Alors que l’Algérie vient à peine de démarrer la vaccination de masse, si celle-ci ne devait pas connaitre de perturbations et en attendant qu’elle soit généralisée à travers toutes les wilayas du pays, la situation épidémique actuelle est loin d’être rassurante. Elle se dégrade au fil des jours. Cette alerte vient des spécialistes qui tirent la sonnette d’alarme quant à la hausse considérable des cas de Covid-19 dans le pays.

PAR INES DALI
La courbe épidémique l’illustre parfaitement et les cas s’approchent de plus en plus des 400 personnes contaminées quotidiennement. En l’espace de deux semaines, soit du 28 mai au 11 juin, l’Algérie a enregistré un nombre total avoisinant les 5000 cas confirmés.
La conséquence directe de ces hausses journalières est le risque d’avoir une saturation des services Covid et de réanimation au niveau des hôpitaux, notamment ceux des grandes villes les plus touchées par la pandémie comme la capitale, à titre d’exemple, qui commence à enregistrer plus d’une centaine de cas par jour. Ce qui est dramatique et qui n’est absolument pas à négliger face à cette augmentation des cas, c’est que la maladie de Covid-19 peut être à l’origine de «séquelles irréversibles» pour ceux qui en guérissent, selon les avertissements des professionnels de la santé.
«La situation épidémiologique n’est actuellement pas satisfaisante, les chiffres enregistrés sont élevés», de l’avis du professeur Lyès Rahal, directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP) et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. Un avis que partage un autre de ses confrères, le Pr M. Laribi, chirurgien thoracique au Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Béni Messous. «Les cas recensés de coronavirus sont en hausse et, aujourd’hui comme hier, la situation pandémique chez nous reste alarmante», a-t-il averti. En fait, la communauté des spécialistes de la santé s’accorde à dire que la situation épidémique est inquiétante depuis plusieurs semaines déjà.
Le cumul de centaines de malades hospitalisés par jour ne peut que conduire à une saturation en matière de lits disponibles. «Sur les 5000 lits réservés aux services Covid, 2500 sont occupés, soit un taux d’occupation actuel de 50%», a fait savoir hier le Pr Rahal sur les ondes de Radio Sétif, non sans mentionner que ce taux est plus important dans certaines wilayas. «Des wilayas enregistrent un taux supérieur à la moyenne nationale», a-t-il dit, citant le cas de la capitale dont le taux d’occupation des lits est de l’ordre de 64%. Les autres wilayas qui connaissent une hausse des cas ces derniers temps sont, outre Alger, M’sila, Blida, Tizi Ouzou et Oran, selon le directeur général de l’INSP.
Comme généralement les lits réservés à la réanimation sont bien moindres, il est fait état carrément d’«une saturation au niveau des services de réanimation» notamment «dans la capitale» où certains vont jusqu’à dire qu’«il n’y a plus de place même pour un seul malade de plus».
Ainsi, le coronavirus est toujours là et continue de contaminer des centaines de personnes par jour. Ce qui, pourtant, n’empêche pas la situation de relâchement en matière de respect des gestes barrières même si les mises en garde des spécialistes n’ont pas cessé un seul jour. A ce propos, le professeur Rahal a encore averti que «le virus tue toujours» et qu’actuellement les jeunes sont également touchés par cette maladie. Un autre médecin a indiqué que parmi les malades qui arrivent dans les hôpitaux, «il y en a qui sont âgés de 35 ans, 40 ans».

La maladie de Covid-19 peut provoquer des séquelles irréversibles
Après le constat de la hausse des cas de coronavirus, le Pr Laribi a estimé que «la maîtrise ou bien la prise en charge dans notre pays, malheureusement, s’affiche comme un problème triptyque avec des retombées négatives sur notre économie, sur la vie de nos concitoyens». Comme premier problème, il a indiqué qu’on assiste «vraiment à un relâchement total dans le respect des gestes barrières». Comme second problème, dont il a dit qu’il est purement médical, il a évoqué «l’absence ressentie d’une bonne stratégie de prévision d’un plan national vaccinal qui doit renforcer le protocole sanitaire». Le troisième problème est, selon lui, «gouvernemental, c’est-à-dire la présence de l’Etat dans le contrôle du protocole sanitaire dans les lieux publics».
A son tour, il ne manque pas de lancer un appel aux Algériens que «le Covid-19 est une réalité pandémique grave». Pour étayer son propos, il ajoute que «le nombre de décès communiqué par le ministère de la Santé est d’une moyenne de 9 à 10 décès par jour. Ce qui veut dire une moyenne de 300 décès par mois. C’est très grave ! Par conséquent, et c’est la mauvaise surprise, c’est que la maladie provoque par la suite des séquelles très graves sur les structures anatomiques, surtout sur les plans respiratoire et cardiaque».
Et au Pr Laribi d’enchaîner : «Aujourd’hui, avec un recul de quinze mois, on assiste déjà à des problèmes. Des patients reviennent avec des problèmes respiratoires et cardiaques. Ils ont parfois des difficultés de respiration et parfois des troubles de rythme. Nous sommes en train d’étudier et de voir que ces lésions post-Covid, ce sont des complications et des séquelles sur des lésions anatomiquement irréversibles». Il met en garde que «dans l’avenir, ces problèmes et ces séquelles peuvent être un grand problème de santé publique», avant de recommander aux citoyens d’être «conscients, vigilants et patients».
Sur le plan de la vaccination, le Pr Rahal a réaffirmé l’engagement de l’Etat en la matière jusqu’à vaincre le coronavirus, estimant que l’Algérie sortira en 2021 de la crise de Covid-19 grâce à la vaccination et rappelant que les autorités sanitaires prévoient de vacciner 20 millions de personnes avant la fin de l’année, soit d’atteindre un taux de 70% qui permet d’avoir l’immunité collective.