Avec la décrue de la pandémie, les citoyens se sont sentis rassurés et la plupart ont fini par abandonner les gestes barrières et bouder les centres de vaccination…

PAR INES DALI
L’Algérie connaît une tendance baissière du nombre des contaminations à la Covid-19, qui est passé de près de 2 000 cas en juillet à moins de 200 cas, il y a quelques jours. La même tendance baissière est observée pour les décès. Une détente est également constatée au niveau des hôpitaux, où la pression a considérablement baissé avec un nombre d’hospitalisations Covid assez bas qui permet au personnel de souffler et d’aller en congé. Cette situation qui semble confortable peut, toutefois, basculer à tout moment en raison de plusieurs indices qui ne laissent pas indifférents les spécialistes. Des indices qui laissent entrevoir la précarité de la situation actuelle d’accalmie et le risque d’une quatrième vague, surtout que le rythme de la vaccination connaît un recul palpable, de l’aveu-même des responsables des centres de vaccination.
Avec la décrue de la pandémie, les citoyens se sont sentis rassurés et la plupart ont fini par abandonner les gestes barrières. Les masques sont de moins en moins visibles dans la rue, les marchés, les lieux de loisirs et autres lieux publics. Dans les bus et autres moyens de transport comme les trains et les tramways, ce n’est pas mieux. Quant à la distanciation physique, elle est carrément mise aux oubliettes. Les regroupements, entre autres, des parents d’élèves à la sortie de l’école le prouvent amplement. Il n’y a que dans les grandes surfaces, du moins dans la capitale, où le protocole sanitaire est plus ou moins respecté et où les agents de sécurité veillent, au moins, au port du masque et contrôlent systématiquement la température de tous ceux qui entrent.
Mais force est de constater que ce qui prédomine dans la société, c’est le relâchement quasi-généralisé, alors que la situation de psychose de la troisième vague n’est pas aussi lointaine. Le manque d’oxygène, les services Covid et de réanimation saturés, le personnel à bout de force et le nombre de décès sont-ils oubliés aussi vite une fois la tempête passée pour qu’un tel relâchement soit visible en si peu de temps ?
La pandémie peut connaître un rebond à tout moment, surtout que le variant Delta connu pour sa forte contagiosité et sa rapide transmission est celui qui circule en Algérie à plus de 99%, selon le directeur de l’Institut Pasteur d’Algérie. Malgré la baisse constatée ces derniers jours, rien ne garantit donc que le pays soit à l’abri d’une recrudescence, voire d’une éventuelle quatrième vague car, comme l’a déjà expliqué le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI), il faut savoir qu’«il subsiste toujours un fond de contaminations», soit un certain nombre de cas confirmés qui, avec le temps, finit par «se propager et transmettre le virus et provoquer, ainsi, une reprise des contaminations» à une plus grande échelle. C’est pour cela que, pour l’heure, il n’y a que la vaccination qui peut prémunir les personnes saines contre une infection à la Covid-19. Cette période d’accalmie est la meilleure pour vacciner au maximum, s’accordent à dire les professionnels de la santé, qui encouragent les citoyens à aller vers les centres vaccinaux pour recevoir leur première dose d’anti-Covid-19, surtout que les vaccins sont disponibles en quantités suffisantes. L’engouement du début a laissé place à quasiment un désintérêt à propos duquel les spécialistes continuent de mettre en garde. «Nous n’en avons pas encore fini avec cette épidémie», a averti le Dr Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Pour lui, il faut «vacciner au maximum» étant donné que le pays est dans «une période d’embellie de la situation épidémique, que les confinements sont allégés et que beaucoup d’activités sont reprises avec la rentrée sociale, comme les écoles ou encore les stades et les salles de sport (où il est exigé le certificat de vaccination bien sûr)…» Ce sont, toutefois, des lieux qui peuvent être propices à la propagation du virus, d’où l’impératif de la poursuite de la vaccination, a-t-il ajouté, tout en mettant en garde, comme l’ensemble de ses confrères, contre «les fake news et les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux». Ce sont des espaces où «tout le monde se permet de donner un avis alors qu’il n’a pas la compétence qu’il faut pour cela», a estimé, à ce propos, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP).
La vaccination reste «le seul moyen» de lutter contre la pandémie et permet d’atteindre l’immunité collective, mais devant la réticence actuelle, conjuguée au relâchement, il faut une communication institutionnelle plus convaincante, plus offensive, s’accordent également à dire les spécialistes, qui se demandent, par ailleurs, pourquoi il n’y a pas l’application de la loi concernant tout ce qui est en relation avec le manquement aux protocoles sanitaires.

L’obligation vaccinale pas du ressort du ministère !
L’obligation vaccinale, notamment pour certaines catégories professionnelles ou encore pour l’accès à certains lieux publics, est également recommandée par les spécialistes. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, en réponse aux questions de la presse en marge d’une rencontre du secteur, lundi, a répondu : «Le citoyen est conscient de l’importance de la vaccination et nous souhaitons qu’il le fasse de sa propre volonté pour endiguer la propagation du virus et protéger tous les membres de la société.» Il a précisé que «la décision d’obligation du vaccin n’est pas du ressort du secteur» de la santé. Quant à la possibilité d’administrer une troisième dose de vaccin dans la campagne nationale de vaccination anti-Covid-19, il a assuré que cela n’est pas à l’ordre du jour. «Le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus n’a pas encore évoqué cette éventualité», soulignant, en outre, que plusieurs pays n’ont pas encore examiné la possibilité d’administrer une troisième dose.
S’exprimant sur la situation épidémique, il a souligné qu’une baisse sensible du nombre des nouveaux cas confirmés et de décès a été enregistrée, après un pic atteint en juillet dernier, au moment où la campagne de vaccination a enregistré «une grande affluence» avec une moyenne de 296 000 personnes par jour. C’est ainsi qu’il a appelé à booster la campagne de vaccination en collaboration avec tous les secteurs concernés lors de cette rentrée sociale, le ministère de la Santé ayant garanti les moyens nécessaires en collaboration avec plusieurs instances. Dans ce registre, notons que la rencontre en marge de laquelle s’est exprimé le Pr Benbouzid était justement une journée de formation des cadres de plusieurs secteurs dans le projet «Réponse solidaire européenne à la Covid-19 en Algérie» qui, entre autres activités, a conclu un partenariat avec la société civile pour des campagnes de sensibilisation sur la vaccination et les gestes barrières.
Dans le cadre de ce projet financé par l’Union européenne, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD Algérie) a signé des partenariats avec sept associations nationales et de wilaya pour la mise en œuvre de ces campagnes, en leur apportant l’appui nécessaire pour leur réalisation. Ces campagnes sont «à destination du grand public et d’autres, ciblant plus spécifiquement des catégories vulnérables de la population, sur la nécessité de l’acte vaccinal et le maintien des gestes barrières» pour lutter contre la propagation de la pandémie, l’éviter ou l’endiguer, est-il indiqué dans un communiqué conjoint UE-PNUD-ministère de la Santé.
L’une des associations ayant bénéficié de ce programme, El Hayat, était ces derniers jours sur le terrain. Ses membres se sont déplacés dans des lieux à forte affluence, comme l’esplanade en face du CHU Mustapha-Bacha, ou encore en bord de mer, à la rencontre de la population qu’ils ont incité à la vaccination en expliquant ses bienfaits, et a offert des kits de protection comprenant des masques, du gel hydroa-alocoolique et des dépliants.