au Dr Yousfi de détailler un peu plus : «Avant, on avait eu 300.000 doses qui ont été utilisées pour vacciner 150.000 personnes. Il y a eu ensuite l’arrivage des 364.800 doses il y a quelques jours. Tout ce que nous avons reçu jusqu’à présent représente un total de 664.800 doses. Lorsque ces doses seront toutes utilisées – pour le moment elles n’ont pas toutes été administrées – nous aurons vacciné un peu plus de 300.000 personnes (exactement 332.400 personnes, ndlr), alors que nous devons normalement vacciner un peu plus de 20 millions de personnes».
Ainsi, chiffres à l’appui, le Dr Yousfi démontre la lenteur de la cadence de vaccination, que d’ailleurs même les autorités sanitaires ne nient pas, et regrette cet état de fait alors que la situation épidémiologique actuelle devrait être mise à profit pour un calendrier vaccinal devant toucher le maximum de personnes. «A ce rythme, on attendra longtemps avant d’atteindre le taux de vaccination escompté», a-t-il dit. «Le paradoxe, c’est que nous avons une situation épidémiologique très favorable que nous envient beaucoup de pays et on ne peut malheureusement pas profiter de cette situation d’accalmie pour accélérer la vaccination. Pourtant, c’est maintenant que nous devons accélérer», a-t-il poursuivi.
Il a expliqué en citant l’exemple des pays européens qui sont «en train de vacciner vite parce qu’ils ont atteint le pic, d’où les effets de la vaccination ne se feront ressentir que lorsqu’ils auront atteint 100% de taux de vaccination». En revanche, «en Algérie, si nous arrivons à vacciner bien plus maintenant, alors que nous n’avons pas beaucoup de cas de contaminations ni de décès, cela voudra dire qu’on arrivera à l’immunité collective à moindre frais», a argumenté Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP). «Le taux de 1% ou un peu plus est largement insuffisant pour atteindre la fameuse immunité collective», a conclu notre interlocuteur sur ce chapitre.
A moins que l’Algérie ne parvienne à s’approvisionner le plus vite possible chez d’autres fournisseurs, étant donné que le mécanisme Covax ne peut plus fournir les quantités prévues, la vaccination pourrait durer bien au-delà des estimations, surtout que l’objectif à atteindre en termes de taux vaccinal est de l’ordre de 70% de la population, soit environ 20 millions de personnes.
Seul le respect des gestes barrières…
A propos d’accalmie de la situation épidémiologique, le Dr Yousfi a assuré que la situation est «stable» à l’EPH de Boufarik qui a reçu «hier cinq PCR positifs». Les derniers jours, a-t-il encore fait savoir, «on n’a eu, dans cet environnement de stabilité, que de très légères hausses, comme dans l’ensemble du pays». La situation semble avoir un peu changé dans cet hôpital. A l’EPH de Boufarik, «on tournait autour de 2 ou 3 malades hospitalisés par jour. Depuis environ une semaine, je dirai qu’il y en a tout de même un peu plus, nous avons entre 3 et 6 hospitalisations par jour», a indiqué le chef de service infectieux de cet hôpital. Mais d’une façon générale, «la situation est stable au niveau de l’hôpital. Entre cas suspects et cas confirmés, nous sommes autour d’une quinzaine de personnes, au maximum une vingtaine parfois, et ça, c’est le rythme que nous avons depuis le mois de janvier», a-t-il ajouté.
Une stabilité qui doit être maintenue grâce à la conjugaison des efforts de tous, population et pouvoirs publics, en attendant une vaccination à la hauteur des espérances. Le Dr Yousfi n’omet pas de relever, dans ce cadre, que le mois de ramadan en cours est synonyme de regroupements un peu partout, que ce soit dans les lieux publics et même au sein des familles, ce qui est «propice à la propagation du virus». Il lance ainsi un appel à la population de faire preuve de la plus grande vigilance car, encore une fois, «seul le respect des gestes barrières et des protocoles sanitaires nous protègent contre le Covid-19 dont les variants touchent de plus en plus de jeunes», a-t-il tenu à noter. <