La reprise de la demande sur les biens et services produits localement, la mobilisation des IDE, la dynamique partenariale devront encore attendre une sortie du confinement et l’ouverture des frontières, soit une période supplémentaire estimée entre trois et six mois minimums.

Par Khaled Remouche
L’Algérie avec ses 2,5 millions de doses réceptionnées se classe parmi les derniers pays en termes de taux de vaccination contre la Covid-19 par rapport à la population. Une soixantaine de pays dans le monde ont reçu une plus grande quantité de vaccins. Quand on sait qu’il faut 40 millions de doses pour immuniser la population algérienne, on est très loin du compte. Avec la réception de 5 millions de doses attendues en juin et des quantités supplémentaires les mois suivants, la campagne massive de vaccination interviendra très certainement au cours de cet été et se prolongera au cours de l’automne. Ce qui veut dire que l’Algérie pourra espérer vacciner une grande partie de sa population vers la fin de l’année de l’année 2021, voire au cours du premier trimestre 2022. Cela est rendu possible par de moindres pressions de la demande européenne et américaine sur l’offre de vaccins à partir de ce mois de juin. Les Etats-Unis, au 4 juin, ont administré 296 millions de doses et espèrent vacciner la totalité de la population le 4 juillet, date symbolique où les Américains célèbrent la fête de l’Indépendance. Le Royaume-Uni se trouve presque dans la même situation avec 65 millions de doses. Les pays de l’Union européenne sont également bien avancés dans leurs campagnes de vaccination : la France avec 37 millions de doses, l’Italie 35 millions, l’Espagne 27 millions, l’Allemagne 52 millions. L’essentiel des populations des Etats-Unis, du Canada, de l’Union européenne, de la Chine (actuellement 700 millions de doses, premier pays en termes de doses) auront été vaccinées au cours de cet été 2021. Ce qui signifie que lorsque les locomotives de la croissance économique mondiale vont voir à partir de septembre prochain leurs économies redémarrer fortement, l’Algérie devra attendre à cause de ce décalage en termes de proportion de la population vaccinée et de ce défi d’immunisation de la population contre la Covid-19. Les répercussions sur l’économie nationale de ce glissement dans les délais de réception des vaccins sont évidentes. Après deux ans de zéro investissement direct étranger, l’année 2021 sera très certainement mauvaise dans ce domaine en raison de la persistance de la fermeture des frontières. La dynamique partenariale avec les entreprises étrangères connaîtra son blues au moins jusqu’à l’automne prochain. Quand on connaît l’importance du courant d’affaires avec les grands pays partenaires de l’Algérie, on peut deviner aisément les effets sur des filières comme l’industrie, l’énergie, les services et l’économie de la connaissance. La reprise d’une demande significative sur les biens et services nationaux devra également attendre. La chute de la consommation en raison d’une érosion du pouvoir d’achat et des difficultés à trouver ou à maintenir son emploi en raison des effets de la demande pénalise nombre d’entreprises déjà affectées par les retombées de la crise financière.

Des signes positifs à consolider
Au tableau rose, il convient d’observer que la situation financière de l’Algérie, en 2021, sera certainement meilleure que celle de l’année dernière. Des signaux positifs sont à signaler comme les prix du pétrole qui ont été au-dessus de 60 dollars au cours du premier semestre 2021 et qui ont de fortes probabilités de se maintenir à ce niveau au cours du second semestre 2021, confortés par une reprise significative de l’économie mondiale attendue à l’automne prochain. L’autre signal positif est la hausse des exportations hors hydrocarbures ; plus de 64 % au cours des quatre premiers mois de l’année 2021 (1,14 milliard de dollars) et qui augurent des entrées en devises hors hydrocarbures plus importantes qu’en 2020. Si cette évolution positive se confirme au cours du second semestre, il est clair que les difficultés financières du pays seront atténuées. Mais l’Algérie ne sera pas dans une situation d’aisance financière, loin s’en faut, tant que les besoins de financement du budget resteront forts importants. Dans ce contexte, des économistes insistent sur la nécessité de préparer ce redémarrage de l’économie au sortir du confinement et à l’ouverture des frontières du pays. Par ailleurs, des changements économiques sont attendus après l’installation d’un nouveau gouvernement, reflet des tendances dominantes issues des résultats des élections législatives du 12 juin. Le bon sens indique que les mois à venir devraient servir à faciliter l’octroi de nouveaux crédits d’exploitation aux entreprises de production affectées par la crise sanitaire, sans laquelle il ne serait pas sérieux d’envisager une véritable relance de l’économie. Cette période devrait également être mise à profit pour préparer ces changements. Car le redémarrage durable de l’économie nationale dépend de ces réformes : bancaire et financière, du budget, des subventions, de la fiscalité locale, de l’amélioration du climat des affaires, de l’administration, du nouveau code du commerce, de la révision de la législation des changes.
Tous ces chantiers appelés à être ouverts et achevés depuis plusieurs années constituent le fondement d’un redémarrage véritable de l’économie nationale attendu à partir de 2022. Leur report de nouveau risque d’entretenir la crise financière qui secoue l’Algérie depuis la chute brutale des prix du pétrole en 2014. Tout cela demande probablement un sacrifice, mais seul un partage du fardeau pourrait convaincre la population d’accepter les retombées sociales de ces changements dont les fruits ne seront récoltés qu’à moyen terme. n